‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 63 sur 136 · LIMITATION DU SUJET · texte numérisé non relu

LIMITATION DU SUJET

ceples amassés par leurs ancêtres, au soin qu'ils avaient pris, comme leurs pères, de développer harmoniquemént le^ar corps et leur esprit. Ils savaient encore que ce capitaine pouvait être mis en valeur que par des efforts nouveaux, et l'on entend dire que les Cynsethiens, par exemple, un petit peuple d'Arcadie, pour avoir négligé chez eux l'éducation musicale, $ avaient fini par retourner à l'état sauvage. Ils pensaient même, avec Socrate et Platon, que les natures les mieux pourvues sont celles qui ont le plus besoin d'être dirigées. Aussi, d'un bout de la Grèce à l'autre et de siècle en siècle, voyons-nous l'éducation de l'enfant, la Tratosia, vantée et recommandée comme le plus grand des biens, l'ornement et la consolation de la vie, la marque distinctive de l'homme digne de ce nom. Chez ce peuple où la religion était toute préoccupée de la vie présente, l'éducation a été élevée à la hauteur d'un culte. A Athènes et ailleurs, l'école était un sanctuaire des Muses, et les images de Hermès, d'Apollon, d'Héraklès, mettaient pour ainsi dire sous les yeux des enfants les modèles auxquels ils devaient s'efforcer de ressembler.

Faire l'histoire complète de l'éducation en Grèce, marquer avec précision quelle place elle tenait dans la vie privée et publique, comment elle se rattachait à l'ensemble des institutions sociales, quels ont été en divers lieux ses effets sur le tempérament national; rechercher sous l'influence de quelles causes elle s'est modifiée, démêler à ce propos ce que la théorie doit à la pratique et la pratique à la théorie ; décrire enfin les méthodes et procédés techniques mis en usage, est une tâche immense dont je n'accepte que la moitié.

l42 LES INSTITUTIONS PEDAGOGIQUES.

J'ai besoin, pour tracer le programme de ce cours et pour m'y tenir, de simplifier ce sujet complexe et d'en éliminer tout ce qui peut être utilement renvoyé aux cours d'histoire philosophique et littéraire.

Et d'abord, ne voulant pas étendre davantage les quelques considérations générales que je vous ai sou--i mises, je renonce à suivre à travers la littérature] grecque les appréciations, les jugements portés pari l'opinion publique sur les choses de l'éducation ; à relever, en citant tantôt les gnomiques, tantôt les lyriques ou les poètes dramatiques, tantôt les historiens ^ et les orateurs, la trace des goûts particuliers de telle j époque, de telle tribu ou de telle cité. C'est là ce que 1 l'on pourrait appeler l'étude littéraire de la question. Je m'interdirai également, et avec plus de regret encore, d'étudier les théories émises en matière d'édu-| cation par les philosophes, soit par ceux qui, comme- Platon, rêvent de faire entrer la nature humaine dans des moules géométriques, soit par ceux qui, comme Aristote, se contenteraient volontiers de transformer les règles empiriques en préceptes raisonnes. Nous ne reprendrons aux auteurs de la République^ àe.^ Lois et de la Politique que les emprunts qu'ils ont faits euxmêmes aux usages de leur temps. Nous nous bornerons donc à étudier le fonctionnement des institutions pédagogiques proprement dites, c'est-à-dire les règlements ou les habitudes traditionnelles, plus efficaces que les règlements, qui ont déterminé la nature et la i distribution des exercices scolaires, la succession des divers ordres d'enseignement, la durée des études, la condition des maîtres, et accessoirement, tous ces menus détails — dont quelques-uns fort importants

ÉDUCATION ET ENSEIGNEMENT. l43

— qu'un slalisijcien moderne rangerait sous les rubriques de punitions et récompenses, fêles scolaires, vacances, etc. Nous aurons soin de ne point nous laisser distraire de ces minutieuses études par des comparaisons trop multipliées avec nos habitudes modernes. Vous jugerez vous-mêmes combien elles seraient intempestives quand vous a^ous serez acclimatés dans ce monde antique dont l'heureux génie ne connaissait ni le souci déprimant des examens, ni la laborieuse conquête des diplômes, et qui distribuait moins de prix aux enfants qu'aux hommes faits.

C'est qu'en effet. Messieurs, il faut vous attendre à des surprises. Vous savez tous que, dans la cité antique envisagée d'une manière générale, tout semble organisé en vue de mettre au service de la société l'intelligence, les forces et la fortune de chacun. En dehors de la cité, l'individu n'est plus qu'un être errant, misérable, que ne protègent ni les hommes ni les dieux et dont la vie désorientée ne peut plus que déranger celle des autres. L'individu est donc convaincu lui-même que son premier et plus grand intérêt est de maintenir viable et forte la société qui lui permet de déployer toutes ses facultés, et la société ne croit pas dépasser son droit en exigeant que chacun de ses membres la prenne pour but et pour fin de son existence particulière.

11 semble donc que l'Etat ainsi constitué va s'emparer de l'enfant, le dresser à son usage, contrôler ses actes et surveiller ses habitudes ; en un mot, que la cité va

revendiquer pour elle le monopole et la direction exclusive de l'enseignement. Ce système, qui est celui de Platon et de tous les constructeurs butés à l'idée de faire des sociétés des chefs-d'œuvre de mécanique, n'a pas été précisément inconnu en Grèce, puisqu'il a été appliqué dans une certaine mesure à Sparte : mais c'est ici le cas de dire que l'exception confirme la règle. Sparte, c'est-à-dire un petit groupe de Doriens campés en pays conquis, était moins une cité qu'une caserne : tour à tour redoutée, admirée, raillée, mais jamais imitée, elle est restée à l'état d'exception, de phénomène bizarre qui n'a laissé dans l'histoire de la civilisation que le souvenir d'une expérience manquée. L'humanité ne doit rien à cette société de gymnastes armés, qui n'a ni contribué pour sa part au progrès des lettres, des sciences, des arts, ni même ajouté de son fonds à la morale un précepte applicable ailleurs qu'à l'ombre du Taygète.

Sparte une fois mise à part, si nous nous transportons au foyer intellectuel de la Grèce, à Athènes, nous voyons l'enseignement non pas séparé des attributions de l'État, non pas soustrait à sa surveillance et considéré comme une affaire d'ordre purement privé, mais librement donné et reçu, de gré à gré, sans que le maître tienne sa commission ou ses honoraires de l'État, sans que l'élève doive rendre compte à la société de ce qu'il a appris ou lui demande de constater par un acte officiel le niveau qu'il a atteint. Nul n'est obligé de s'instruire. Par contre, enseigne qui veut : c'est à l'user que les familles reconnaîtront si elles ont bien ou mal placé leur confiance. L'école n'est point un lieu public ; l'instituteur exerce une industrie comme

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