‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 86 sur 136 · DISSOLUTION DE LA LIGUE ATHÉNIENNE · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DE LA LIGUE ATHÉNIENNE

indépendance. Les Athéniens surpris, déçus, affolés, hésitaient, discouraient sans fin, envoyaient de divers côtés des secours qui arrivaient partout trop tard, et finissaient par s'en prendre à leurs généraux. Après la mort de Chabrias, tué à Chios (357), après la retraite du vieil Iphicrate, que l'on récompensait de ses longs services en l'accusant de trahison, après la condamnation de Timothée, dont les façons aristocratiques avaient indisposé le jury, Athènes n'avait plus d'autres hommes de guerre qu'un soudard comme Charès et un condottiere étranger comme Charidème. Mais Eubule consola les Athéniens de leurs mésaventures en leur faisant de bonnes finances, en triplant le théorikon et leur persuadant qu'ils n'avaient jamais été aussi heureux.

Cependant, tout marchait à souhait pour Philippe. Les Thébains, pour satisfaire une vieille rancune contre les Phocidiens, leurs voisins, avaient allumé la deuxième « guerre Sacrée ». Pendant que les cités grecques prenaient parti pour ou contre les soi-disant sacrilèges, Philippe enlevait Méthone, — secourue trop tard, comme toujours, par les Athéniens, — encourageait à la révolte l'Eubée, d'où les Athéniens furent expulsés en quelques mois, s'emparait après un long siège d'Olynthe, en dépit des adjurations de Démosthène et des demi-mesures des Athéniens, qui, une fois Olynthe rasée, signèrent avec lui la paix dite de Philocrate (34(3), puis se faisait appeler par les Thébains pour mettre les Phocidiens à la raison et installait triomphalement la Macédoine dans le conseil des Amphictyons. En 345, il n'yavait guère au nord des Thermopyles que Périnthe et Byzance dont il ne fût-

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pas encore maître, et il commençait à étendre son protectorat sur le Péloponnèse, sous prétexte de protéger contre Sparte l'indépendance des Argiens et des Messéniens.

En 339, ses agents, Eschine entre autres, ont soin de provoquer une nouvelle guerre Sacrée qui rend nécessaire une nouvelle intervention du roi de Macédoine. Démosthène a raconté dans une page immortelle l'effet produit à Athènes par la nouvelle que Philippe était entré à Élatée. On eût dit que le feu venait de prendre aux quatre coins de la ville. Les Athéniens, ralliés autour de Démosthène, oublient leur vieille haine pour les Thébains; ils improvisent une coalition et mettent sur pied une armée qui va se briser contre les phalanges macédoniennes à Ghéronée. Cette fois, Philippe est bien le maître ; une Diète hellénique convoquée à Corinthe lui décerne l'hégémonie de la Grèce.

Cet aperçu sommaire nous met à même de reprendre un autre jour le récit au point où je le laisse aujourd'hui. S'il fallait dégager des faits si rapidement passés en revue une conclusion préalable, je craindrais d'y retrouver cette loi fatale dont je vous parlais en commençant, loi qui semble condamner l'effort humain à tourner contre le but et à réaliser dans la pratique l'inverse de la théorie. J'ai cru vous montrer qu'au dedans, par une préoccupation constante de la justice et un souci jaloux de l'égalité envisagée comme partie intégrante de la justice, Athènes avait installé chez elle une sorte de despotisme populaire, qui mettait trop souvent l'arbitraire à la place de la justice et la faveur à la place de l'égalité. Je pourrais ajouter — et cette observa-

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