‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 64 sur 136 · ÉDUCATION ET ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ÉDUCATION ET ENSEIGNEMENT

une autre, et c'est à lui de se pourvoir d'un local où il puisse réunir ses élèves, à moins qu'il ne se contente d'une classe tenue au grand air, dans la rue ou sur une place publique. Le salaire de ses leçons, débattu avec les intéressés, ne lui permet pas de faire grande figure: le seul fait de vivre péniblement de son labeur ne lui vaut guère de considération dans une société qui est, en somme, une aristocratie assise sur l'esclavage, et il arrive parfois que, esclave lui-même, il travaille pour le compte d'un maître enlrcprencur d'éducations.

Il vous semble déjà, Messieurs, qu'à peine commencée la peinture de ce jardin des Muses s'assombrit : l'illusion s'envole, et vous diriez volontiers que la libre éducation des Aihéniens témoigne d'une singulière incurie administrative, d'une indifférence inattendue . pour le sort des générations nouvelles, bref, de l'absence d'institutions pédagogiques. D'autre part, outre que vous savez quel cas les Athéniens faisaient de l'éducation, vous avez entendu parler de gymnases qui comptaient parmi les plus beaux monuments publics, de professeurs célèbres qui sont venus chercher et ont trouvé à Athènes la considération et la fortune, et le rapprochemxent de toutes ces notions quelque peu contradictoires en apparence vous fait sentir le besoin d'informations plus précises.

Ces informations, c'est la substance même du cours que j'ouvre aujourd'hui et dont je vais essayer de tracer le programme.

Nos études porteront presque exclusivement, comme je l'ai fait entendre tout à l'heure, sur l'éducation à Athènes. Nous savons peu de chose, ou du moins peu de choses précises, sur ce qui se passait ailleurs, et,

sans dédaigner de recueillir çà et là ce que nous en pouvons connaître, nous nous hâterons, après un coup d'œil jeté sur l'éducation des Spartiates, de concentrer toute notre attention sur la cité athénienne. La marche la plus simple qu'on puisse suivre pour relier tous les ' détails en un ensemble intelhgibleest d'accepter l'ordre naturel, celui qui mène l'enfant de l'enseignement élémentaire à une instruction plus variée, et de là, s'il y a lieu, à une initiation plus haute ou à des exercices plus virils. Je ne voudrais point serrer de trop près les distinctions et transporter en Attique nos trois ordres d'enseignement, primaire, secondaire et supérieur : je ne compte pas non plus me fixer en un point précis de la durée et esquisser un cours d'éducation à l'usage d'un jeune Athénien d'une époque déterminée, avec la préoccupation constante d'éviter les anachronismes *. Je laisserai à notre cadre plus de souplesse, et, en dénombrant les divers objets d'enseignement, je tâcherai d'en apprécier l'importance relative et de marquer le moment où ils ont été introduits dans le programme de l'éducation.

1. Le sujet a été traité depuis, dans les limites chronologiques indiquées par le titre du livre, avec une précision élégante et une compétence parfaite, par P. Girard, V Education athénienne au y« et au IV^ siècle avant Jésus-Christ. Paris, Hachette, 1889. Je ne veux ni dire, ni insinuer que la lecture de ce livre excellent ne m'aurait suggéré aucune retouche — si je ne m'étais interdit d'en faire — à l'esquisse ci-dessus, écrite au temps où le plus récent ouvrage sur la matière était celui de L. Grasberger, Erziehung und Unterricht im klassischen Alterthum (3 vol. Wiirzburg, 1864-1881) ; mais, en ce qui concerne le point capital, la conclusion de M. Paul Girard, que je contresignerais des deux mains, me rassure complètement. « C'est donc la liberté », dit-il (p, 329), « qui fait le fondement de l'éducation athénienne. L'État ne se montre et n'agit en maître que quand il faut former ies jeunes gens au métier de soldat w.

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