‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 32 sur 136 · LES SACRIFICES HUMAINS · texte numérisé non relu

LES SACRIFICES HUMAINS

rique des sacrifices humains qui répugnaient à leur philanthropie. Et ce n'était pas seulement de grossiers Arcadiens, adorateurs de Zeus Lykaios, des Thessaliens adorateurs de Zeus Laphystios, des Spartiates, des insulaires, trop fidèles disciples des Phéniciens, qui apaisaient ainsi leurs dieux. On raconte qu'Épiménide purifia la ville d'Athènes avec du sang humain ; que Thémistocle, avant la bataille de Salamine, immola trois jeunes prisonniers perses à Dionysos « Crudivore » ( *Ù[jt,-^(7T-/jç). Enfin, ce qui est plus certain et aussi plus grave, c'est que le rituel athénien ordonnait de sacrifier tous les ans, aux Thargélies, un couple humain qu'on appelait les cpap[jLaxot. Nous ignorons seulement si le sacrifice s'accomplissait jusqu'au bout ou si les prêtres déclaraient Artémis satisfaite avec quelques gouttes de sang. J'ajoute, pour atténuer dans une certaine mesure votre réprobation, que, partout où les cultes avaient de ces exigences, on choisissait comme victimes des criminels condamnés à mort pour d'autres raisons, ou, si la cérémonie se réduisait à un simulacre, de pauvres diables payés pour la subir.

Lorsqu'il s'agissait de dieux moins puissants ou d'humeur plus débonnaire, au lieu de satisfaire leurs caprices, on pouvait essayer de l'intimidation. Ainsi, Pan, qui passait partout pour inspirer les terreurs « paniques », n'était redoutable que de loin, et ses adorateurs arcadiens en prenaient à leur aise avec lui. Quand ils avaient fait maigre chasse, ils fouettaient son image avec une poignée de tiges d'oignon, pour lui apprendre à mieux rabattre le gibier, au lieu de l'effaroucher.

Je pourrais multiplier ces exemples pour étabhr le

seul fait qu'il m'importe de retenir : à savoir, que les cultes helléniques, dans leurs parties populaires et vitales, sont restés ce qu'ils étaient aux temps barbares. Mais je crois en avoir assez dit pour caractériser la religion grecque, ou plutôt les religions grecques, car, en fait, chaque cité a la sienne, découpée dans le fonds commun à la race. Vous avez vu, d'un côté, l'absence de dogmes, remplacés par une mythologie flottante, compilation de légendes locales qui n'a jamais été coordonnée, unifiée, soustraite à la libre discussion ; de l'autre côté, un culte archaïque, fractionné, lui aussi, en rites locaux, qui, obstinément maintenu par le respect des ancêtres et des pactes conclus par eux avec les dieux, a pu être embelli, enrichi de pratiques nouvelles, mais non pas détaché de ses grossières origines.

La seule question que nous ayons maintenant à résoudre est celle-ci : quel genre d'influence pouvait exercer sur les individus, sur les États, une pareille rehgion? J'entends, vous le sentez bien, une influence religieuse, exercée sur les consciences, et non pas sur l'art et la littérature. D'influence de cette sorte, la mythologie n'en a exercé aucune, et j'estime que nous ne saurions trop nous en applaudir. Si la religion grecque avait pu instituer un enseignement dogmatique, cet enseignement eût prévenu, découragé, arrêté la libre recherche des causes; les cerveaux se seraient rétrécis par compression ; le flambeau de la science ne se fût pas allumé il y a vingt-cinq siècles sur les bords de la mer Egée et rallumé dans notre Occident à la Renaissance. Mais, en revanche, le culte, que je vous ai dépeint immobilisé dans sa barbarie native, a été un

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