‹ Leçons d'histoire romaine république et empireChapitre 13 sur 29 · H6 LEÇONS D'HISTOIRE ROMAINE · texte numérisé non relu

H6 LEÇONS D'HISTOIRE ROMAINE

reporter sur Sylla tout l'honneur du succès. Sylla était modeste à sa manière. Il fit bien graver sur son anneau la scène de l'extradition de Jugurtha. — une coquetterie que Marius ne lui pardonna jamais, — mais il dédaignait le renom d'homme habile : il aimait mieux dire qu'il avait été servi par la chance et se donnait volontiers le litre d'Heureux (Félix), qui est resté attaché à son nom. Durant la guerre des Cimbres, il se montra bon patriote : il combattit, comme tribun militaire, sous Marius et Calulus et organisa, dit-on, en perfection le service des approvisionnements. S il avait été ambitieux à la façon de tant d'autres, il n'avait qu'à se laisser porter parle courant. Le peuple était impatient de lui conférer l'édilité, parce que les édiles étaient chargés de donner des jeux et que l'ami de Bocchus était en mesure de faire venir des lions de Mauritanie. Sylla préféra se donner le malin plaisir de se dérober à la faveur intéressée du peuple. Il alla retrouver ses compagnons de plaisir et dépensa joyeusement avec eux l'argent qui eût payé les fêtes du cirque.

Quand il se fut assez diverti, il se porta candidat à la préture; mais le peuple lui gardait rancune. Il ne fut pas élu. Sylla ne s'en émut ni ne s'en étonna : il venait défaire une expérience de psychologie populaire. L'année suivante (93), il fit une expérience nouvelle : il acheta des voix et fut préteur. Il lui plut alors de donner au peuple, qui n'y comptait plus, la satisfaction qu'il lui avait jadis refusée : aux jeux Apollinaires, dont la charge incombait au préteur urbain, il lança dans le Cirque cent lions envoyés par Bocchus, et le peuple put s'extasier à son aise SUT l'adresse des

Mauritaniens qui les abattirent l'un après l'autre. Chargé du gouvernement de la Cilieie Tannée suivante, il recueillit le bénéfice des honteuses intrigues que Marius était allé nouer en Asie avec Mithridate, dans le but de provoquer une guerre entre les Romains et le roi de Pont. Marius ne doutait point que, une fois la guerre reconnue inévitable, on ne le chargeai delà faire, et il employait ses loisirs à cette patriotique besogne. Tout tourna contre lui, au profit de l'heureux Sylla. Celui-ci reçut l'ordre de déloger delà Cappadoce les troupes de Mithridate et de replacer Ariobarzane sur son trône. Avec une petite armée hardiment conduite, il s'acquitta si bien de sa mission que Mithridate n'osa pas encore déclarer la guerre et que le roi des Parthes envoya une ambassade au propréteur romain. Il est probable (pie Sylla ne sortit point de Cappadoce les mains nettes et qu'il se paya lui-même de ses services. De retour à Rome, il lui menacé d'un procès en concussion, mais il connaissait les hommes : l'accusateur se désista et le procès ne vint point en justice. Durant la guerre Sociale, où il commandait en sous-ordre, comme légal des consuls, il fit preuve d'autant de capacité que de bravoure. Élu consul en 88, au moment où la guerre Sociale Unissait, il fut — l'homme heureux — désigné par le sort pour aller faire la guerre contre Mithridate. Le sort, guidé ou non, ne pouvait mieux choisir.

Mais ce coup du sort frappait au cœur Marius. Le vieux capitaine, qui, trop pressé «le s'être dit malade durant la guerre Sociale, faisait maintenant de la gymnastique au Champ de Mars pour montrer au peuple qu'il était encore valide, Marius résolu! de

provoquer plutôt une révolution que de laisser partir Sylla pour l'Asie. Un jeune tribun, P. Sulpicius Rufus, gagné par lui, jeta aussitôt dans la circulation des projets de loi démagogiques. Les têtes s'échauffèrent; le tribun s'entoura d'une garde du corps, et Sylla dut quitter son camp pour venir aider son collègue, Q. Pompeius Rufus, à maintenir l'ordre dans la rue. Il y eut des scènes tumultueuses, dans lesquelles le fils de Pompeius Rufus, gendre de Sylla, fut tué. Pompeius s'enfuit, et Sylla lui-même dut capituler devant l'émeute. Il ne put sortir de Rome qu'en retirant les édits par lesquels il avait empêché jusque-là les comices de se réunir. A peine était-il parti que Sulpicius fit voter ses lois, en y ajoutant une loi spéciale par laquelle Sylla était destitué et Marius chargé à sa place du commandement de l'armée d'Asie.

Sylla dut se dire que, pour la première fois de sa vie peut-être, il avait fait preuve de naïveté. Il avait sous la main un instrument dont les démagogues n'avaient point encore senti la puissance, une armée dévouée à sa personne et qui lui prouvait à ce moment même son dévouement en massacrant les officiers envoyés par le nouveau général. 11 marcha avec ses six légions sur Rome, franchit sans être écrasé par les foudres divines le pbmerium, l'enceinte consacrée par les rites de l'ait augurai, lança ses colonnes dans les rues et fit passer au fil de l'épée quiconque lui résista. Cela fait, il réunit le Sénat, lit déclarer Marius et ses adhérents ennemis de la patrie et casser les lois Sulpicienncs; puis il convoqua les comices, leur fit voter deux lois destinées à prévenir le retour de

semblables excès, veilla aux élections, et, quand il eut faille possible pour rétablir Tordre, il partit avec son armée pour l'Orient (87).

Ainsi se produisit, pour la première fois, l'immixtion de l'armée dans les affaires intérieures de la République. Naturellement, la méthode parut bonne aussi au parti adverse. Dès que Sylla fut éloigné, Marius rentra dans Rome par la force des armes et se rua comme une bête sauvage sur ceux qui l'avaient mis hors la loi. Sylla, informé de tout ce qui se passait à Rome, eut le courage de résister pendant quatre ans aux supplications des proscrits et à sa propre impatience. 11 prit le temps de vaincre l'ennemi, de lui imposer une paix avantageuse pour Rome et de réorganiser les provinces asiatiques. Une fois sa tâche terminée, il revint en Italie, la reconquit pied à pied sur les armées régulières que les Marianistes, maîtres du pouvoir, avaient mises en campagne, rentra victorieux dans Rome et put enfin savourer sa vengeance. La guerre qu'il venait de faire en Italie était une guerre d'extermination. Il restait des prisonniers, de 6 à 8000, dit-on : il donna froidement l'ordre de les massacrer, et les historiens racontent que les cris de cette tuerie épouvantèrent le Sénat pendant que Sylla, de l'air le plus câline du monde, parlait à l'assemblée. Puis à heure fixe, commencèrent des proscriptions méthodiques, faites d'après (U^ listes officielles, qui parurent plus horribles encore que celle- de Marins. Tout cela entrait dans le plan de Sylla : c'était sa façon de déblayer le terrain où il allait reconstruire. Il se préparait, en effet, à refaire la constitution. Pour cela, il avait

besoin d'une fonction publique, qui lui permît de convoquer légalement le Sénat et les comices. Il se fit conférer celle qui lui parut la plus commode et la plus expéditive, la dictature.

C'est ainsi que se mita l'œuvre le nouveau législateur, avec la prétention de consolider le régime républicain et d'opposer des barrières durables à l'anarchie. Le dictateur L. Cornélius Sylla Félix n'eut peut-être en sa vie qu'une illusion, celle de se croire infaillible.

LE PRINCIFAT D'AUGUSTE'

Le règne — comme nous disons à tort — ou, comme disaient les Romains, le principal d'Auguste est le point culminant de l'histoire romaine et marque peut-être l'étape la plus importante de l'histoire universelle. Il s'est cm'1 à ce moment une l'orme spéciale et nouvelle de l'autorité, forme si complexe que l'analyse y retrouve des éléments de tous les systèmes politiques antérieurs; si résistante qu'elle a survécu à la chute de l'empire romain et a paré de sa pourpre symbolique les Basileîs byzantins et les Césars germaniques; si fascinante que son nom tout au moins est encore aujourd'hui arboré au sommet des grandeurs humaines, au-dessus i\i'> têtes qui portent la couronne royale. Pouvoir impérial, Empire, César, Kaiser ou Tsar, ces titres sonnent encore bien haut de par le monde, et il n'j a pas si longtemps qu'un potentat voisin .1 surélevé sou trône en trans-

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