DIVISION DU SUJET
singulière hauteur de vues, par les Gracques. En commençant par la Grèce et en n'abordant l'histoire romaine qu'à son heure, après avoir fait ailleurs une ample provision de faits et d'idées, nous éviterons les parallèles rétrospectifs, les explications complémentaires, et nous verrons s'ordonner en une série continue les efforts faits par les pouvoirs publics pour résoudre le problème complexe dont on ne croyait pas devoir abandonner la solution au hasard.
L'objet de cette première leçon est, d'abord, de vous montrer comment le problème se posait aux yeux des anciens, c'est-à-dire comment s'est fait sentir le désaccord entre la distribution réelle des biens-fonds au sein de la société et la distribution que l'on considérait, au point de vue antique, comme rationnelle ; en second lieu, d'indiquer comment l'État a été amené à s'attribuer le droit et le devoir d'intervenir dans la question ; enfin, de vous donner par avance un aperçu des moyens qu'il a employés pour remédier au mal.
Delà, trois parties, dont je vais esquisser à grands traits les données.
Pindare, reprenant pour son compte le mot d'un des Sept Sages, s'écrie quelque part, avec un certain accent de mélancolie : « ^^çT^fjLara, /p-q^xar' àv/jp : c'est l'argent, l'argent qui fait l'homme ! » Pindare n'était ni de ceux qui dédaignent la richesse, ni de ceux qui se prosternent devant elle. Il appartient à une époque où la Grèce avait atteint sa pleine maturité : il repré-
sente donc, en quelque sorte, Topinion moyenne de ses compatriotes sur le rôle social de la richesse. Il constate qu'elle donne à qui la possède ce à (j[uoi les Grecs tenaient le plus : les honneurs et le pouvoir, et le regret qu'il accorde à l'âge d'or, au temps où les Muses ne réclamaient point de salaire, montre bien qu'il trouverait le monde encore mieux fait si la valeur personnelle n'avait pas besoin d'être doublée de cette valeur tirée des choses. lime serait facile devons faire entendre des protestations plus irritées : je n'aurais qu'à prendre au hasard un des fragments qui nous restent des poésies de Théognis de Mégare. Celui-là n'est pas de ceux qui déplorent, d'une manière générale, les maladresses de Plutus aveugle : il a à se plaindre de l'injustice des hommes. Grand seigneur ruiné par une révolution , il invective et ceux qui l'ont dépouillé et la pauvreté qui est la compagne de son exil. Il verse des larmes amères en songeant aux délices dont il jouissait autrefois, et ses narines se dilatent d'émotion et de colère quand le vent lui apporte l'odeur embaumée des champs qu'il possédait naguère.
On ne rencontre point chez les poètes, c'est-à-dire chez les interprètes des idées courantes, les organes du bon sens national, on ne rencontre point, dis-je, chez eux le mépris des richesses. Les héros d'Homère sont aussi fiers de leurs palais dorés et de leurs belles armures que de leurs exploits. Tous ceux dont les Muses ont immortalisé le nom, figures idéales ou personnages authentiques, apparaissent toujours environnés d'un | éclat extérieur qui est comme la parure nécessaire d'une existence honorée, et rien n'a plus scandalisé