‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 27 sur 136 · LA RELIGION GRECQUE · texte numérisé non relu

LA RELIGION GRECQUE

termes plus clairs encore. On s'imagine volontiers que le mot religion est du nombre : mais quand on songe à la diversité des religions positives, dont chacune se croit très dilîérente des autres, et à la diversité non moins grande des opinions émises sur la nature propre de la religion en soi, autrement dit du sentiment, sens ou instinct religieux, on demeure à bon droit perplexe. Il en est qui s'obstinent à chercher le siège du sentiment religieux dans les plus hautes régions de Tâme, celles que dore un reflet de l'infini, où fleurissent l'amour, le dévouement, l'abnégation de soi. C'est là un beau thème à effusions éloquentes; mais je crains bien que cette psychologie hantée par la vision du sublime ne soit irrémédiablement brouillée avec l'histoire. Elle oblige à considérer comme des déviations et aberrations du sentiment rehgieux les pratiques cruelles, obscènes ou simplement enfantines, qui constituent les cultes primitifs et dont bon nombre se retrouvent, à l'état de survivance, dans les cultes les plus épurés. On peut même dire que, vu de ces hauteurs, tout culte paraît puéril, et l'on arriverait ainsi à retrancher de la religion le culte, sans lequel elle ne peut vivre. D'autres, à l'extrême opposé, partant de ce principe que Thomme ne s'intéresse qu'à lui-même, font naître la religion sur les tombeaux et voient dans le principe mystérieux qui s'est détaché du cadavre pour errer invisible à travers la Nature la première ébauche de la Divinité. Entre ces deux explications, que j'estime aussi artificielles l'une que l'autre, s'échelonnent quantité de systèmes intermédiaires dont je n'ai heureusement pas à vous entretenir.

Mais ces vues générales, concentrées sur la ques-

tion d essence ou d'origine, peuvent passer pour relativement simples si on les compare aux efforts incohérents qui ont été faits pour soulever, déchirer ou rendre transparent le voile brillant des religions qu'on appelle la mythologie. Aucune religion ne s'est enveloppée d'une parure plus éclatante que la religion grecque. Comme Arachné la fileuse, l'imagination hellénique s'est complue dans son œuvre ; elle a varié à rinfmi la trame de ses mythes, les accommodant au goût du jour et aux prétentions locales, brodant des ornements nouveaux sur le fond ancien, avec un parfait dédain de l'unité de doctrine et de l'effet d'ensemble. Jq me sers à dessein d'expressions comme « voile» et « parure ». C'est qu'en effet, à l'inverse de ce que l'on croit généralement, la mythologie grecque, qui n'a jamais été un dogme, ne tient que par un lien assez lâche à la religion proprement dite. Celle-ci était toute en pratiques et en cérémonies expliquées par des légendes qui, accréditées en certains lieux, étaient contredites par des légendes rivales, accréditées en d'autres lieux, et, par ce seul fait, ne pouvaient se convertir en articles de- foi. Aussi, pendant que la religion gardait ses rites traditionnels, qui étaient pour ainsi dire propriété publique dans chaque État, les poètes, moralistes, érudits, purent remanier à leur gré, émonder, disséquer la mythologie, qui n'était la propriété de personne. Dès l'antiquité même, la mytho-' logie grecque a été le sujet de libres discussions, qui,;^ précisément parce qu'elles étaient libres, aboutissaient aux résultats les plus divergents. Il y eut un système d'exégèse historique, qui convertit les légendes en histoire et finit, avec Évhémère, par considérer le pan-

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