LA RELIGION DE LA CITE
strictement la logique et sans raffiner sur les motifs de classification.
J entends par institutions politiques celles qui forment comme le plan et la charpente d'une cité ou d'une confédération, qui en déterminent la forme, Taspect extérieur et l'aménagement intérieur : en d'autres termes, les groupes élémentaires ou les catégories sociales reconnus par la loi ; le pacte fondamental, constitution ou législation, comme on voudra ^ l'appeler, qui les réunit et fixe le degré d'autonomie nécessaire à leur existence ; la forme que revêt l'autorité et l'origine qu'elle s'attribue.
Les rapports de cité à cité et toutes les formalités du droit international entreront sans difficulté dans ce cadre. Nous aurons donc à étudier tout d'abord l'influence des idées religieuses sur la naissance même et l'organisation première des cités constituées à la grecque. Les détails que ne nous fournirait pas l'histoire des métropoles, dont les origines plongent dans les brumes d'un passé légendaire, nous les retrouverons dans l'histoire des colonies, dont les fondateurs imitent de leur mieux et convertissent en réalités les antiques légendes. Une cité n'est bien enracinée au sol et n'a des chances de durée que si elle y est assise par la main des dieux ou de leurs mandataires, en un lieu désigné par révélation divine, avec le concours de cérémonies religieuses qui ont pour effet d'y attirer et d'y fixer les hôtes divins dont elle s'assure ainsi la
protection. Une cité, en effet, n'est pas seulement la demeure des hommes, mais aussi celle des dieux qui y ont élu domicile et parla se sont engagés à défendre, comme les autres habitants, leurs foyers et leurs autels. Nous pourrons constater la persistance de ces rites jusque dans la colonisation hellénistique, menée par Alexandre et ses successeurs. Si nous avons eu soin d'observer dès le début' que le nom même d'une ville est une sorte de talisman et doit être emprunté à un être divin ou héroïque, les noms seuls de toutes ces Séleucies, de ces Antioches, de ces Laodicées, Apamées, Ptolémaïdes,Attalies, nous apprendront qu'à l'exemple du fils de Philippe devenu fils de Zeus Ammon, les héritiers d'Alexandre ont pris rang parmi les dieux et que l'apothéose de leurs dynasties a replacé la royauté sur sa véritable base.
La royauté est, en effet, de toutes les institutions politiques de la Grèce, celle qui se soude le plus intimement aux croyances religieuses. Je dirai même, allant au-devant de nos conclusions futures, qu'il en a été, est et sera de même en tout pays. Bien avisés, à mon sens, sont les rois qui, en dépit de tous raisonnements, protestations et apparences contraires, comprennent la solidarité du trône et de l'autel. La royauté est nécessairement un privilège, et tout privilège est précaire qui est conféré par des hommes à quelqu'un de leurs semblables, précisément parce qu'ils le considèrent comme leur semblable. En Grèce, où l'esprit égalitaire s'est éveillé de si bonne heure et s'est armé d'une logique si impérieuse, les rois n'étaient pas les semblables des autres hommes. Toute dynastie grecque se réclame d'un ancêtre divin qui l'a engendrée non par