‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 90 sur 136 · REGRETS DES HUMANISTES · texte numérisé non relu

REGRETS DES HUMANISTES

politique et précipité la décadence. Plutarque fait le panégyrique d'Alexandre : illui reconnaît, ou lui prête, l'intention « d'étendre sur les Barbares l'influence du commerce avec les Grecs », de « civiliser dans ses courses l'univers entier », de « semer la Grèce en tous lieux, répandant sur les nations des germes de justice et de paix », de refondre, « comme un métal frappé d'une empreinte barbare », les peuples qu'il veut couler dans le moule de la civilisation grecque. En un mot, les Grecs. du temps de l'Empire avaient pris à leur compte l'œuvre historique de la Macédoine, à laquelle leurs ancêtres avaient collaboré malgré eux : ils avaient tranché dans le sens macédonien un débat qui s'est ranimé sous nos yeux dans ces derniers temps et où ont été agités les plus graves problèmes qui s'imposent à l'attention de l'humanité entière.

Les dernières pages de V Histoire Grecque de E. Curtius expriment l'amer regret de voir disparaître, foulée aux pieds par le soudard macédonien, la floraison du génie grec, qui avait ses racines et son aliment dans l'amour de la patrie et de la liberté. Le soudard, le « roi étranger », c'est d'abord et surtout Philippe. « Le Macédonien », dit E. Gurtius, « savait reconnaître et employer les talents, la culture, toutes les forces intellectuelles des Hellènes : il rendait hommage à la gloire de leur passé ; il flattait leur vanité ; mais, en définitive, il n'avait aucune sympathie pour les Hellènes en tant que nation. Ces patriotes, il les haïssait comme des ennemis irréconciliables; les traîtres qui lui avaient livré leur pays, il les méprisait. Bien qu'il dût aux Grecs tous les résultats qu'il avait obtenus, bien qu'ils lui fussent indispensables pour ses desseins ulté-

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rieurs, il se borna néanmoins à s'en servir pour son -j ambition dynastique, sans accorder à la nation une part ] indépendante dans sa gloire, sans songer à un relève- | ment des Hellènes devenus membres de son empire. 1 Aussi rentrée de la Grèce dans l'empire macédonienne | fut-elle pas le commencement d'une ère nouvelle, qui aurait éliminé les éléments morts et provoqué le développement de germes nouveaux ; elle fut au contraire un recul, une chute complète. La foi religieuse avait perdu depuis longtemps sa puissance ; la pensée philosophique ne pouvait conduire que quelques individus à une plus haute conception des devoirs de l'homme : l'art pouvait bien jeter une lueur consolante et rassérénante sur les cités qui avaient été le théâtre d'un glorieux passé, mais il ne pouvait leur donner aucune consistance morale. Les seuls instincts qui pouvaient encore agir sur le peuple grec, refouler l'égoïsme et éveiller le dévouement à des idées plus hautes, naissaient du sentiment de la communauté, de l'attachement à la cité et à la patrie, de la fidélité à la loi et à la tradition, de la piété envers les ancêtres, de l'amour de la liberté. Tous les nobles sentiments qui avaient éclaté dans les derniers temps avaient leur raison d'être dans l'idée de l'État. Aussi, lorsque le peuple se vit interdire ce terrain, lorsqu'il n'eut plus de patrie et que sa vie municipale elle-même fut en souffrance, il dut perdre toutes les vertus qu'il avait héritées du passé. C'est pour cela que la domination macédonienne a exercé sur les Grecs une influence démoralisante. Le bien-être matériel, le confort de la vie de petite ville, voilà ce que la foule chercha à se procurer. Tous les nobles instincts allèrent s'affaiblis-

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