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LES LÉGISLATEURS INSPIRÉS

jusqu'au tombeau les dynasties hellénistiques, qui le lèguent, comme le joyau le plus précieux de leur héritage, aux Césars romains. Revenons maintenant au gouvernement des cités, à leurs institutions ou constitutions.

Le plus souvent, les cités sont censées avoir reçu de leurfondateur leur forme définitive. Les anciens ne parlaient pas sanscesse, commenous, d'évolution; ils s'imaginaient volontiers que, comme les êtres vivants, les États ont un père, qu'ils naissent par un effort soudain et pourvus de tous leurs organes. Les lois fondamentales passaient pour être issues de révélations divines et en tiraient leur autorité. De la foule anonyme de ces législateurs primitifs émergent quelques grandes figures, dont les contours indécis flottent sur les confins de l'histoire et de la légende. C'est, au plus lointain horizon, Minos, fils et confident de Zeus, qui se retirait tous les neuf ans dans une grotte et rapportait de ces mystérieuses entrevues avec son père les commandements sacrés dont l'ensemble a formé la législation Cretoise; un peu plus près de notre regard, mais dans la brume encore, Lycurgue, émule de Minos, qui tire son inspiration d'Apollon et la fait garantir par le témoignage de l'oracle de Delphes. Nous aurons à rechercher dans quelle mesure Pittacus de Lesbos, Zaleucus de Locres, Gharondas de Catane, prétendaient associer à leur sagesse l'infaillibilité divine. 11 suffit que la légende, malgré les protestations de la chronologie, enrôle Zaleucus et Gharondas parmi les disciples de Pythagore, et Pythagore dans la clientèle de l'oracle de Delphes, pour nous faire pressentir le résultat de nos futures investigations. Or, la législation

de Zaleucus et Charondas a réglé non pas seulement Ja constitution d'une cité, mais celles de toutes les colonies ioniennes de la Grande-Grèce et de la Sicile. Ne croyez pas qu'Athènes, où la logique démocratique s'est pourtant donné libre carrière, ait songé un instant à asseoir sur un autre fondement que l'inspiration divine l'autorité de ses lois. Les Athéniens se vantaient à tout propos, comme les Romains, d'être, parmi les mortels, les plus pieux et ceux qui avaient reçu le plus directement des dieux les principes de la civilisation. Leur patronne, la Vierge Athêna, était la Sagesse même de Zeus, née de son cerveau ; c'est elle qui avait élevé, instruit les ancêtres de la race, depuis Cécrops l'autochtone jusqu'à Thésée, le fondateur et le premier législateur de l'État athénien. Plus tard, Dracon n'avait fait qu'adapter aux circonstances, codifier et fixer par l'écriture les « vénérables commandements (asjxvoùç ÔcCTfxouç) » transmis par la tradition. Le peu que nous connaissons de ses lois, à savoir l'appareil religieux de la procédure criminelle, nous montre assez d'où venait le prestige de ces tribunaux silencieux, qui officiaient sous l'œil terrifié des coupables. Quand Solon médite de rajeunir ce legs des vieux âges, il a soin de se faire recommander par le thaumaturge Épiménide, et, au moment de se mettre à l'œuvre, il se fait donner l'investiture par l'oracle de Delphes, dont il avait acheté la bienveihance par d'éclatants services rendus au cours de la première ■ guerre Sacrée. C'est à l'oracle encore que Clisthène • demande de consacrer les nouvelles assises de la société athénienne, en assignant à ses dix tribus leurs patrons héroïques et en réglant le culte de ces éponymes. 11

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