‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 25 sur 136 · LES JEUX NATIONAUX · texte numérisé non relu

LES JEUX NATIONAUX

furent ainsi taxés et versèrent au Trésor de Zeus Olympios la somme exigée.

En Élide même, la « Trêve de Dieu » était perpétuelle. L'historien Éphore assurait que, lors de l'invasion dorienne, « tous les chefs Héraclides s'étaient engagés par serment à considérer l'Élide comme une terre consacrée à Zeus et à traiter en sacrilège quiconque l'envahirait à main armée, comme aussi celui qui ne la défendrait pas selon son pouvoir. Tout corps d'armée ayant à traverser le pays devait livrer ses armes à l'entrée pour ne les recevoir que de l'autre côté de la frontière». Ainsi, c'est la religion qui, devançant les combinaisons diplomatiques, a créé le régime des États neutres, spectateurs désintéressés des tempêtes qui grondent alentour. Ajouterai-je, pour ramener tout de suite les choses à leur juste mesure, que les Éléens se lassèrent les premiers de cette trop paisible existence? Ils oublièrent leur privilège pour avoir, eux aussi, le droit de se battre, et il est question d'une lutte acharnée qui ensanglanta l'enceinte sacrée de l'Altis, envahie par les Lacédémoniens.

Les grands jeux nationaux nous montrent la puissance d'attraction et d'agglutination inhérente aux idées religieuses étendant son action, action superficielle, mais visible et persistante, jusqu'aux confins du monde grec. A.u delà, il ne reste plus à étudier que les rapports des Grecs avec les peuples qu'ils s'obstinaient à appeler les Barbares. Là, nous nous arrêterons, comme des voyageurs qui ont fixé un terme à leurs explorations et entendent s'y tenir. Sans doute, c'est la religion encore, invoquée de part et d'autre, qui scellait les armistices, pactes et traités passés entre

Grecs et Barbares. Son intervention était même d'autant plus, nécessaire qu'il n'y avait, pour garantir ces arrangements, ni confiance réciproque, ni souci de lopinion. L'opinion, en Grèce, considérait les Barbares comme des êtres inférieurs, faits pour être exploités par les gens civilisés.

Aristote, au début de sa Politique, trouve que le Barbare a une nature d'esclave et que tout est dans l'ordre quand l'iïellène commande et que le Barbare obéit. Tite-Live fait dire à un orateur qui veut pousser la Ligne étolienne à s'allier avec Philippe contre les Romains : « A l'égard des étrangers, des Barbares, c'est et ce sera pour les Grecs la guerre à perpétuité. Ce n'est pas, en effet, pour des m-otifs susceptibles de changer d'un jour à l'autre qu'ils sont nos ennemis ; c'est par nature, et la nature est immuable ». Les Grecs n'avaient guère pour les Barbares plus de curiosité que de bienveillance. Ils considéraient les langues étrangères comme d'informes jargons et ne songeaient pas à les apprendre; tout au plus en retenaient-ils quelques bribes à l'usage des faiseurs d'étymologies. Peut-être même, comme le dit malicieusement un personnage d'un dialogue de Platon {Le Politique), les gens du commun se figuraient-ils que tous les Barbares ensemble ne formaient qu'une seule et même engeance.

Cet orgueil national, loin de céder aux humiliations de la décadence, se raidit contre le malheur des temps. Lorsque la Grèce était florissante, les beaux esprits se plaisaient à étonner leurs compatriotes en soutenant, comme Rousseau au siècle dernier, que la civilisation pervertit le bon sens et que les vrais sages se trouvaient chez les Barbares. On entendait parler de Scythes

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