LA MYTHOLOGIE GRECQUE
théon hellénique comme une collection de grands hommes divinisés ; il y eut aussi des systèmes d'exégèse symbolique ou allégorique, au moyen desquels on faisait à volonté de la mythologie un traité de physique, de philosophie, de sciences occultes, ou, par un tour de force plus étonnant encore, un cours de morale. Comme on le voit, les Grecs, qui, une fois devenus chrétiens, furent sans contredit les plus subtils théologiens du monde, avaient acquis à l'avance, dans l'exercice de cet art, une certaine virtuosité. Ils n'auraient rien laissé à dire aux érudits modernes, si ceuxci, las de ressasser et de combiner à doses variables l'évliémérismc et le symbolisme, ne s'étaient avisés d'employer un outil inconnu de leurs devanciers, la philologie comparée.
M. Max Mûller proclama un jour que la mythologie, en général, n'est qu'une « maladie du langage ». C'est en prenant des métaphores dans le sens littéral, des adjectifs pour des substantifs, des abstractions pour des réalités concrètes, que les peuples indo-européens ont transformé en un inextricable fouillis de mystères un petit nombre d'observations fort simples, tellement simples que celui-ci avec le Jour et la Nuit, celui-là avec l'éclair etle tonnerre, se chargent de tout expliquer.
La découverte de la « maladie du langage » fit en son temps autant de bruit que celle des microbes. Elle rajeunissait le symbolisme qui, même représenté par un Creuzer et un Gladstone, ne rencontrait plus que des incrédules quand il prétendait avoir retrouvé dans la mythologie classique les débris soit de l'antique sagesse des prêtres chaldéens ou égyptiens, soit de la révélation bibhque. Il ne s'agissait plus de secrets que
des gens prodigieusement doctes auraient enterrés dans des symboles, comme l'avare enfouit son trésor, ou de Révélation surnaturelle, visible seulement pour les yeux des croyants; mais, au contraire, d'une théorie qui ne demandait aux peuples primitifs que de la candeur, de l'ignorance et la faculté d'oublier le lendemain ce qu'ils comprenaient la veille. Oui, sans doute; mais cette faculté d'oublier et de défigurer était prodigieuse pour que, de la rougeur du soleil levant ou d'une pluie d'orage, l'imagination ait pu tirer tant de drames remplis d'adultères, d'incestes et de massacres. Si primitifs qu'on les suppose, il est difficile de croire que les Aryas d'autrefois se soient dupés eux-mêmes à ce point. Aussi, les champions les plus avisés du système essayent maintenant de parer l'objection en substituant à l'altération inconsciente des mots et des idées le déguisement voulu, intentionnel, ce qu'ils appellent la « devinette primitive ». Il y avait, paraît-il, chez les peuples primitifs, quantité d'esprits retors qui s'amusaient à faire deviner aux autres ce qu'ils dédaignaient de dire simplement. La mythologie est toujours une collection de jeux de mots, mais de jeux de mots faits exprès. Ce sont des énigmes, charades, rébus et calembours dont l'explication, on ne sait trop pourquoi, s'est perdue en route. Je doute fort que cet expédient puisse consolider un système qui croule de toutes parts. Il y a une invraisemblance criante à admettre que les premiers hommesavaientsur la Nature des idées nettes, positives, tandis que leurs descendants ne les comprenaient plus et s'embourbaient de plus en plus dans les métaphores; à renverser la marche connue des civilisations; à mettre la lumière au commencement et le^