‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 58 sur 136 · LA TYRANNIE DES PISISTRATIDES · texte numérisé non relu

LA TYRANNIE DES PISISTRATIDES

mais qui visait déjà le but atteint en d'autres temps par d'autres moyens.

« J'ai donné au peuple », dit Solon lui-même dans une de ses élégies, « le pouvoir qui suffisait, sans rien retrancher à sa mesure, sans y rien mettre de trop. Pour les autres, les grands du pays et les riches, j ai \ eu soin qu'aucune injure ne les atteignît. Je me suis tenu avec un invincible bouclier entre les deux partis, les protégeant tous deux, empêchant que l'un n'opprime l'autre ».

Le bouclier de Solon n'était pas tout à fait assez large pour parer tous les coups. Le doux législateur n'avait voulu intimider personne : il comptait sur le temps pour faire passer ses lois dans les mœurs, mais sa modération même compromit un instant le succès de son œuvre. L'ancienne aristocratie se prit à regretter ses privilèges héréditaires et parla de réaction. Les nouveaux citoyens, effrayés, se jetèrent dans les bras de Pisistrate, un riche Eupatride, à condition qu'il défendrait contre les oligarques les lois de Solon, et l'on vit ce spectacle original, qui surprit Solon luimême, d'un tyran respectueux de la constitution où il n'introduisait d'illégal que son propre pouvoir.

La chute des Pisistratides, discrédités par un scandale fâcheux, fut une époque critique pour la démocratie athénienne. Les Alcméonides, les bannis d'autrefois, venaient de rentrer de haute lutte dans la cité, avec l'appui des Spartiates, qui étaient les ennemis nés des institutions démocratiques, et les encouragements des prêtres de Delphes, qui se servaient à leur gré de l'épée des Spartiates. Le peuple, qui n'avait guère usé encore de ses droits sous le régime exceptionnel inau-

130 l'idée de justice dans la démocratie.

guré par les Pisistratides, paraissait résigné d'avance j à subir une réaction aristocratique. Heureusement,' les partisans de l'oligarchie se divisèrent entre eux, et l'Alcméonide Clisthène, par une conversion impr( vue, se retourna vers le peuple. C'est la main ferme de cet ambitieux, petit-fils par sa mère du tyran de Sicyone, qui acheva ou plutôt refit l'œuvre de Solon. Il savait où frapper pour détruire à jamais l'aristo cratie. Il ne resta plus après lui de traces de l'ancien ; régime.

C'esl donc par l'étude de ses réformes que j'aborderai, dans ma prochaine leçon, l'histoire du développement des institutions démocratiques. La tâche que je me suis imposée est laborieuse. La démocratie athénienne n'a pas vécu longtemps, mais elle a vécu vite, toujours poussée en avant par l'activité de sa pensée, menant de front la théorie et la pratique, toujours occupée, trop occupée peut-être de perfectionner sans cesse sa constitution par des retouches de détail — comme le sculpteur dont l'œil va sans cesse de son marbre à son modèle — et trouvant encore le temps d'assurer à Athènes, pour un moment, l'hégémonie militaire de la Grèce, pour toujours la première place dans le monde des arts, des lettres et des sciences. Je voudrais suivre, étape par étape, cette merveilleuse expression du génie de la cité et la suivre, non pas seulement en colligeant les faits, mais en tenant 1 compte du travail intellectuel qu'iL supposent. Ce travail intellectuel, nous le connaissons surtout par les

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