DÉLIVRANCE ET AMNISTIE
devenu suspect aux Spartiates eux-mêmes, il avait été dessaisi de l'affaire par le roi Pausanias, qui préféra imposer aux oligarques et aux démocrates sa médiation.
C'est, il faut bien le dire pour ne pas exagérer la générosité des démocrates à demi victorieux, c'est en présence d'une armée Spartiate prête à sévir contre les intransigeants de l'un et de l'autre parti que fut scellé le pacte de réconciliation. Il fut stipulé que les bannis rentreraient dans leurs biens ; que les citoyens demeurés dans la ville ne seraient exposés à aucune vengeance ; que personne ne se souviendrait plus des torts et dommages passés ((xyi {xvYiatxaxstv). Il n'était fait exception que pour les individus qui avaient accepté des fonctions publiques sous l'autorité de Lysandre, c'est-à-dire d'abord les Trente eux-mêmes, ensuite leurs bourreaux, les Onze, et, en troisième lieu, les Dix qui avaient administré le Pirée comme délégués des Trente. Encore fut-il convenu que l'amnistie pourrait être étendue aux personnes provisoirement exceptées, si elles consentaient à rendre compte de leur gestion devant un tribunal compétent. On les traitait en contumaces, non en condamnés.
Amnistie! Remarquez ce mot, Messieurs. Il a été introduit dans la langue politique par les démocrates athéniens armés pour la défense de leurs institutions "nationales et résignés à oublier leurs légitimes ressentiments. L'amnistie, en effet, c'est plus que le pardon, c'est l'oubli (àpYjCTia) ; noble fiction qui, précisément parce qu'elle ne saurait empêcher et oblitérer le souvenir, ajoute au mérite de ceux qui restent fidèles à l'engagement d'agir comme s'ils ne se souvenaient plus; merveilleux instrument de pacification, si les
LA DEMOCRATIE ATHENIENNE.
partis tiennent loyalement leur parole; mensonge, duperie, aveu d'impuissance et d'incertitude, si les intéressés, si ceux-là surtout pour qui l'amnistie rem-J place le pardon, affichent la prétention de se souvenir. C'est parce que la démocratie athénienne, traquée et insultée durant les huit mois de la Terreur oligarchique, a pratiqué en toute sincérité l'oubli des injures que l'amnistie a pris place dans la pharmacopée politique, comme remède suprême aux grandes crises. Le remède fut cette fois si efficace que les Athéniens n'eurent plus besoin d'y recourir par la suite: ils n'eurent pas Toccasion de vérifier que^ comme tous les remèdes, celui-là perd sa vertu par unemploi trop fréquent.
Enfin, le 21 septembre 403 (en style athénien, le 12 Boédromion de l'archontat d'Euclide), Thrasybule et ses vaillants compagnons firent leur entrée dans Athènes évacuée par les troupes Spartiates. Arrivé devant la porte du Dipylon, le cortège des libérateurs j en armes fît halte et se convertit en procession religieuse (TrofXTnfj) pour aller, en traversant le Céramique, sacrifier sur l'Acropole à la patronne de la cité. Les émigrés furent accueillis et harangués sur le Pnyx par Thrasybule, qui ne fit allusion à leurs erreurs que pour.* les exhorter à la concorde et tirer une leçon de l'expérience faite. Ce jour glorieux fut inscrit au calendrier sous le nom de XapiaTyjpta IXeuôepiaç, « Actions de grâces pour la liberté », comme fête civique à célébrer désormais tous les ans.