‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 26 sur 136 · HELLÈNES ET BARBARES · texte numérisé non relu

HELLÈNES ET BARBARES

comme AnacharsisetToxaris,deGètes comme Zamolxis, qui, venus en Grèce, avaient été pour les hommes les plus remarquables un objet d'admiration. On découvrait que les Grecs avaient emprunté leur théologie à rÉgypte, et leur philosophie par moitié à l'Egypte et à la Chaldée. Mais, quand les Grecs eurent appris à leurs dépens qu'il y avait des peuples plus forts qu'eux, ils se consolèrent en pensant qu'il n'y en avait pas de plus intelligents. Ils goûtèrent le plaisir exquis de recevoir les hommages des Romains leurs vainqueurs, qui se firent leurs disciples et méritèrent à ce prix de ne plus être appelés des Barbares. Ils maintinrent si bien leurs prérogatives que l'hellénisme resta la forme nécessaire et unique delà civilisation et finit par s'assimiler, même au point de vue politique, l'empire romain, devenu l'empire grec.

C'est assez dire que, parmi les institutions politiques et religieuses de la Grèce, nous n'en trouverions aucune qui ait eu pour but de faciliter les rapports entre Grecs et Barbares. Les Grecs cherchaient, au contraire, à se défendre contre l'intrusion de l'étranger, surtout de l'étranger qui voulait se glisser dans les rangs des vrais Hellènes. Les prêtres donnaient l'exemple de la vigilance. Quand les Eumolpides d'Eleusis annonçaient l'ouverture des Mystères, ils avaient soin d'en interdire l'accès aux « Barbares ».

Ainsi, Messieurs, la cité envisagée dans ses éléments premiers, dans ses diverses formes de gouvernement, toutes dérivées de la royauté originelle, dans sa renaissance sous forme de colonie; ensuite la fédération, principalement celle du type amphictyonique ; en dernier lieu, la solidarité de la race entière affirmée par

les concours nationaux, tels sont les trois domaines dans lesquels nous aurons à rechercher l'influence des idées et pratiques religieuses sur les institutions.

Cette influence, — peut-être vous en êtes-vous aperçus déjà, — je ne suis nullement disposé à l'exagérer. Je compte même vous faire remarquer que si, en Grèce, la religion est partout, elle n'est entrée nulle part ni dans les profondeurs de la conscience morale, ni dans les sources alors si limpides de l'intelligence. On ne la voit si bien que parce qu'elle est toute en surface. C'est un décor qu'il ne faut pas oublier si l'on veut comprendre la vie privée et publique des Grecs, leur éducation, leurs créations littéraires et artistiques; mais c'est un décor qui n'a pas toujours un rapport étroit avec les préoccupations véritables des acteurs et qui tient debout — je vais y insister — ; par la force de l'habitude.

Messieurs, bien que je doive rencontrer souvent^ l'occasion de considérer le détail des pratiques religieuses des Grecs, je croirais manquer aux règles d'une bonne méthode si j'entreprenais d'exposer le rôle politique de la religion grecque sans avoir défini, dans la mesure du possible, ce qu'était cette religion, ce qu'elle contenait de notions intellectuelles, d'exci-; tations morales, de menaces, de promesses, associées^ à la pratique un peu machinale du culte.

Il y a des expressions tellement claires qu'il est impossible de les expliquer, c'est-à-dire de les traduire en

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