LA GUERRE DES AMAZONES
d'associer à sa gloire les vainqueurs des Amazones. Les Athéniens firent si bien, par la parole, la plume, le théâtre, le pinceau et le ciseau, que Thésée était môle à toutes les aventures mythiques et que la chose finit par passer en proverbe : oùx àvsu ye ©Yjaécoç, rien ne se fait sans Thésée, — pas même la bataille de Marathon, où l'on vit, paraît-il, son fantôme mener les Athéniens au combat.
Mais cela ne suffisait pas encore à l'ambition patriotique des Athéniens. Ils sentaient — et avec quel légitime orgueil ! — que leur cité était devenue le foyer intellectuel et comme le cerveau de la Grèce ; plus que cela encore, si c'est possible; une terre promise où l'on venait chercher les mots de passe pour l'autre monde, les formules révélées aux initiés par l'hiérophante d'Eleusis. Les Athéniens, fidèles à leur méthode, obstinés à soutenir que ce qui était actuellement avait toujours été, s'attribuèrent le rôle d'éducateurs de la race hellénique à ses plus lointaines origines. Avec les exploits de Thésée, ils avaient de quoi répondre à ceux qui se souvenaient un peu trop du temps où l'Attique était une espèce d'Arcadie et où Thémistocle avait eu tant de peine à convertir en marins ses laboureurs. Ces laboureurs, qu'ils n'entendaient pas renier, allaient maintenant leur servir, avec les légendes d'Athéna, de Démêter et de Triptolème, à revendiquer le plus plus beau titre de gloire d'Athènes, la maîtrise de la civilisation et des arts de la paix.
Leur raisonnement était fort simple et avait toute la rigueur d'un syllogisme. Point de civilisation sans agriculture, et voilà pourquoi Démêter est Législatrice (Thesmophore) ; or l'agriculture avait été enseignée
aux Hellènes par les Athéniens, instruits eux-mêmes i par leurs divinités nationales ; donc la civilisation ! grecque tout entière, la vie policée, procédait de | l'exemple des Athéniens et de leur généreuse propa- i gande. Le blé, que nos naturalistes n'ont pas encorè^J rencontré à l'état sauvage, c'était Démêter qui l'avait apporté, avec le modèle de la première charrue ; l'olivier, c'était Athêna qui l'avait fait miraculeusement sur-gir du rocher de l'Acropole; le figuier, c'était Démêter encore qui l'avait planté dans le dème des Phytalides ; la vigne, c'était en Attique encore, soit à Icaria, soit à Éleuthères, que Dionysos avait appris aux hommes à en tirer les plus folles joies de l'existence. Bref, Athènes était la « métropole des fruits de la terre » ({X7]Tpo7roÀtç Tcov xapTcwv), et c'est à elle qu'on devait de ne plus disputer à certains animaux les glands des chênes. Qu'ils fussent assis sur les gradins de leurthéâtre ou au Pnyx, les Athéniens ne se lassaient pas d'entendre leurs poètes et leurs orateurs exploiter ce thème inépuisable. On était sûr d'être applaudi en les appelant fils de Gécrops, fils d'Érechthée, enfants chéris de Démêter. Je ne crois pas qu'on puisse soupçonner de modestie ceux qu'Isocrate glorifiait ainsi dans son Panégyrique. « De tous les biens actuellement à la portée des hommes », s'écrie l'orateur, « j'entends de ceux qui ne nous viennent pas des dieux, mais que nous nous procurons mutuellement, il n'en est pas qui leur soient arrivés sans notre ville, et la plupart leur sont venus par elle ». Et l'orateur explique comme quoi les Athéniens, jugeant que la vie bornée à l'alimentation ne vaut pas la peine d'être vécue, se sont mis à civiliser, à policer les Hellènes; comment