LES LOIS AGRAIRES A ROME
lois agraires visaient presque toujours les terres domaniales qui étaient les plus rapprochées de Rome, qui étaient conquises depuis longtemps et qui, depuis longtemps aussi, étaient aux mains de tenanciers habitués à se regarder comme des propriétaires. De là, des protestations violentes répondant à des revendications hardies et une obstination égale des deux côtés. Le premier auteur d'une loi agraire de cette espèce, Sp. Cassius Viscellinus, fut accusé de haute trahison et condamné à mort : son nom est inscrit en tête du martyrologe qui porte au bas les noms des deux Gracques et de Livius Drusus.
Ces agitations sans cesse renaissantes, qui étaient non pas la cause, mais l'effet d'une situation économique mal ordonnée, donnent à l'histoire des lois agraires un intérêt dramatique sur lequel je n'ai pas l'intention d'insister. Ce n'est pas une série de tableaux mouvementés, de débats irrités et d'insurrections, que je me propose de faire passer sous vos yeux, mais une suite de projets et de mesures qui procèdent d'une même préoccupation, qui se fondent sur le même point de droit et veulent atteindre, par des voies en somme peu différentes, au même résultat. La loi de Sp. Cassius a été représentée vingt fois, avec des atténuations et des exagérations variées, dans l'espace d'un siècle. Les tribuns se passaient d'année en année ce brandon de discorde. Tantôt ils réclament une re vision générale des titres de propriété, afin d'étabhr le compte des usurpations entreprises sur le domaine public ; tantôt ils se bornent à demander l'aliénation d'une partie spécifiée de ce domaine en faveur des nécessiteux, soit sous forme d'assignation de terres, soit sous forme do
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vente dont le produit sera employé à éteindre les dettes des insolvables, des citoyens devenus la proie, ou, pour parler d'une façon plus juridique, la propriété de leurs créanciers.
Toutes ces lois se heurtent à une résistance obstinée, car, en dépit du droit, le temps fait son office; la prescription s'établit d'elle-même et les possessions longtemps distraites de Vager publiciis deviennent, quoi qu'on fasse, des propriétés privées. De temps à autre aussi, la fondation de nouvelles colonies militaires éclaircit les rangs des assaillants ; l'attaque mollit et la tranquillité se rétablit peu à peu. La loi de Licinius Stolon (367), queson auteur, dit-on, s'empressa d'oublier tout le premier, se bornait à imposer un maximum aux possessions découpées dans Vager publiciis. Dire que nul n'en devait posséder plus de 500 arpents, c'était déclarer implicitement qu'au-dessous de ce chiffre la possession vaudrait désormais la propriété.
Le parti de la revendication inconditionnelle avoue donc sa défaite et renonce à appliquer le droit dans toute sa rigueur. A partir de ce moment, le silence se faitjusqu'au temps des Gracques, silence à peine troublé un instant par la loi agraire de G. Flaminius en 23'2. Dans cet intervalle, les guerres continuelles ruinèrent le petit cultivateur sans cesse distrait de ses travaux; le travail à bon marché des esclaves réduisit journaliers et artisans à la mendicité, et les grosses fortunes s'accrurent de tous les débris lancés dans la circulation par cet effondrement de la prospérité des classes moyennes. Bientôt il n'y eut plus à Rome que des grands propriétaires et des prolétaires dégoûtés du travail. Pendant que la grande république dominait le monde, la ma-