‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 68 sur 136 · ATHÈNES HUMILIÉE PAR LYSANDRE · texte numérisé non relu

ATHÈNES HUMILIÉE PAR LYSANDRE

Les Athéniens avaient sous les yeux, à la fin de septembre 403, bien des sujets de réflexions mélancoliques. Trente ans de guerre contre Sparte et les alliés de Sparte avaient éclairci les rangs des citoyens et laissé l'Attique ravagée, les arsenaux détruits, le Trésor vide. Le 25 avril 404, lorsque la ville affamée et déchirée par les factions eut capitulé sans conditions, Lysandre avait lu aux Athéniens atterrés ce décret des éphores de Sparte : « Voici quelles sont les décisions des Lacédémoniens. Vous démolirez le Pirée et les Longs Murs ; vous évacuerez toutes les villes et vous renfermerez dans votre propre territoire. Ce faisant, vous aurez la paix, à condition de payer ce qui sera jugé convenable et de rappeler les bannis. Quant au nombre des vaisseaux, vous ferez ce qui vous sera prescrit ». Et le général ennemi, libre de prescrire ce que bon lui semblerait, avait, au son des flûtes, brûlé la flotte de guerre, sauf douze trières qu'il voulut bien laisser aux vaincus, et fait démolir les Longs Murs. Les Athéniens durent s'estimer heureux que les Lacédémoniens n'eussent pas accordé à leurs alliés, Thébains et Corinthiens, le plaisir de raser la ville. Quant à la contribution de guerre, les éphores pouvaient compter sur Lysandre, sinon pour en faire parvenir le montant intact à Sparte, du moins, pour effaroucher jusqu'à la dernière les « chouettes •» — c'était le nom populaire des monnaies athéniennes — qui pouvaient rester encore dans le Trésor d'Athènes, et même pour tirer des créances sur

176 LA DÉMOCRATIE ATHENIENNE.

l'avenir. Bon nombre de ces chouettes allèrent nicher dans les bagages de Lysandre, ou, comme on le dit plaisamment, sous les tuiles du toit de son intendant Gylippe. Et, pour remplir à nouveau leur caisse épuisée, les Athéniens n'avaient plus leurs alliés, ces bons alliés qu'ils avaient exploités durant un demi-siècle, qui avaient payé de leurs deniers les superbes monuments édifiés par Périclès sur l'Acropole, le Parthénon et les Propylées. Les alliés s'étaient détachés l'un après l'autre au cours de la guerre, aussitôt que la chance avait paru tourner contre Athènes, et ils étaient tous maintenant du côté du plus fort. Aussi verrons-nous les Athéniens, qui avaient pris la douce habitude de vivre aux dépens d'autrui, s'ingénier de cent façons pour trouver de l'argent, et chercher si, par hasard, leurs concitoyens riches — on dit aujourd'hui les capitalistes — ne pourraient pas remplacer, comme pères nourriciers du peuple, les alliés d'autrefois.

Après la guerre étrangère avait surgi, sous les yeux des vainqueurs, qui tenaient garnison au Pirée, la guerre civile. 11 ne manquait pas d'Athéniens qui, lésés dans leurs intérêts ou froissés dans leur amour-propre ou refoulés par les progrès constants et rapides de la démocratie dans l'exaspérante conviction d'avoir raison contre tous, étaient devenus des révolutionnaires sans scrupules, sans patriotisme, et s'étaient faits les comphces de l'étranger. Ces gens-là avaient une première fois, en 411, profité de ce que la flotte et l'armée étaient retenues devant Samos pour faire un coup d'État, mettre à la porte le Conseil des Cinq-Cents et inaugurer une Constitution nouvelle, qui réservait le droit de suffrage à une aristocratie de 5000 citoyens.

Page 1