‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 40 sur 136 · LES COLONIES ROMAINES · texte numérisé non relu

LES COLONIES ROMAINES

verbe xXïipou^^Yjaat pour désigner l'installation de colons romains sur une portion de territoire enlevé aux villes vaincues. Mais les Romains savaient mieux ce qu'ils voulaient et surtout savaient mieux vouloir que les Athéniens. Leurs colonies étaient avant tout des garnisons à demeure en pays ennemi, et c'est le nom qu'on leur donne souvent. 11 fallait donc et que le colon restât citoyen romain, inscrit comme autrefois dans sa tribu, et qu'il fût obligé de tenir son poste après l'avoir accepté. Il pouvait même être, à l'occasion, contraint d'aller ainsi faire acte de propriétaire et de soldat. En 492, quand il s'agit de coloniser Vélitrse, le nombre de colons volontaires étant insuffisant, on tira au sort les noms des citoyens qui furent enrôlés d'office jusqu'à concurrence du chiffre fixé.

La fondation des colonies « romaines », — au sens juridique du mot, — qui commence sous les rois et se termine vers la fin du deuxième siècle avant notre ère, est donc avant tout une opération militaire et ne demande point de notre part une attention spéciale. Je me contenterai de constater que les lois portées à ce sujet sont bien des lois agraires, qu'elles sont même souvent appelées de ce nom, et d'en montrer d'un peu loin les conséquences économiques, afin d'avoir plus de temps à consacrer à l'examen de ce que toutle monde entend, sans nulle équivoque, par lois agraires proprement dites.

Celles-ci ne sont pas si différentes qu'on le croit généralement des premières : elles répondent à d'autres préoccupations, mais emploient les mêmes moyens. La question qu'elles agitent, c'est toujours la conversion du domaine public en propriétés particulières. Que

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celte aliénation des terres domaniales, faite au loin et en masse, aboutisse à rétablissement d'une colonie, ou qu'elle se fractionne en lots isolément distribués [ager viritaniis), le procédé est à peu près identique. Ce qui est autre, c'est le but. Le but est celui que nous avons déjà fait ressortir dans les considérations préliminaires : donner à tous les citoyens la terre, qui fait la dignité de leur existence, et leur inspirer le goût de l'agriculture, qui passe avec raison pour la plus saine occupation d'un peuple.

De Spurius Cassius (486) aux Gracques, c'est-à-dire durant plus de trois siècles et demi, les lois, projets de loi, plébiscites agraires, ont été nombreux, et toute proposition de ce genre a soulevé des orages.

Ces troubles, et le peu de précision des textes historiques qui les relatent, ont accrédité une erreur qui se dissipera d'elle-même par une étude attentive. On a cru, et Gracchus-Babeuf le croyait plus que personne, on a cru, dis-je, qu'il s'agissait d'enlever aux riches leurs propriétés pour les distribuer aux pauvres. La propriété à Rome était chose trop sacrée pour qu'on fît sur elle de pareilles expériences. La vérité est que les lois agraires les plus hardies n'ont jamais menacé la propriété privée, mais qu'elles ont alarmé dans leurs intérêts ceux qui tendaient à transformer en propriété privée, par un long usage et par la négligence ou la complicité des magistrats, des terres domaniales dont ils n'étaient, au fond, que les fermiers. Quand on fondait une colonie, c'était généralement au lendemain de la conquête; l'État distribuait sans opposition des terres qu'il venait d'acquérir et dont la propriété était achetée au prix d'une sorte d'exil, mais les auteurs de

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