‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 21 sur 136 · LA ROYAUTÉ LÉGITIME · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ LÉGITIME

métaphore, mais au sens propre du mot. Dans les veines des rois légitimes coule un mélange de sang divin et humain qui les élève au-dessus du niveau de l'humanité. Ils commandent en vertu de leur supériorité de nature, et quiconque veut se hausser à leur rang sans avoir de pareille généalogie à montrer n'est qu'un parvenu, un « tyran », dont il est facile de prévoir la déchéance et le châtiment.

Les vicissitudes de la royauté hellénique ont suivi les oscillations parallèles des croyances. Lorsque l'état de l'opinion ne permit plus d'accréditer de nouvelles filiations divines, la royauté disparut presque partout par extinction des familles privilégiées, qui ne pouvaient plus être remplacées. L'investiture divine, qui, dans Homère, se superpose à l'aptitude héréditaire pour désigner entre les membres d'une famille royale celui à qui Zeus confie le sceptre, n'aurait pas suffi, si quelque ambitieux l'eût invoquée, à transformer de simples mortels en « pasteurs des peuples ». Mais quelques siècles plus tard, la royauté, déracinée du sol hellénique, refleurit dans les régions où Alexandre avait semé à pleines mains et arrosé de sangles germes d'un nouvel avenir. Aussitôt la logique reprend ses droits, et celle des Hellènes ou des Macédoniens ne diffère pas sur ce point de celle des Égyptiens et des Asiatiques. Il faut de toute nécessité que les soldats de fortune qui se partagent l'empire d'Alexandre, s'ils veulent être vraiment rois, se forgent une généalogie héroïque ou même plusieurs, accommodées aux diverses religions des peuples qu'ils gouvernent. Du côté des Grecs, la chose n'alla pas sans résistance d'abord, sans sarcasmes ensuite; mais, aidé parl'adu-

lation et la crainte, le temps fit son œuvre. Il se créa un dogme monarchique. Ce fut un fait reconnu et une vérité officielle que Scleucus Nicatorétaitfils d'Apollon, et que, nouvel Amphitryon, Lagus devait céder à Zeus l'honneur d'avoir engendré Ptolémée Soter. Encouragé par les habitudes orientales et la complaisance intéressée des Grecs, le dogme monarchique se montra même plus exigeant qu'autrefois. Les rois ne furent plus seulement des descendants des dieux^^ mais des incarnations de la divinité, et, comme tels, objets de culte. Il importait peu que l'enveloppe de la divinité fût mortelle ; la mort n'était pour elle qu'un rajeunissement, une étape sur la route infinie du temps.

Ce qui paraît à nos esprits positifs et amis des idées claires une objection décisive, à tel point que le culte des souverains divinisés nous semble avoir été exclusivement fondé sur l'intimidation et l'hypocrisie, n'avait aucune prise sur des intelligences passives ou mystiques. Ce serait même une erreur de croire que le dogme monarchique, bon pour des Orientaux, ait redouté les dédains de la philosophie grecque. Le panthéisme pouvait, au contraire, lui fournir une théorie d'apparence raisonnable, et, d'une manière générale, le régime monarchique était l'idéal des philosophes, qui fréquentaient volontiers, non sans profit d'ailleurs, les cours royales. Ils auraient, au besoin, démontré que le culte monarchique était la forme nécessaire de la soumission chez les âmes nobles, qui ne reconnaissent d'autorité que celle des dieux.

Nous verrons ce culte accompagner fidèlement*

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