‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 93 sur 136 · LE DROIT ET LA FORGE · texte numérisé non relu

LE DROIT ET LA FORGE

la force, comme telle, peut quand même détruire ou créer le droit. L'Histoire... ne se laisse pas emprisonner dans les toiles d'araignée d'une théorie : sitôt qu'elle s'agite, elle en brise d'un seul coup tous les fils, laissant à la théorie le soin de les renouer pour le nouvel état du monde. Que conclure de là ? Si aujourd'hui même nous voyons encore la force créer le droit, quelle autre mère aurait-il eue à l'origine? »

« Aujourd'hui même »: vous l'entendez. Messieurs, il ne s'agit plus seulement de l'histoire du passé, qui fournit des exemples, mais aussi et surtout de celle qui se fait et qui applique les enseignements de l'autre. Du reste, Droysen, l'auteur de VHistoire de lllellénisme^ a écrit plus tard, en treize volumes, VHistoire de la politique prussienne jusqu'à la fin du règne de Frédéric II, et il est évident que, sur le dos des Grecs et des Macédoniens, c'est encore le procès de l'Allemagne particulariste, condamnée par l'Idée hégéhenne à être absorbée par la Prusse, qu'il instruit. La Macédoine, peuple jeune, belliqueux, plein de sève, discipliné et mené par des chefs infaillibles, c'est la Prusse : les cités grecques, lassées par des siècles d'agitation brouillonne et stérile, ce sont les petits États d'Allemagne, qui, une fois unifiés et encadrés sous une main de fer, constitueront une force irrésistible. On sait, nous savons mieux que personne, quelles redoutables prophéties gisaient au fond de ces aperçus élaborés dans le silence du cabinet, dans les ateliers de la science germanique. En vertu du balancement de la thèse et de l'antithèse hégélienne, ce n'est pas vers l'Orient que, cette fois, les nouveaux Macédoniens, les nouveaux Alexandres, devaient diriger leurs phalanges.

^Aù LA DOMINATION MACEDONIENNE.

Sans doute, Messieurs, en tant que système philosophique, ridéahsme hégélien est mort, de la mort qui attend tous les systèmes, toujours mis à mal par quelque vice de construction et remplacés par d'autres aussi peu solides; mais son esprit vit encore. Comme cet esprit n'était au fond qu'un déguisement philosophique de la foi en la Providence, qui ne fait rien en vain et a voulu tout ce qui arrive effectivement, il se perpétue avec cette foi elle-même, en lui communiquant une hardiesse qu'elle n'avait pas au temps où elle se bornait à chercher dans le passé les traces de l'intervention divine et à l'espérer pour l'avenir. Enfin, l'esprit hégélien, résumé ici dans l'admiration pour la force et le mépris de la faiblesse, s'est préparé un^ refuge, peut-être inexpugnable, dans les sciences qui] s'occupent des êtres organisés, ou, comme on dit] aujourd'hui, les sciences biologiques.

L'évolutionnisme, qu'on appelle aussi darw^inisme,^ du nom de son plus illustre représentant, est aussi] connu que le fut jamais l'hégélianisme, et il intéresse] un plus grand nombre d'intelligences. Il enseigne^ aussi que la nature élimine les faibles au profit desi forts ; que les individus ou les races qui ne peuvent pas s'accommoder aux exigences du milieu dans lequel, ils vivent sont condamnés à disparaître. Appliquée aux races humaines, aux types ethniques ou aux nations, cette théorie ressemble singulièrement à l'hégélianisme, et ceux qui voient dans la sélection naturelle un instrument de progrès continu effacent entre elle et lui toute différence. Mais, Messieurs, il y a précisément là, à ce point de contact, une différence qu'il ne faut pas laisser effacer. L'évolutionniste,

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