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qui y avaient été seules gravées jusque-là. Nul, avant les successeurs d'Alexandre, n'avait eu l'idée ou l'audace de s'arroger cette forme de l'apothéose. On était habitué à considérer les pièces d'or ou d'argent frappées comme des images saintes, des icônes placées sous la garantie des dieux révérés dans les diverses cités. Désormais, la monnaie continue à circuler sous la garantie de la religion monarchique. Tout le monde ne lisait pas les hymnes de Callimaque et ne pouvait répéter avec lui : « s* 8e Aii; pactXfjeç », les rois descendent ou viennent de Zens; mais le plus humble artisan connaissait l'image des dieux contemporains imprimée sur les espèces métalliques. Même aujourd'hui que Ton se contente d'adorer l'argent pour luimême, nous sentons confusément que le balancier monétaire donne; une sorte de consécration religieuse, une consécration que les chefs d'Etat élus ne sont pas admis à revendiquer. Comme les libres cités d'autrefois, les républiques actuelle- réservent le champ de leurs monnaies aux emblèmes qui symbolisent la grande et impérieuse divinité de l'âge moderne, l'héritière de toutes les religions nationales du monde classique, la Patrie.
Nous voici revenus, à travers ces considérations générales et ces faits particuliers, aux Césars et à leur empire. Nous allons retrouver à Rome le même tour d'esprit, la même logique appliquée à remanier, à combiner, à faire revivre des traditions analogue-. Je dis analogues, et qod tout à fait Identiques. La religion romaine ne portail pas aussi bien que la grecque la greffe monarchique. Ses dieux abstraits étaient de- forces subtiles qui ne se laissaient pas faci-
lement emprisonner à demeure dans une forme humaine. Impassibles et solitaires, leur humeur ne prêtait guère aux fictions aimables qui fournissaient aux Hellènes l'explication de l'origine et de la prééminence des dynasties héroïques. Le fondateur de Rome, qui, dans la tradition indigène, était probablement une entité divine, devint un héros, fils de Mars et de la Terre couverte de forets, personnifiée sous le nom de Silvia. Mais ce héros, façonné à la grecque, garde les habitudes des dieux italiques : il disparaît soudain sans laisser de postérité. A peine nouée, la chaîne se rompt. Les Romains ont utilisé cette solution de continuité pour vieillir artificiellement leurs institutions républicaines. Cicéron ne se sent pas d'aise à la pensée que les Romains du temps de Romulus avaient inventé la royauté élective, qui est la négation du privilège héréditaire. c< En ce temps-là », dit-il, ce peuple tout neuf a pourtant vu ce qui avait échappé au Lacédémonien Lycurgue. Celui-ci estimait qu'il ne fallait pas élire le roi, mais le garder tel quel, pourvu qu'il fût issu de la race d'Hercule : nos ancêtres, tout rustiques qu'ils étaient, ont vu que ce n'était pas la lignée, mais bien une vertu et une sagesse royale qu'il fallait chercher ». Pour son coup d'essai, lesuflfrage populaire fait un coup de maître : il découvre, ilacclame Numa, la vertu et la piété faite homme.
Mais, en tin de compte, L'élection et l'hérédité ne sont pas absolument incompatibles. Ainsi en avaient jugé le- Athéniens qui. pendanl |>lws de trois sièeles, dit-on, avaient eu des archontes à vie pris dan- La famille des Médontides. Le reste de l'histoire de Rome
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nous montre des tentatives faites pour concilier ces deux principes. AncusMarcins passait pour avoir été, par sa mère, un petit-fils de Numa. A la mort d'Ancus, le peuple ne voulut pas choisir parmi ses fils en bas âge et préféra nommer leur tuteur Tarquin : mais la suite prouva qu'il avait peut-être eu tort. Tarquin, étranger d'origine, régna en autocrate il fut tué par les fils d'Ancus Marius. La vertueuse histoire romaine ne récompense pas l'assassinat politique, surtout quand il est aus-i intéressé que celui-ci. Le successeur de Tarquin fut son gendre Servius Tullius. qu'il avait déjà associé aux affaires et qui se trouva roi sans avoir été régulièrement élu. La conciliation entre l'hérédité et l'élection se l'ait mal : ici, les deux principes sont froissés à la fois, el — chose imprévue — au profit du principe primordial, celui de la supériorité de nature. Le plébéien Servius Tullius était le fils d'un Génie: sa vie s'était allumée à une étincelle divine jaillie du lover même de la résidence royale. La dignité royale est comme créée derechef par la communication directe du prestige divin. Mais ce recommencemenl est une fin : le règne de Servius Tullius est la préface du régime républicain. Le réformateur delà constitution romaine est assassiné par son gendre, qui usurpe le pouvoir : le despotisme de Tarquin le Superbe lasse la patience des Romains, et ceux-ci, en expulsant le tyran, jurent une haine éternelle à la royauté.
Cette histoire des anciens rois de Rome était une belle matière à réflexions, et j'imagine qu'Auguste dut y songer souvent. Qu'elle fut vérûtique ou non, peu importe : les fictions auxquelles tout le monde créai
sont des réalités puissantes. Il restait acquis que les Romains n'avaient jamais connu la monarchie héré-* ditaire; qu'ils ne Pavaient même pas supportée longtemps élective el l'avaient déclarée abolie pour toujours, conservant une sorte de rancune contre l'institution elle-même. Et ce sentiment de répulsion était entré dans les habitudes d'esprit des Romains. La République avait toujours pris vis-à-vis des rois un ton arrogant : elle se plaisait à les humilier, à leur montrer combien ils étaient petits en face de ce Sénat qui avait paru à Cinéas une assemblée de rois. L'idée que la monarchie, sous forme de royauté, était un régime l'ait pour les races inférieures avait tout récemment précipité la mort de César. ( m avait nommé César dictateur perpétuel; mais l'enthousiasme populaire s'était subitement refroidi quand Antoine lui eut offert publiquement le diadème. Il fut dès lors « terriblement haï », écrit Dion Cassius. Les mêmes citoyens qui criaient : « Vive le dictateur! » ne voulurent pas crier : « Vive le roi ! » Ils se sentirent offensés dans leur amour-propre, et des placards séditieux invitèrent les Brutus vivants à se souvenir de leur grand ancêtre, qui avait jadis expulsé les rois. Cet exemple invitait assez Auguste à la prudence : il savait qu'il fallait éliminer de ses plans de restauration monarchique le titre de roi.
Ce titre, pouvait-on s'en passer? Pourquoi César, le sceptique César, qui dans son for intérieur regardait le diadème comme un simple ruban, l'avait-il ambitionné? Qu'il l'eût souhaité el que la scène des Lupercales eût été concertée entre lui et Antoine, cela ne faisait pas le moindre doute. César, intimidé
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d'abord par la surprise et la froideur des assistants, n'avait-il pas pris sa revanche après coup en faisant insérer dans les archives publiques la mention de son refus, ce qui était une manière de l'annuler? Si César n'eût cherché là qu'une satisfaction de vanité, dans un pays où le titre de roi était non seulement délesté, mais avili par l'habitude de commander aux rois, c'eût été une folie, et Jules César ne faisait point de folies. Quel était donc son but? Auguste, héritier, imitateur, admirateur, peut-être confident testamentaire de son oncle, était mieux placé que nous pour connaître la pensée intime du dictateur-roi; mais nous pouvons bien essayer de deviner par les actes d'Auguste la façon dont il comprit le dessein et exécuta le plan tracé par son devancier.
Ce que César voulait, ce n'était pas tant être le roi des Romains que le roi des peuples soumis aux Romains. Tous ces peuples, à de rares exceptions près, étaient accoutumés au régime monarchique; ils regrettaient leurs dynasties nationales et ne concevaient l'autorité que sous cette forme mystique qui la fait remonter à une origine surnaturelle. Rome ne représentait pour eux que la force. Or, César se rendait parfaitement compte que sa fortune était portée par la poussée obscure, inconsciente mais irrésistible, de toutes ces masses d'hommes qui ne comprenaient rien au régime républicain ; rien, si ce n'es! que la liberté romaine était leur esclavage; qu'ils étaient victime- de toutes les discordes uées au sein de la grande cité; que, au lieu d'avoir un maître intéressé à les protéger, ils étaient — même el surtout en temps de paix — livrés au caprice d'une série
ininterrompue de tyranneaux, véritables oiseaux de proie que chaque printemps amenait allâmes et remportait repus. C'est à la vieille oligarchie que César avait livré bataille, avec et pour les provinciaux qu'il avait vaincus. Ceux-là voulaient vivre tranquilles désormais, sous un maître qui réserverait toutes ses sévérités pour les brouillons de Rome : ils voulaient aus^i que la partie une fois gagnée le fût pour toujours, et que l'hérédité du pouvoir rendît impossible tout retour à un régime abhorré. En un mot, ils voulaient un roi. Dictateur, César restait trop Romain et trop républicain pour eux; de plus, la dictature, même perpétuelle, excluait l'hérédité, sans laquelle le nouveau régime n'avait point de lendemain. César, tout bien pesé, crut qu'il pouvait risquer de devenir impopulaire à Rome pour acquérir au dehors un prestige incomparable. Comme Alexandre et ses successeurs, il se doutait bien que ses compatriotes ne prendraient pas sa royauté au sérieux, pas plus que les Alexandrins n'avaient respecté les Ptolémées et les Grecs d'Antioche les Séleucides; mais il lui aurait suffi qu'ils ne la prissent pas au tragique.
Il se croyait d'autant plus sur de réussir qu'il avait suivi la marche logique et obtenu des Romains plus qu'il ne lui restait à demander. La première condition pour être roi, c'est-à-dire être d'essence supérieure et avoir des ancêtres dans le monde divin, cette condition-là était remplie. César avait été successivement reconnu pour le descendant des antiques rois d'Albe, et, comme tel. autorisé à porter les souliers de pourpre et le manteau royal de ses aïeux; puis honoré à la façon des héros grecs, puis révéré comme dieu
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sous le nom de Jupiter Julius, réincarnation de son ancêtre éponyme et dieu domestique, Iule, fils ou petit-fils d'Énée, fils lui-même de Vénus, de la déesse qui trônait maintenant, comme Genitrix, dans un temple tout neuf élevé sur le Forum Julien. Son origine divine était donc bien établie; à la mode grecque, par descendance; à la mode romaine par infusion et incarnation du Génie de la famille. Le Sénat, qui avait pris l'initiative de ces flatteries serviles, ne pouvait plus se dédire, et ce n'est jamais dans le bas peuple que le merveilleux trouve des incrédules. Avec la complicité imposée à l'aristocratie par la crainte, la légende du fils de Vénus avait le temps de s'établir. César crut qu'il n'avait pas besoin d'attendre que la foi vînt aux Romains pour régner sur les provinces.
L'événement prouva qu'il avait voulu aller trop vite. Auguste se promit d'être patient, dût son œuvre n'être pas achevée avec sa vie : mais il conçut sa tâche exactement comme son père adoptif. Rester maître des Romains par des moyens quelconques, sans heurter de front leurs idées ni leurs habitudes, et régner sur les provinces avec le double prestige de la force et de l'investiture divine; laisser subsister d'abord une apparence de République pour les Romains et établir une monarchie à côté : tel fut son programme. Avec le temps, avec le progrés de la religion monarchique qui revivait spontanément hors de Rome et commençait à envahir même la capitale, la monarehic absorberait la république, et l'œuvre serait parachevée. Dès L'an 27 avanl notre ère, Auguste, armé de toute la puissance effective des
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anciennes magistratures, traça la ligne de démarcation entre le domaine de la République, où il prétendait n'être que le premier citoyen (princeps), et son domaine on royaume provincial. Comme le sol et les habitants de l'Italie étaient exempts d'impôts directs et que la République ne pouvait vivre que du tribut des provinces, il fallut bien laisser à la disposition du Sénat une population suffisante de contribuables. Auguste fit entrer dans la liste des provinces sénatoriales les pays les plus imprégnés de l'esprit grécoromain et par conséquent les moins favorables à une culture sérieuse de la foi monarchique. Il y trouvait cet autre avantage, que, ces pays étant généralement mieux pacifiés, les proconsuls sénatoriaux n'auraient pas besoin de pouvoirs militaires. L'Egypte, où le régime monarchique n'avait pas été détruit, fut considérée comme la propriété particulière du prince, qui eut soin d'en interdire l'entrée à tout membre de l'aristocratie romaine.
Roi, Auguste Tétait, au titre près, dans les provinces impériales : il s'agissait maintenant de le devenir dans les provinces sénatoriales, en Italie, à Rome môme, parce que l'hérédité était à ce prix. Il avait bien pu extraire des institutions républicaines toute la réalité du pouvoir : il n'y pouvait trouver ce qu'elles ne contenaient pas, ce qu'elles excluaient même formellement, l'hérédité d'une fonction publique. Il lui fallait pour cela créer un courant d'opinion, constituer une religion monarchique assez forte pour incorporer à sa famille un droit divin. On sait avec quelle patiente habileté fut menée cette campagne, par combien de détours la nouvelle doctrine
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assiégea le cœur el l'intelligence des Romains. On nous dit qu'Auguste suggéra à Virgile le sujet de l'Enéide; que, du tond de l'Espagne, il écrivait au poète, d'un ton suppliant et même menaçant, pour stimuler sa lenteur; que, après la mort de Virgile, il lit corriger et éditer le poème par Varius et Tucca. Nous le croyons sans peine. C'était la Bible de la nouvelle religion «pie son candide et reconnaissant protégé venait d'écrire. On y trouvait la glorieuse genèse de la dynastie des Jules, associée aux titres de noblesse du peuple romain, héritier, lui aussi, des héros troyens chantés par Homère. Ce peuple avait été amené de rivages lointains, dirigé, détendu, consolé, pourvu de ses Pénates, de ses Lares, de son Palladium, par les ancêtres divins el héroïques des Césars. La légende d'Énée, forgée dans le cabinet des érudils, sortait de l'ombre où dorment les curiosités archéologiques, parée, séduisante, inoubliable, envahissant toutes les mémoires et faisant vibrer dans Imite- le- classes de la société l'orgueil patriotique de- Romains. Le litre de roi reprenait son antique majesté; il mettait comme une auréole au front des descendants de ceux qui l'avaienl porté. Quand Horace veut glorifier Mécène, il l'appelle atavis édile regibus. Cela faisait penser qu'au-dessus de Mécène, il y avait César; que celui-là aussi était LSSU de Pois, et de plus grand-.
Mais les lettrés n'étaient qu'un appoint dans la légion des collaborateurs d'Auguste. La propagande
la plu- active Se faisail (la ii- le peuple et par le peuple,
avec l'aide de traditions et coutumes religieuses propres à servir de points d'attache au dogme monarchique.
Auguste n'eut qu'à guider, en se donnant l'air de le contenir, l'instinct de vénération qui fait le fond de l'âme populaire. A Rome, son Génie fut associé dans tous les carrefours au culte des Lares Compitales desservi par de petites gens du quartier; il devint de la même façon le patron de la plupart des corporations d'artisans. Tous ces prolétaires étaient fiers de porter des titres sonores, comme « maîtres des Lares Augustes », « maîtres Augustales », « ministres d'Auguste ». Le mouvement une fois lancé prit des proportions inouïes. Auguste dut défendre qu'on lui élevât des temples à Rome; mais il s'en laissa dédier dans les provinces et en Italie, à la condition que son nom serait toujours associé à celui de la « Déesse Rome ». Enfin, les monnaies impériales portaient partout l'image du nouveau dieu. Ainsi commença ce culte des empereurs, qui devint par la suite une religion d'État, la religion non pas de la cité romaine, mais de l'empire tout entier.
Auguste touchait, ce semble, au but : il dut se demander s'il ne l'avait pas dépassé. Un peu de mythologie à la grecque suffisait à son dessein, et le zèle intempérant qu'il avait déchaîné lui décernait une apothéose qui le retranchait pour ainsi dire du nombre des mortels. Il se sentait devenir, comme les dieux et les Génies romains, une abstraction. Il se préoccupait de sa descendance, et ses fidèles ne songeaient qu'à lui. Un tel excès d'honneurs risquait d'être inconvertible en possession héréditaire. D'autre part, la nature semblait vouloir éteindre la race des Jules. Il n'était lui-môme que fils de la nièce de César; la femme qu'il avait répudiée, Scribonia, ne
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lui avait donné qu'une fille; de cette Livie, qu'il « aima uniquement et constamment », dit son biographe, il attendit vainement un héritier. C'était, pour un fondateur de dynastie, un cruel mécompte. Auguste chercha à réparer par des combinaisons nouvelles les oublis du Destin. Il avait un neveu, fils de sa sœur Octavie, M. Claudine Marcellus; il lui fit épouser sa fille Julie ; mais, moins de deux ans après, le frêle jeune homme descendait à vingt ans dans ce royaume des ombres où le rencontre, où le pleure la Muse de Virgile. Auguste ne se découragea point. Agrippa remplaça Marcellus, et Julie lui donna enfin deux petits-fils, Caius et Lucius, qu'il s'empressa d'adopter. Ils devenaient ainsi ses fils, ses héritiers directs. Ses héritiers au point de vue du droit privé, sans doute: mais le droit public ignorait obstinément l'hérédité des fonctions gouvernementales. Le moment était arrivé pour Auguste de résoudre le problème qui hantait sa pensée. Allait-il demander au peuple romain de voter une loi constitutionnelle établissant l'hérédité du principat? Mais le principat n'était pas une fonction définie : c'était la réunion dans les mêmes mains — réunion théoriquement précaire et accidentelle — de la puissance tribunitienne, de la puissance proconsulaire ci du grand pontificat. Fallait-il décréter la transmissibilité héréditaire de ces dignités, de toutes ensemble ou de chacune séparément? Les déclarer transmissibles en bloc, c'était arriver tout droit à la solution définitive; c'était constituer In monarchie et l'asseoir sur son fondement nature] : mais c'était ;mssi risquer le pas qui avait si mal réussi à Jules César, et Auguste songeait avec
effroi qu'une imprudence pouvait tout perdre. Attacher l'hérédité à chaque titre en particulier était plus facile. Jules César avait obtenu sans peine l'autorisation de léguer à sa descendance son titre cVImperator et le grand pontificat. Le titre d'Auguste, qui impliquait une sorte de vénération religieuse, pouvait devenir aisément transmissible, à la façon des surnoms honorifiques. 11 ne restait plus qu'à tenter l'expérience sur la puissance tribunitienne et le pouvoir proconsulaire. Mais l'expérience pouvait n'être pas sans danger. Une s'agissait plus là de distinctions honorifiques : c'était l'autorité gouvernementale, sous ses deux formes, civile et militaire, qu'Auguste n'osait pas même prendre en viager, et qui d'usufruit se serait convertie en propriété de famille. Auguste jugea l'obstacle insurmontable, au moins pour le moment. Le mieux était de ne pas changer de méthode et de pousser rapidement les jeunes Césars dans la voie des honneurs.
Mais la fatalité s'acharnait à déjouer toutes les combinaisons du vieil empereur. L. César mourut à dix-huit ans et C. César à vingt-deux; Auguste se vit réduit à adopter le fils aîné de Livie, Ti. Claudius Nero, le futur empereur Tibère. Cette fois, Auguste fut tenté de s'avouer vaincu. N'avait-il donc tant lutté, intrigué, porté le poids d'un pôle accablant qui faisait de lui un être à pari et hors la loi, n'avail-il si laborieusement préparé le triomphe prochain du principe d'hérédité que pour léguer le fruit de ses peines à un ennemi domestique, à un homme qu'il avait jusque-là humilié, froissé, tyrannisé, et qui lui rendait son antipathie avec usure? Personne n'igno-