‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 73 sur 136 · HISTOIRE RÉTROSPECTIVE D*ATHÈNES · texte numérisé non relu

HISTOIRE RÉTROSPECTIVE D*ATHÈNES

Athéniens avaient mis la main sur les poèmes homériques en les recueillant, les ordonnant et les fixant à tout jamais par l'écriture. C'est eux qui, avec des centaines peut-être derapsodies, ont fait Homère. Ils se sont payés, dit-on, de ce service en glissant discrètement dans VIliade au moins quelques noms de héros athéniens et en faisant une place aux vaisseaux athéniens dans la flotte conduite par Agamemnon. Le fait est que la mention banale accordée aux Athéniens dans le Catalogue du deuxième chant de VIliade a bien l'air d'une interpolation, et que leurs champions, Ménesthée, Stichios, lasos, restent des comparses obscurs. Il eût fallu là un Thésée ; mais tous les premiers rôles étaient occupés dans VIliade^ et on finit par convenir que Thésée appartenait à une génération antérieure. ]\Iais il était convenu aussi que cette génération antérieure avait fait la conquête de la Toison d'or, et les patriotes athéniens durent songer à faire entrer Thésée dans la liste des Argonautes. Là encore, tous les premiers rôles étant tenus par d'autres, ils se résignèrent à n'introduire que des doublures, le héros Boutés et le héros Phalère, qui font assez médiocre figure à côté de Jason, d'Hercule, des Dioscures, de Télamon et d'Oïlée. On dit plus tard, et l'excuse est assez ingénieuse, que Thésée n'avait pas pu prendre part à l'expédition des Argonautes parce qu'il était alors captif dans les Enfers, où il était descendu pour délivrer son ami Pirithoos. Mais les Athéniens prirent leur revanche sur les Amazones. Thésée eut son épopée à lui, fabriquée avec des légendes qui, déjà connues d'Homère, avaient foisonné dans l'imagination des poètes cycliques. Hercule passait pour avoir combattu

les Amazones : il n'y avait qu'à associer d'abord, puis à substituer Thésée à Hercule pour avoir un glorieux chapitre d'histoire athénienne. On racontait donc que Thésée, compagnon d'armes d'Hercule, avait ramené du pays des Amazones leur reine Antiope, soit comme captive, soit comme amante passionnée qui avait tout quitté pour le suivre. Pour reconquérir leur reine, les Amazones avaient envahi l'Attique, et leurs bataillons avaient campé jusque sur la colline de l'Aréopage. Tout cela finit soit par l'extermination des Amazones, soit par un accommodement et des noces triomphales. Athènes avait donc alors, comme elle le fit plus tard, repoussé une invasion d'Asiatiques : elle était déjà le « rempart de la Grèce » — ce qu'il fallait démontrer, comme disent les mathématiciens.

C'étaient encore des sauvages, des ennemis de la civilisation, que Thésée avait exterminés dans cette grande tuerie de Centaures et de Lapithes qui avait ensanglanté les noces de son ami Pirithoos. Les artistes athéniens, depuis le sculpteur jusqu'au potier, se chargeaient de mettre sous les yeux, de fixer dans les mémoires ces belliqueux et utiles exploits. Des scènes de la Centauromachie se déroulaient sur les métopes du Parthénon ; le combat des Amazones, peint par Micon sur les murs du Théseion, sculpté par Phidias sur le bouclier de son Athêna Parthénos et sur le piédestal de sa statue de Zeus à Olympie, se retrouve partout où essaime l'école de Phidias, à Phigalie, àEphèse,au tombeau de Mausole. Le jour où Attale de Pergame éleva sur l'acropole d'Athènes — au centre du monde civilisé — un monument commemoratif de ses victoires sur les Gaulois, il n'oubha pas

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