‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 72 sur 136 · FOI DÉMOCRATIQUE DES ATHENIENS · texte numérisé non relu

FOI DÉMOCRATIQUE DES ATHENIENS

cet hommage, et un peuple humilié par la défaite ne saurait, sans danger pour sa propre existence, s'humilier lui-même. La modestie peut être une vertu, mais ce n'est pas une force, et c'est de force qu'ont besoin ceux qui ne veulent pas mourir.

La force que donne une haute estime de soi, — surtout quand on peut la faire partager aux autres, — les Athéniens l'ont eue à un degré exceptionnel, et ce sentiment allait s'exagérant précisément à l'époque où nous sommes, par réaction consciente et voulue contre l'humiliation subie.

En fait, et pour rester dans le domaine des réalités démontrables, la renommée d'Athènes datait des guerres médiques. Les combattants de Marathon l'avaient pour ainsi dire improvisée d'un seul coup, qui, comme le premier exploit du Cid, était un coup de maître. Au delà, Athènes ne joue — disons, ne jouait — aucun rôle dans les grandes entreprises plus ou moins légendaires qui formaient l'arrière-plan de l'histoire de la race grecque. Les poèmes homériques, où les cités grecques cherchaient la trace de leurs ancêtres, glorifiaient les rivales d'Athènes, Argos, héritière de Mycènes et de Tirynthe, qui avait pris pour elle Agamemnon ; Sparte, la patrie des Dioscures, d'Hélène et de Ménélas ; Thèbes même, la ville aux sept portes, illustrée d'ailleurs par la légende des Labdacides et celle de l'Hercule thébain. Tandis que des peuples déchus pouvaient vanter les exploits de leurs héros,

que Salamine avait son Ajax, la petite Ithaque son Ulysse et la Phthiotide son Achille, on ne rencontrait point de guerriers athéniens sous les murs de Troie. Lorsque l'imagination des poètes eut rempli le vide qui régnait par delà la guerre de Troie avec la légende des Argonautes, il se trouva que les Athéniens n'y avaient pas non plus de place. Que faisaient-ils alors ? Athènes n'existait donc pas encore, ou bien elle était endormie, indifférente à tout ce qui passionnait les autres Hellènes ? Ne pouvait-on pas douter même que les Athéniens fussent de vrais Hellènes ? Car enfin, ils se disaient eux-mêmes autochtones, nés de leur j propre sol, et les archéologues qui commençaient à ruminer les premiers essais d'histoire ethnographique entendaient par autochtones une première couche de population indigène, les Pélasges, à laquelle s'étaient superposés les Hellènes. Bref, ni la légende, ni l'histoire naissante ne donnaient aux Athéniens la satisfaction qu'ils cherchaient, celle de se croire et de se dire prédestinés dès l'origine à l'hégémonie de la Grèce. On pouvait soutenir que, avant les guerres médiques, la Grèce ne leur devait rien; ni guerriers, ni poètes, ni artistes, ni « sages » ou savants. Vus par d'autres yeux que les leurs, les Athéniens étaient des parvenus, de richesse toute récente et de gloire toute fraîche.

Eh bien, Messieurs, ce qu'on leur refusait, peut-être avec raison, les Athéniens le prirent ; leurs poètes tragiques, leurs orateurs, leurs érudits, leur fabriquèrent une histoire rétrospective dont je vous ai déjà donné tout à l'heure un échantillon et qui allait de pair avec les plus glorieuses. Dès le temos des Pisistratides, les

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