‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 96 sur 136 · LE SYSTÈME DE LA FEDERATION · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DE LA FEDERATION

rendent extrêmement difficile l'acquisition du droit de cité. Lysias, qui avait pourtant rendu de grands services à la Restauration démocratique de 403 et que Thrasybule avait fait inscrire parmi les citoyens, dut redescendre au rang de métèque : pour les Athéniens, il est resté ce que l'avait fait son origine, un Syracusain. Sparte pratiquait de temps à autre la ^svviXadt'a, l'expulsion des étrangers. Les philosophes qui spéculaient sur la politique et les questions sociales, Aristote aussi bien que Platon, réclamaient, pour appliquer leurs théories, des cités médiocrement peuplées: au cas où la population, par l'effet de sa propre fécondité, dépasserait certaines limites, ils prévoient la fondation de colonies, c'est-à-dire de nouvelles cités autonomes, rattachées seulement par quelques devoirs de politesse à la mère patrie.

Ainsi, le morcellement des forces delà race en molécules presque impénétrables et rebelles à l'agglutination n'était pas seulement en Grèce un fait, produit par les circonstances et modifiable par d'autres circonstances; c'était un principe, une chose raisonnée et voulue. Dans cet état d'esprit, il n'y avait qu'un mode de groupement possible, la fédération, ce que les Grecs appelaient la (7u[jt,[xa;^ia. L'idée de s'associer vint naturellement aux Grecs en face de dangers communs. Ils n'avaient pas perdu la notion de leur solidarité en tant que race, notion entretenue par l'usage d'une même langue et par la célébration des jeux panhelléniques, et il semble qu'il ne leur eût pas fallu une forte dose d'abnégation pour se liguer au moins contre le Barbare. Ce fut la pensée d'Aristide après la crise des guerres médiques, où un certain nombre de villes

grecques — pas toutes — avaient uni leurs efforts. Mais il n'y avait qu'un Aristide à Athènes, et j'imagine qu'il n'y en avait pas beaucoup d'autres en Grèce, je veux dire, d'hommes qui entrent loyalement dans un pacte et se croient tenus par leur parole donnée. Il faut bien l'avouer, s'il est une vertu qui a manqué aux Grecs d'autrefois, ergoteurs subtils et commerçants retors, c'est la loyauté. Le héros qu'ils admiraient le plus et dont ils ont fait comme le type de la race, c'est l'artificieux Ulysse, l'homme fertile en expédients, qui sait prendre tous les déguisements et mentir à propos. La première ligue contre le Mède fut d'abord comme décapitée par une querelle de préséance. Les Spartiates, mortifiés d'avoir été joués par les Athéniens, se retirèrent et entraînèrent dans leur abstention les villes du Péloponnèse. La ligue devint une fédération maritime sous l'hégémonie d'Athènes. Mais les Athéniens, qui avaient d'abord paru ne prétendre qu'à une présidence honorifique, voulurent de présidents devenir maîtres et traiter leurs alliés en sujets. De là des révoltes partielles que les Athéniens réprimèrent avec cruauté, et enfin un soulèvement général qui les prit à revers au cours de la guerre du Péloponnèse, alors qu'ils avaient sur les bras toutes les forces de Sparte et de ses alliés. Les Athéniens, qui avaient ainsi falsifié en quelque sorte le pacte fédéral, se montraient moins scrupuleux encore envers ceux qui, ne l'ayant passigné, croyaient pouvoir rester indépendants. C'est dans la bouche des Athéniens — j'ai regret à le dire — que se rencontre, éternisée par le récit de Thucydide, l'apologie la plus effrontée de la force et du droit fondé sur la force qu'enregistre l'histoire. Les Athéniens veulent

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