L IDEE DE JUSTICE DANS LA DEMOCRATIE
particulières, il faut passer en revue la généalogie de chacun ; mais ici, comme je parle à des Athéniens qui ont une origine commune et qui, en leur qualité d'autochtones, ont une noblesse hors ligne, j'estime superflu de faire l'éloge des familles en particulier »,
Ce n'était pas là de l'histoire savante, à coup sûr,i mais c'était une illusion généreuse. L'origine de la cité, suivant la tradition locale, n'était pas moins édifiante. Elle avait été constituée, sous les auspices du héros Thésée, par la libre association de douze bourgades, composées elles-mêmes de génies eidephratries éparses sur le sol de l'Altique, qui convinrent de fixer sur l'Acropole leur centre religieux et politique. Cette création s'était faite par la vertu de Peitho, de la Persuasion, à laquelle la cité éleva plus tard un autel, et elle n'avait pas coûté une goutte de sang. Les Athéniens en fêtaient tous les ans l'anniversaire, et il n'y avait pas sur cette solennité patriotique l'ombre d'un remords.'
Le régime de la cité primitive était monarchique: mais rien de plus juste que l'autorité des rois de ce temps-là. Les rois étaient les rejetons des dieux, qui de temps à autre régénéraient par une nouvelle infusion de sang divin la dynastie, élevée, en vertu d'une supériorité de nature, au-dessus du niveau commun de! l'humanité. Thésée, par exemple, n'appartenait pas seulement à une famille héroïque ; il était le propre fils' de Poséidon. C'est bien là une royauté de droit divin, mais ce droit divin n'est pas distinct du droit naturel. L'investiture qu'il donne n'est pas un privilège arbitrairement conféré et visible seulement aux yeux de la foi; c'est une prééminence réelle, qui s'affirme par des facultés exceptionnelles et héréditaires.