VENGEANCES DES OLIGARQUES
Quatre mois plus tard, ils avaient été obligés de lâcher prise. Aussitôt qu'Athènes fut à la merci de Lysandre, ils jugèrent leur heure venue. Les Spartiates étaient, par tradition, les protecteurs et propagateurs nés de l'oligarchie, et ils n'avaient rien à refuser à des hommes qui avaient toujours travaillé pour eux, à des hommes que l'histoire accuse ou soupçonne encore d'avoir trahi leurs compatriotes à la bataille d'iEgos-Potamos, en haine de la démocratie.
Donc, les oligarques athéniens, auxquels les bannis nouvellement rentrés apportaient l'aiguillon de leurs âpres rancunes, avaient mis en avant un certain Dracontidas, un homme àtoutf^tire, qui proposa d'instituer une espèce de gouvernement provisoire, chargé de reviser la constitution. Cette commission, investie de pouvoirs exceptionnels, serait composée de trente citoyens. Quels citoyens, on le sut bientôt. Le décret une fois voté sous la pression de Lysandre, qui vint en personne intimider par ses menaces l'assemblée du peuple, trente oligarques, nommés par des simulacres d'élections, commencèrent non pas à faire des lois, mais à suspendre celles qui existaient et à traiter par de vigoureuses saignées le corps social, empoisonné, selon eux, par les idées démocratiques. Les exécuteurs des hautes œuvres, les Onze, fonctionnaient sans relâche. Après quelques coups frappés sur la canaille, sur le menu fretin des délateurs, ce fut le tour des chefs du parti démocratique. « Si l'on veut avoir le dessus», disait le plus fougueux des Trente, Critias, à son collègue Théramène, « il faut nécessairement se débarrasser des gens capables de faire de l'opposition». En vertu, de ce principe, les Trente finirent par s'atta-
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quer à ceux de leur propre parti qui refusaient d'approuver leurs violences et par prendre goût aux proscriptions lucratives, la confiscation des biens accompagnant toujours la peine de mort. Pour payer la garnison Spartiate qu'ils avaient installée sur l'Acropole et faire ou arrondir leur fortune, ils fauchèrent | dans la classe des commerçants, étrangers domiciliés pour la plupart, qui n'étaient pour rien dans ces querelles, mais qui étaient à la fois plus riches et plus faciles à traquer que les citoyens. A la fin, quelques-uns | d'entre eux, qui n'avaient pas perdu tout sens moral, prirent peur, et la discorde se mit dans la commission même des Trente. Alors les exaltés se retournèrent contre leurs collègues, et l'exécution de ThéramèneM apprit à ceux-ci qu'on n'est pas libre de renier les excès auxquels on a collaboré. Tous tremblaient devant Critias et Chariclès, qui, pour étouffer toute protestation, en vinrent à fermer les écoles et à exiger le silence même de Socrate. On se prend à regretter que Critias ait patiemment supporté les mots sarcastiques de son vieux maître, et que ce ne soit pas lui qui assume f devant l'histoire la responsabilité dont s'est chargé quatre ans plus tard, hélas 1 un jury démocratique.
Avec leurs garnisaires et leurs séides, les Trent opprimaient impunément le peuple désarmé. Mais dehors, les citoyens qui avaient échappé par la fuite à leur tyrannie étaient devenus assez nombreux pour essayer de les chasser à leur tour. Thrasybule n'avait pas cent hommes avec lui quand il rentra en Attique : au bout de quelques jours, il en avait un milliefi Bientôt maître du Pirée, il avait pu bloquer la ville. Lysandreétaitaccouruau secours des ohgarques, mais,