‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 76 sur 136 · ATHÈNES ET SA FOI PATRIOTIQUE · texte numérisé non relu

ATHÈNES ET SA FOI PATRIOTIQUE

autres, bcon gré mal gré, y ont cru, parce que les Athéniens, grâce à leur supériorité intellectuelle, ont mis la main sur tous les instruments de la tradition, sur toutes les voix de la Renommée. Il vint un moment où être loué par les Athéniens, être présenté par eux pour ainsi dire au monde des vivants et à la postérité, devint l'ambition des rois, le rêve des puissants et des victorieux. Arbitres des réputations, dispensateurs de la gloire, les Athéniens se sont fait la part belle, et ils en ont reversé le superflu sur la tête de leurs plus lointains ancêtres, que l'on supposait volontiers intelligents et braves, à juger d'eux par leurs descendants. Car, ne l'oublions pas, tous les parvenus ne peuvent pas s'anoblir ainsi. Le crédit accordé à l'hégémonie préhistorique d'Athènes était garanti par la gloire de l'Athènes de Péri clés, gloire toute récente, celle-là, mais incontestée, mais vivante, immortelle et rayonnant au loin comme l'éclat des marbres tout neufs de l'Acropole. Et ainsi s'est formé, ainsi s'est imposé au respect de tous cet ensemble harmonieux de traditions qui nous représentent Athènes comme ayant pris en tout temps l'initiative des grandes choses, aussi bien dans les arts de la paix que dans les entreprises guerrières, Athènes née adulte, sage et armée comme son divin modèle, l'Athêna Promachos au cerveau puissant, au bras invincible.

Je résiste, Messieurs, et pour cause, à la tentation de prélever quelques échantillons sur le tribut d'éloges

200 LA DÉMOCRATIE ATHENIENNE.

payé à la mémoire d'Athènes par les âges postérieurs. 11 suffît de dire qu'au temps de Plutarque, on intéressait encore un auditoire en agitant la question de savoir « si les Athéniens s'étaient plus illustrés à la guerre que dans les lettres», et qu'on pouvait la trancher en mettant leur gloire militaire encore au-dessus de leur maîtrise littéraire.

Pour en revenir étroitement à mon sujet, à l'idée maîtresse autour de laquelle je veux retenir votre attention, je dis que cette haute opinion que les Athéniens avaient d'eux-mêmes était pour eux une force, et que, cette force morale, ils croyaient la devoir àj l'excellence intrinsèque comme à la pratique ininterrompue des institutions démocratiques. Voyons] donc encore une fois, pour fixer leur portrait enrésumant nos impressions, ce que sont, ce que pensent » les Athéniens au sortir de la guerre du Péloponnèse. C'est le meilleur moyen de comprendre ce qu'ils vont faire.

Ce qu'ils vont faire tout d'abord, c'est rétablir la démocratie, avec certains tempéraments reconnus utiles. Ils estiment qu'ils en ont le droit, et même le devoir. Le droit, car, comme le dit Aristote, « il parut juste que le peuple, qui avait lui-même effectué son; retour, devînt aussi le seul détenteur du pouvoir politique ». Le devoir, parce que, en reculant jusqu'aux^ origines les attaches de la tradition démocratique, ilsJ en ont fait un legs des ancêtres, que leur piété filial^ doit conserver. De l'excellence du régime en soi, quoi que puissent dire les philosophes, ils ne doutent pas et ne douteront jamais. En théorie, ils le jugent assis sur l'idée de justice; en pratique, il leur semble que

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