‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 19 sur 136 · LA RELIGION SOURCE DE LA LOI · texte numérisé non relu

LA RELIGION SOURCE DE LA LOI

Pour me borner à un exemple pris en dehors de nos affaires intérieures, nul n'ignore que l'Islam, partout où il s'est implanté, oppose à la civilisation européenne une barrière à peu près infranchissable. Nous le savons mieux que personne, nous à qui il a coûté tant d'or et de sang-, nous qui avons pu dompter, mais non pas assimiler encore ces belles provinces d'Afrique, où jadis le génie romain n'avait pas eu à lutter contre l'ombre et les descendants du Prophète. Comme une lave incandescente, qui, solidifiée, formera un ciment indestructible, l'Islam s'infiltre dans le centre du continent africain et y prépare un sol où ne germeront plus nos idées occidentales. La volonté d'Allah, exterminateur des infidèles, est autrement tenace et redoutable que de grotesques fétiches dont une défaite abat le prestige.

Cette singulière puissance de pénétration, l'Islam la doit en partie à la simplicité de son dogme et de son culte; il la doit surtout à la logique parfaite qui, chez les peuples musulmans comme dans le judaïsme d'autrefois^ dérive de la loi religieuse le droit public et privé, tout l'ensemble des règles sociales, depuis le régime de la propriété jusqu'à l'exercice de la souveraineté, celle-ci toujours fondée sur une investiture divine. En pays musulman, l'État est avant tout une association religieuse, présidée par un chef religieux, chargé d'observer et de faire observer la loi religieuse.

Me voici bien près de mon sujet. Je n'ai aucune envie d'instituer entre l'islamisme et la religion des anciens Hellènes une comparaison où je n'aurais guère à relever que des disparates ; cependant, ceux qui ont lu la Cité antique de notre regretté collègue M. Fustel

de Coulanges retrouvent ici l'idée maîtresse qui court d'un bout à l'autre de ce livre, à savoir que, en pays gréco-romain, la Cité, ou, comme nous disons aujourd'hui, l'État, s'est édifiée sur un plan fourni ou contrôlé par la religion, avec des matériaux déjà façonnés, rapprochés et enfin soudés l'un à l'autre parle lien des pratiques religieuses, le seul qui, dans ces temps reculés, pût obliger l'homme envers son sem- . blable.

C'est une parlie — une partie seulement — du vaste sujet esquissé d'une main si sure par mon illustre devancier que je me propose d'étudier cette année. En éliminant d'abord l'étude parallèle de la rehgion et des institutions romaines, à plus forte raison les généralisations séduisantes, mais prématurées, qui embrassent jusqu'aux origines supposées de la race aryenne; en m'abstcnant de noter l'influence de la religion sur les mille détails de la vie domestique, sur les mœurs, sur le droit privé, enfin sur tout ce qui n'apparaît pas au grand jour de la place publique, j'espère saisir d'une étreinte plus ferme et définir d'une façon plus précise les questions que je me réserve de signaler à votre attention.

Ce n'est pas qu'il soit aisé de circonscrire ainsi le domaine que nous voulons explorer, et peut-être même ] y faut-il un peu d'arbitraire. Dans un pays où l'individu ^ n'avait de valeur que comme citoyen et où la vertu j même se mesurait à la somme de devoirs civiques accomplis, il n'est rien qui, en un certain sens, ne pût être rattaché aux institutions politiques. Il nous faudra donc faire le triage de ce que nous voulons écarter et de ce que nous prétendons retenir, sans appliquer

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