‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 97 sur 136 · LES ATHÉNIENS A MÉLOS · texte numérisé non relu

LES ATHÉNIENS A MÉLOS

contraindre les habitants de Mélos à entrer dans leur Ligue, et ceux-ci s'y refusent en invoquant, d'une part, les convenances, étant d'origine lacédémonienne, de l'autre, la justice, qui leur assure le droit de rester neutres. Les Athéniens font fi de ce qu'ils appellent « de belles phrases » ; ils ne connaissent que leur intérêt. « Il faut», disent leurs parlementaires, « partir d'un principe que vous connaissez comme nous : c'est que, dans les affaires humaines, on se règle surlajustice quand de part et d'autre on en sent la nécessité, mais que les forts exercent leur puissance et que les faibles la subissent.... En vous subjuguant, nous augmenterons le nombre de nos sujets et nous assurerons notre sécurité ». Sur ce, les Méliens déclarent avoir confiance dans la justice divine. Les Athéniens haussent les épaules. « Nous pensons que chacun, la divinité au moyen de l'opinion, l'espèce humaine par tous les moyens, commande partout où il est le plus fort, et que c'est une nécessité de nature. Cette loi, ce n'est pas nous qui l'avons faite ni apphquée les premiers; nous l'avons trouvée atablie et elle durera à jamais. Nous en usons, bien convaincus qu'à notre place, armés du même pouvoir, vous et d'autres agiraient de même ».

Quel langage, Messieurs, et comme ces Athéniens seront bienvenus parla suite, eux ou leurs descendants, à protester quand on leur appliquera à leur tour la loi de nature ! C'est la fable du Loup et l'Agneau : encore le loup prend-il la peine de chercher des griefs contre sa victime, et son hypocrisie se moque moins ouvertement de la justice. Et la conclusion de l'aventure ne fut pas moins sanglante que celle de la fable. Écoutez

Thucydide. Après un long siège, « la trahison s'en étant mêlée [il y a toujours des traîtres dans l'histoire grecque!], les assiégés se rendirent à discrétion. Les Athéniens passèrent au fil de l'épée tous les adultes tombés en leur pouvoir et réduisirent en servitude les femmes et les enfants. Ils repeuplèrent Tîle en y envoyant plus tard cinq cents colons ». Et les gens qui commettaient ces horreurs étaient des lettrés I Ils appliquaient même à la lettre les vers où Homère dépeint le sort d'une ville assiégée. Les Curetés ayant pris Calydon, raconte à Achille le vieux Phœnix, « ils tuent les hommes ; le feu réduit la ville en cendres, et d'autres emmènent les enfants et les femmes à l'ample ceinture ». Il est heureux, et pour les Athéniens et pour l'humanité, que ni Lysandre, ni les Macédoniens ne leur aient appliqué jusqu'au bout la formule homérique.

Après la guerre du Péloponnèse, Sparte victorieuse voulut organiser une ligue, mais toujours sur le pied d'inégalité, et avec l'appui du Grand-Roi, auquel elle abandonnait tous les Grecs d'Asie. Nous avons dit l'an dernier comment l'attentat commis par elle contre la liberté des Thébains suscita Épaminondas, qui mit à néant la ligue péloponnésienne et refoula pour toujours Sparte dans son isolement. Les Athéniens essayèrent encore de reconstituer une fédération dont ils seraient les chefs, mais ils ne furent pas plus fidèles qu'autrefois à leurs serments. Les démagogues prenaient les terres des alliés pour les distribuer à leur clientèle et rognaient la solde des mercenaires ; ceux-ci extorquaient alors des vivres et de l'argent aux amis, quand ils n'avaient pas de villes ennemies à mettre au

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