‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 7 sur 136 · GENÈSE DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

GENÈSE DE LA RELIGION

c'est-à-dire de quelque chose de supérieur et d'antérieur à l'homme ; or l'histoire démontre que, jusqu'au jour où le spiritualismephilosophiqueseplutà agrandir les perspectives d'outre-tombe, — je pourrais dire, en Grèce, jusqu'au temps de Platon, — la mort n'a jamais été considérée comme une crise salutaire ayant pour effet d'épurer et de perfectionner la nature humaine. Au temps d'Homère, les morts sont encore des « têtes sans force », des fantômes hébétés qui reprennent un instant conscience d'eux-mêmes en buvant le sang des victimes et ne se souviennent alors de leur vie passée que pour la regretter.

Non ! l'idée du divin, élément premier de toute religion, est née au contact de la Nature extérieure. La Nature seule a donné au Barbare qui s'essayait à penser L'idée d'une grandeur, d'une puissance, d'une immortalité que l'homme ne possède pas. Toutes les religions anciennes sont naturalistes ou «naturistes », comme on dit dans le jargon des savants modernes. De ce côté, la genèse du sentiment religieux est aisée à suivre. Il n'a pas fallu beaucoup de temps à nos ancêtres des premiers âges pour comprendre que l'univers se mouvait et vivait sans leur concours. Qui pousse à la roue de l'énorme machine? Qui dirige les astres, dont le cours régulièrement variable ramène l'alternance des saisons? Qui lance la foudre du haut des nuées ou y trace tout d'un coup l'arc illuminé de radieuses couleurs? Il est inutile de multiplier ici ces questions, qui se présentent d'elles-mêmes et à chaque instant à l'esprit le plus inculte. Si ce n'est pas une force humaine qui opère ces merveilles, il faut bien que ce soit une force surhumaine. Voilà le divin tout

trouvé. On le voit à l'œuvre; partout, jusque dans le moindre brin d'herbe, on reconnaît les preuves de son infatigable activité, activité qui apparaît du premier coup comme supérieure en étendue et en puissance aux forces bornées de l'homme. L'idée religieuse pénètre ainsi dans l'intelligence humaine par une voie infiniment plus courte et plus sûre que celle des spéculations plus ou moins vagues sur l'âme et son exil ou ses labeurs d'outre-tombe. Une preuve entre autres que c'est bien là le point précis où s'enracine dans l'entendement la religiosité, c'est que, aujourd'hui encore, après des siècles de disputes et de contre verses, elle y revient d'elle-même et s'y repose sur les seuls arguments que ladialectique n'ait pointébranlés. L'univers se meut, et d'une façon harmonique ; à cela, il n'y a pour l'homme primitif qu'une explication possible: c'est que le mouvement lui est imprimé par des forces vivantes, douées de volonté et de discernement. Je dis à dessein des forces, et non plus, comme tout à l'heure, une activité indéterminée. Nous faisons un pas déplus; nous fractionnons l'idée générale du divin en dieux personnels, dont chacun est occupé à une tâche distincte. Le polythéisme est la forme nécessaire de toutes les religions naturalistes. Le fait n'a pas besoin pour ainsi dire d'être démontré, tant on en voit clairement la raison. Croyez-A^ous que l'homme inculte puisse mener à bien une opération intellectuelle dont le vulgaire sera de tout temps incapable et dont on entrevoit seulement la possibilité du haut des sommets de la science contemporaine, je veux dire, ramener à l'unité la cause de tous les phénomènes naturels et reléguer tout le mystère des choses dans

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