‹ Leçons d'histoire romaine république et empireChapitre 20 sur 29 · B LEÇONS D'HISTOIRE ROMAINE · texte numérisé non relu

B LEÇONS D'HISTOIRE ROMAINE

usurpations qui le menaient à l'anarchie. De même, si je signale, comme deuxième et non moins puissante cause de destruction, la poussée perpétuelle et croissante des Barbares sur les frontières, il est évident que l'immense développement de ces frontières a rendu la paix plus précaire, la défense plus difficile. Enfin, cette seconde cause engendre aussi les effets attribués à la première. Sous un régime où les soldats font et défont les empereurs, il y a autant de chances de rébellion contre le pouvoir établi qu'il y a de camps disséminés le long de la frontière pour la protéger contre les ennemis du dehors. Je veux dire simplement que, tel qu'il était constitué, hétérogène dans sa population et portant, réparti sur son immense surface, le poids d'un régime classé parmi les despotiques, l'empire pouvait vivre et prospérer. Ses forces se sont accrues durant près de deux siècles, tant que les révolutions de palais ont été rares et les attaques des Barbares intermittentes : elles ont rapidement faibli, au 111e siècle, alors que les révolutions étaient incessantes et les attaques des Barbares perpétuelles. On est donc en droit, pour ne pas mettre tout dans tout, de considérer comme principales et d'étudier à part ces deux maladies chroniques de l'empire romain. Enfin, il y a lieu de classer en troisième catégorie un malaise d'un tout autre ordre, fécond pour l'avenir, mais destructeur du présent, à savoir, l'absorption progressive de toute activité intellectuelle par le sentiment religieux sous sa forme cosmopolite, lequel se désintéresse non seulement de la prospérité, mais de l'existence même de l'État.

l'empire ROMAIN AU IIIe SIÈCLE. 219

La démonstration de la première thèse n'exige pas de longs développements : les faits parlent d'euxmêmes et les chiffres ont une éloquence à laquelle on ne résiste pas. De la mort de Commode (193) à l'avènement de Dioclétien (284), en moins d'un siècle, on a vu se succéder près de trente empereurs reconnus comme légitimes et un nombre à peine moindre de prétendants qui n'ont pu endosser qu'un lambeau de la pourpre impériale. Gallien eut un instant dixsept rivaux qui, avec leurs fils associés à leur fortune, forment le groupe connu dans l'histoire sous le nom des « Trente Tyrans ». De tous ces empereurs, improvisés par le caprice des prétoriens ou des légions, Septime Sévère et Claude le Gothique sont les seuls qui soient morts de mort naturelle : les autres, si l'on excepte Valérien qui fut pris par les Perses et finit ses jours dans la captivité, furent passés au fil de l'épée, eux et leur famille, par les soldats, le plus souvent par ceux-là mêmes qui leur avaient jeté la pourpre sur les épaules et qui, le cadeau de joyeux avènement une fois empoché, recommençaient avec un nouvel élu la même opération lucrative. Ei parmi tous ces soi-disant autocrates, dont le pouvoir était si précaire, il n*y avait pas que des ambitieux : il y avait aussi les résignés, ceux qui, proclamés malgré eux, étaient mis dans l'alternative ou de périr tout de suite, s'ils reculaient, ou de gagner quelque répit en allant vaillamment au devant de leur destinée. C'était

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