DEFINITION DE LA RELIGION. Ô
ment une idée simple, et l'on se trouve pris au dépourvu quand on veut faire l'inventaire des notions condensées dans tel mot que l'on est habitué à faire circuler sans commentaire. On ne contestera pas, je crois, qu'il en soit ainsi pour le mo'i religion.
Ou'est-ce qu'une religion ? Autrefois la question ainsi posée eût semblé impertinente ou tout au moins suspecte. Il faut, en effet, pour y répondre, isoler les traits communs à toutes les religions positives. Dans le nombre, il en est de vivantes, et celles-ci se révoltaient à l'idée que la science historique, avec sa sérénité indifférente, osât comparer la vérité dont chacune d'elles a le dépôt avec l'erreur que les autres représentent. Mais il y a longtemps déjà que la lutte de plus en plus vive engagée entre l'esprit critique et l'esprit religieux a produit spontanément le groupement que la science voulait instituer : elle a fait sentir aux religions leur solidarité. Au cours des guerres acharnées qu'elles se sont faites, elles ont détruit elles-mêmes bien des constructions théologiques où des peuples entiers avaient, des siècles durant, abrité leurs richesses inlellectuelles et morales. Toutes les religions dupasse ont été attaquées, insultées, abattues par celles qui ont pris leur place. Celles qui demeurent sont entre elles dans un état d'hostilité permanente ; leur honneur môme est attaché à cette vaillante attitude, et nulle ne saurait pactiser avec une rivale sans trahir la vérité qu'elle a mission d'affirmer. Et, cependant, il s'est fait de Tune à l'autre, malgré elles et par la force des choses, une sorte de rapprochement, de ligue pour la défense d'intérêts communs en face d'ennemis qui les menacent toutes ensemble, et ce souci de la défense commune va
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si loin qu'elles s'inquiètent même des expériences posthumes tentées sur les religions à la ruine desquelles elles ont travaillé et applaudi. Tout le monde a compris que, sous les formes diverses appelées du nom de religions, il y a un fonds qui les supporte toutes, un besoin de l'esprit, un élan du sentiment qui les a toutes engendrées . Cette faculté psychique, on l'appelle, suivant l'idée qu'on s'en fait, instinct ou sentiment religieux, .sens du surnaturel, perception du divin, aspiration à l'idéal. Quel que soit le nom qu'on lui donne, elle est considérée par tous ceux qui adhèrent à une religion positive, et même par la majorité de ceux qui se contentent de philosopher, comme le propre de l'homme, son vrai titre de noblesse, la preuve qu'il vient d'un monde suprasensible et aspire à y retourner. Il n'est pas, je crois, de snjet qui ait inspiré à la poésie de plus sublimes accents, à l'éloquence des mouvements plus émus et plus vibrants. Dans cet enthousiasme, Pindare et Lamartine se rencontrent, et M. Renan trouve pour célébrer l'idéal divin, placé au sommet le plus lointain des perspectives humaines, des paroles attendries que l'on pourrait prêter sans scandale aux plus éloquents des Pères de l'Église.
A peine entend-on çà et là quelques voix discordantes, celles des disciples attardés d'Épicur'e ou plutôt de Lucrèce, qui se représentent toujours la Religion comme un colosse pesant de tout son poids sur l'humanité terrifiée ou abêtie et la foulant aux pieds. Encore ces esprits ardents sont-ils dupes d'une singulière illusion ; le sentiment qui les entraîne et les passionne est, sous un autre nom, le sentiment religieux lui-même ; leur zèle n'est ni moins agressif ni