‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 17 sur 136 · LA MORALE INDEPENDANTE · texte numérisé non relu

LA MORALE INDEPENDANTE

revient au même, n'entendaient pas la piété comme tout le monde; en tout cas, leurs successeurs se sont trouvés à chaque instant en 'conflit avec les croyances populaires. Peu à peu cependant, la conciliation s'est faite entre la religion et la morale; les dieux se sont assagis; ils ont puni le méchant et récompensé le juste. Maison sent bien que ces améliorations sont toutes de surface et qu'en tout cas elles sont dues à une influence du dehors.

Ne vous étonnez donc point si nous n'en trouvons pas trace dans le culte de la cité athénienne. La morale a pu, avec le temps, épurer les croyances; elle n'a pas cherché à réformer le culte. Celui-ci, immobilisé par l'habitude, est resté ce qu'il était aux époques antérieures. Il a cessé ainsi de correspondre aux doctrines dont il aurait dû être l'expression : il demeurait, au miUeu d'une civilisation déjà raffinée, le contemporain des âges où l'univers était rempli d'esprits invisibles et où, avec quelque savoir-faire, on pouvait attirer quelqu'un de ces esprits dans le premier fétiche venu. On répète souvent que les rehgions de la Grèce et de Rome étaient un ensemble de pratiques pour ainsi dire machinales, sans rapport avec les idées religieuses ou philosophiques entrées dans la circulation. Cela est vrai, en ce sens que les doctrines n'avaient plus de cohésion avec le culte et que le peuple, attaché au culte, était devenu indifférent aux doctrines. Il n'en faudrait pas conclure pourtant qu'un culte suffise à constituer une religion. Le culte n'a de raison d'être que comme conséquence des doctrines; quand il s'en est par trop éloigné, de raisonnable qu'il était, il devient inintelligible, et la rehgion dont il est

la forme extérieure est condamnée à disparaître. Il n'est pas non plus tout à fait exact de dire — et c'est par cette rétlexion que je termine — que les religions gréco-romaines aient laissé une liberté absolue, inconditionnelle, à la pensée scientifique. Cette indifférence est contraire à la nature même des religions, qui sont des œuvres collectives et ne peuvent vivre que par l'adhésion de la collectivité. Les cités antiques, dont chacune s'était fait une religion à son usage en puisant les doctrines dans le fonds commun de la race et créant ; sur place les cultes locaux, ne pouvaient avoir l'intolérance agressive des religions qui aspirent à dominer l'humanité entière ; mais elles défendaient leur bien à l'occasion. Athènes, où l'on comprit plus vite qu'ailleurs l'incompatibilité de l'esprit scientifique avec l'esprit religieux, eut, par accès seulement, des velléités d'intolérance, et elle en eût montré davantage encore si la plupart des philosophes qu'elle hébergeait dans ses écoles n'avaient été des étrangers. Protagoras, Anaxagore, Diagoras, Socrate, Aristote lui-même, apprirent à leurs dépens qu'il n'était pas prudent de substituer la physique ou la métaphysique à la mythologie. Les Athéniens ne s'offensaient aucunement de voir les dieux tournés en caricature sur la scène comique; mais ils dressaient l'oreille à certains vers d'Euripide, et ils étaient tout à fait ifréconciliables avec les « athées ». Ils avaient leur Vierge, leurs processions, des cérémonies bizarres dont le sens s'était perdu, et ils sentaient que le ridicule attaché à l'observance inintelligente de rites qu'on ne comprenait plus retombait non plus sur les dieux, mais sur eux-mêmes.

Nous adapterons à l'étude de la religion des Athé*

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