LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE
sociale, n'étaient point comme aujourd'hui des entités métaphoriques que l'individu porte partout avec lui. On ne restait en communion avec ses ancêtres qu'à la condition de posséder, de protéger et d'honorer leurs tombeaux ; on n'avait de dieux domestiques que si on leur rendait un culte autour du foyer héréditaire; on ne faisait corps avec la terre natale, on n'avait un intérêt personnel à la défendre que quand on en tenait au moins une parcelle pour sienne. La richesse mobilière, l'argent, ne pouvait donner ni cette stabilité qui est, par définition, contraire à sa nature, ni surtout cette attache locale sans laquelle on ne croyait pas que la société pût compter sur ses membres à l'heure do danger. L'Hellène qui n'avait pas son assiette sur le sol était un déclassé qui se sentait environné d'une légitime défiance et n'était séparé de la condition des esclaves que par une mince barrière. Il devait avoir sa place au soleil, si petite qu'elle fût. L'homme qui habitait ailleurs que dans sa propre maison était moins qu'un pauvre : ce ne pouvait être qu'un étranger, simplement toléré dans un pays où il lui était défendu d'enraciner ses traditions domestiques.
Dans ces conditions et avec ces idées, qui m'amènent au vif de mon sujet, les questions relatives à la répartition de la propriété foncière étaient de celles qui ne peuvent pas attendre. Il ne s'agissait plus simplement do souhaiter, par pur amour de la justice, une proportion raisonnable entre la valeur des hommes et celle des choses ou de redresser, dans le domaine de la théorie, les erreurs de la Providence; la société avait un intérêt capital à ne pas laisser se désagréger les molécules vivantes qui la composent et à leur donner autre chose
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qu'une existence facile à transporter en tous lieux. Les sectes philosophiques apparues au temps de la déca- ^\ dence ont été seulesàpenser autrement; jusque-là, tous les Hellènes avaient été unanimes à proclamer la propriété foncière indispensable à Thomme libre, à juger périlleux tout dérangement de cet ordre nécessaire, à chercher en pareil cas le remède et à l'attendre de l'État.
Les expériences inquiétantes qui, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, ont été ou tentées ou réclamées sur la foi de théories où l'on retrouve un certain nombre des idées précédemment exposées, nous ont rendus quelque peu défiants à l'égard des droits de l'État sur les propriétés privées. Il y a eu, contre la notion antique de l'État, une réaction qui a peut-être dépassé le but et fondé sur des exagérations en sens inverse des dogmes aussi fragiles. On professe volontiers aujourd'hui qu'en échange des garanties qu'il accorde à la propriété privée, l'État n'acquiert aucun droit sur elle, et que, s'il peut prélever, sous forme d'impôt, une certaine partie du revenu, c'est simplement parce que l'individu est censé y avoir consenti en contresignant, pour sa part et dans son propre intérêt, le pacte social. Quoi qu'il en soit, nous devons, pour apprécier sainement les lois dont nous nous sommes proposé l'étude, nous replacer au point de vue de ceux qui les ont faites.
Les Grecs, qui savaient être à l'occasion des dialecticiens retors, raisonnaient en général d'une manière très simple. Ils ont soigneusement fermé leur science