‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 59 sur 136 · POLITIQUES ET PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

POLITIQUES ET PHILOSOPHES

maximes que le peuple applaudit au théâtre, par les moyens de persuasion qu'emploient les orateurs : nous le connaissons mieux encore par la réaction hostile qu'il développe au sein des écoles philosophiques.

Il y a eu, dans l'antiquité et surtout dans la cité athénienne, un malentendu persistant entre la démocratie et la philosophie. Ce n'est pas qu'il y eût opposition entre leurs principes. Le peuple grec, si rebelle à l'unité politique, a atteint de bonne heure, au contraire, une remarquable unité morale. Chez les Hellènes, tous les théoriciens qui essaient de réduire en système la science politique, d'où qu'ils viennent, partent de l'idée fondamentale que l'homme est fait pour la société, qu'il doit y trouver la pleine expression de ses facultés et par suite le bonheur, pourvu que la société soit elle-même ordonnée, comme l'Univers, d'après les affinités naturelles de ses éléments et que chacun y soit à sa place.

Il faut donc que les meilleurs aient une influence prépondérante et qu'au-dessous d'eux la subordination, l'obéissance, qui supplée à la faculté de discerner par soi-même, aille en croissant jusqu'aux esclaves, réduits, eux,' à l'obéissance passive. La démocratie accepte le principe et même les conséquences, mais le désaccord se produit entre elle et la philosophie sur le choix des moyens propres à atteindre le but. Quels sont, dans une société, les meilleurs? Au gré des peuples enfants, ce sont les plus forts, puis les plus nobles, puis les plus riches. On avait déjà dépassé ce point de vue au temps de Solon ; car, nous l'avons vu, le législateur n'a nullement le culte de la richesse pour elle-même. 11 refuse de tenir compte des fortunes mo-

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bilières, de l'argent, et il accepte comme base de la hiérarchie sociale la seule espèce de fortune qui lui paraisse être une garantie de vertus civiques.

La démocratie se serait accommodée provisoirement de ce système, mais la spéculation philosophique se montra plus impatiente. La philosophie grecque a toujours refusé de mesurer la valeur des hommes à leur fortune. Bias n'avait pas attendu Diogène pour dire que le Sage porte tout avec lui, et on raconte que Crésus fut stupéfait de voir que Solon lui refusait le titre d'heureux. Les philosophes avaient raison, sans doute ; mais, au lieu de chercher d'autres solutions pratiques, ils poursuivirent leur marche rectiligne. Les meilleurs étaient les plus vertueux, c'està-dire les plus éclairés, les plus capables de comprendre les lois générales du monde et d'y conformer leur conduite. Soit! mais nous voilà en pleine utopie. Si les gens vertueux veulent se conduire eux-mêmes d'après leurs lumières supérieures, il est déjà possible que les lois existantes s'y opposent ; s'ils veulent conduire les autres, — et, d'après la théorie, ils en ont le droit ou même le devoir, — ils ont encore bien plus besoin de disposer en maîtres du pouvoir. Il leur faut l'autorité, parce qu'ils ont la supériorité intellectuelle; mais comment faire reconnaître par les autres cette supériorité ?

Ce ne peut être affairede discussion, car ils ne peuvent admettre que leurs inférieurs soient à même de les juger : il faut donc qu'ils s'imposent par la foi ou par la force. Voilà où aboutit la logique que la démocratie n'a pas voulu suivre jusqu'au bout. On en vit les effets dans la Grande-Grèce, où Pythagore avait pro-

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