‹ Leçons d'introduction générale à l'histoire du droit matrimonial français (cours de doctorat)Chapitre 19 sur 29 · CONFERRNCE SUR DES TEXTES DE L^ÉPOQUE CLASSIQUE · texte numérisé non relu

CONFERRNCE SUR DES TEXTES DE L^ÉPOQUE CLASSIQUE

Talable dans uq faux ménage, où ramant se croirait réduit à retenir ainsi sa maîtresse, et ne verrions-nous pas apparaître aussitôt la nullité pour cause illicite? Ainsi ce beau principe du liberum matrimonium s'accompagnait sou'vent du venaie concordium (*). Voilà bien ce que les textes peuyeatnous montrer.

Il avait encore, par le jeu de ces divorces si abusifs, bien d'autres conséquences en ce qui concerne les enfants. J'y reviendrai; mais les lois d'alors et les jurisconsultes ne semblent guère se préoccuper d'eux, si ce n'est au sujet des aTortements, des infanticides, des dissimulations de grossesse, qui devaient suivre un pareil système. — Vabortus, semble avoir été fréquent dans cette société romaine, et impuni, comme voulu par les de\jx époux. Mais ne pouvait-il pas être risqué par la femme qui voulant divorcer, craignait Xaretentio doits propter libéras? Ecoutez ce texte de Paul, rapporté aux fragments du Sinaï « Ibi laie Paulus ait de maire qiiœ abortum fecit, qttod quds invilo marilo fecit, punilur sexta doits, quasi pepererit ».

Quant aux grossesses qui pouvaient être fréquentes à l'heure de ces divorces capricieux, quant aux débals de toute sorte qui en pouvaient surgir, on n'a qu'à se reporter à ce titre étrange et rebutant « Deinspiciendo venlre cuslodiendoque parlun pourse faire une idée des sentiments romains à cet égard, en même temps que des singulières précautions de l'édit du préleur. Je ne saurais insister davantage. — Et ne croyez pas que je songe à vous signaler toutes ces misères, dans l'unique pensée de vous montrer les côtés faibles du droit romain. Je pense à la loi de 1792, que nous retrouverons en histoire, et qui sembla vouloir nous ramener presque au divorce du droit classique. Toute l'expérience romaine vaut d'être notée pourvoir s'il convient de se rapprocher du liberum matrimonium.

(1) Le mot même est de Papinien. L. 27, D. De pacUs dotalibtis. Et de hû encore la L. 121, § 1, D. (45-1).

Il serait possible, et toujours à Taide du Digeste, d'ajouter bien d'autres traits au tableau des mœurs romaines quant au mariage. En dehors detoute la suite des titres aux trois livres 23 à 25, combien à prendre au seul titre ad legem Juliam de Adulteriis! Combien aussi, et moins attristants, dans bon nombre de clauses testamentaires qui témoignent de constance, de tendresse et de sollicitude affectueuse entre les époux, ou \is-a-vis des enfants.

Je ne voudrais plus maintenant que deux choses, sur tout ce sujet du mariage envisagé jusqu'au deuxième siècle : 1° Vous montrer, en dehors du Digeste et par quelques récits d'histoire, jusqu'où put aller l'abus d'un régime de mariage si mal conçu; 2° mais vous montrer aussi, par d'autres exemples, que les Romains^ en dépit de leur système extraordinaire de la patria potestas et du mariage sine manUy pouvaient connaître et pratiquer les vraies notions de l'union conjugale, si bien qu'il demeure étrange à nos yeux qu'ils ne l'aient pas mieux traduit dans leur droit.

Les témoignages d'abus, je ne voudrais les emprunter ni à Juvenal, ni à Pétrone, ni même à Martial. Ce qu*ils en disent est noté partout. Leurs citations seraient ici peu à leur place. D'ailleurs des satiriques sont toujours suspects d'hyperboles. Il est mieux de s'en tenir à Tacite, qui est un plus grand peintre, et que nous pouvons considérer comme un historien sincère^ encore que sévère elpassion né. J'ai d'ailleurs une autre raison capitale pour choisir et invoquer Tacite, à cette heure. C'est lui que nous retrouverons bientôt comme nous ayant transmis le témoignage, de beaucoup le plus important de l'antiquité, sur les mœurs et coutumes primitives des Germains. Nous saisirons

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mieux alors sa pensée. Et j'ai besoin de vous rappeler Tacite, spectateur attristé de la société romaine de son temps, pour TOUS faire comprendre Tacite observateur un peu enthousiaste peut-être des choses de Germanie. Je pense d'ailleurs que vous sauriez beaucoup entendre de Tacite.

11 faut nous borner à y prendre quelques passages se rapportant au jeu des institutions du droit. J'ai déjà noté sa critique des lois cadùcaires (^). On pourrait noter aussi, en dehors de ses réflexions sur les excès du luxe(^) et la licence des théâtres, le peu qu'il nous dit du sénatus-consulte Claudien qui ne semble pas l'avoir ému (^). Mais déjà quel trait de mœurs dans ces mesures prises au temps de Tibère pour interdire aux dames romaines « ne guœstwn corpore faceret cui avus autpater, aiit maritus eqiies romanus fuisse t », alors qu'une certaine Vistilla, de famille prétorienne et femme d'un Titidius Labeo^ pour se mettre à Tabri des accusations d'adultère, avait poussé Taudace jusqu'à se faire inscrire par les édiles sur le registre des femmes publiques « licentiam^stupri apuU œdiles vulgaverat (*) ».

Venons à des passages plus importants que tous les autres, à ceux qui concernent la fin de Messaline et le nouveau mariage d'Agrippine avec Claude. Quoiqu'il s'agisse des princes, nous n'y trouvons que des affaires et désordres privés, qui nous renseignent sur ce qui pouvait se commettre dans la haute société romaine, et à Tabri du droit, sinon du blâme des contemporains et de l'histoire. Messaline impératrice, et en présence de Claude, vient de

(1) AnD. L. 3, n® 25. Nec ideo conjugia et educcUiofiea Uherorum frequeUabantur, praevalidâ orhUate, Et ailleure Hist. L. 1, n. 73, parlant da cette Criêpinilla nagaère magiêtra libidinum Neronis... il ajonte : mox potew pecunia et orhitate, quae bonis malisque temporihus juxta valent, elle éponsaun consulaire, et ce totiuê civitatia gratiam obtinuit 7>.

(2) L. 3, n. 52 et s.

rêver une dernière et plus éclatante bravade. En pleine Rome, elle a résolu d'épouser son amant Silius, le plus beau des Romains de son temps, qu'elle avait* déjà contraint de divorcer W, Les noces se réalisent, et Tacite nous rappelle d'un mot qu'on n'omit rien des formalités en usage pour attester solennellement le mariage, contracté en vue des enfants, comme pour accomplir les cérémonies religieuses et les fêtes (^). On aura peine à croire que cela ait été possible à Rome, ajou(e-t-il ; mais « je ne fais que redire ce que nos anciens ont vu et écrit ».

Mais que devient Claude? Il est à Ostie. Ses affranchis sont prévenus avant lui et s'inquiètent moins pour Thonneur de leur patron que pour leur crédit. Ils avertissent Claude, et c'est Narcisse qui commence : « Sais-tu bien, ditil, que tu es répudié? « A?î discidium, inquit, iuum nosti? nam matrimonium Silii vidit populus et senatus et miles; ac mpropere âges, teneturbem maritus ». Cette fois Claude rendu plus audacieux par sa frayeur, fait tuer Messaline et SitiusO).

Mais il fallait remarier Claude W. Il réunit en conseil privé ses trois affranchis dont chacun avait sa protégée, et leur demande leur avis et leurs raisons. Nouvelle mine de renseignements sur les mœurs romaines (5). Un conseil n'est pas ce qui doit nous étonner dans les mariages princiers. L'histoire nous les montre souvent délibérés par le souverain avec ses ministres, quand il s'agit de combinaisons politiques. Mais ici quelles raisons toutes domesli-

(1) XI, n. 12 ; Nam in Silium, juveniutis romana pulcherrimum ita exarserat, ut Juniam Silanam nobilem feminam matnmonio ejua exturbaret vactwque adultéra poHretur i>.

(2) L.XI, n. 27 lAdhibitisquiohsignarerUveîutsttscipiendorumliberorum

causa convenisae, atque illam auspicum verba subiste, sacrificasse apud Deoêf dîscubitum inter convivas, etc.

(3)L. XI, n. 30 et 8,

(4) L. 12, n. 1, orto apud Ubertae certamine a quis déUgeret uxorem Claudio, codibis vitœ intoleranti et conjugum imperiis obttoxio.

(6) L. XII, n. 2 et s.

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ques et étranges apportées dans ce débat ! Narcisse alléguait en faveur de Petinaque c'était une ancienne épouse de Claude qui n^aurait pas des haines de marâtre envers Britannicus et Octavie « jiihil in penaiibus ejus novum si sueta conjtix rediret ». Mais Galliste objectait contre elle ce loog divorce, et Forgueil que lui donnerait son rappel. Et il conseillait de prendre une femme nouvelle Lollia, qai, n'ayant jamais eu d'enfants, servirait de mère à ceux de Claude. Pallas prônait Agrippine, comme fîlle deGermanicas sans doute, et amenant avec elle son fils Néron : « dignum prorstis imperaioria forluna »; mais aussi, comme femme d'une fécondité éprouvée « femina experts fecunditatis^ intégra juventa ». Mieux que ces belles raisons, les séductions d'Agrippine achèvent de l'emporter. — Il restait pourtant un grave obstacle, puisqu'elle était la nièce de Claude.

Le Sénat fat séduit » une loi moins sévère ,

Mit Claude dans mon lit et Rome à mes genoux.

El certes la délibération du Sénat, rapportée par Tacite, pourrait nous instruire encore sur ce singulier état des sentimeots romains, même après celle des affranchis. On peut relire à cet égard tout le discours de Vitellius (i).

Voilà je pense de quoi nous édifier sur ce qu'avait pu produire^ comme notion et comme pratique du mariage, loalce mauvais système de l'institution romaine àesjusia^ mptiXy n'ayant nulle digue, et laissant tant de prises au relâchement, puis au dérèglement des mœurs.

Est-ce là pourtant tout le souvenir qu'il faut garder du mariage romain aux. temps de Gicéron et d'Auguste,ou même de Claude et de Néron? Non, le désordre des mœurs et la

(1)L. XII, n.5et6.

licence des divorces ne devaient pas être poussés aussi loin dans les provinces, surtout celles de TOccident, où la vie était plus simple loin de la capitale, et où rien ne nous permet d'affirmer qu'il existât, alors^ un système d'union aussi défectueux que les nuptias sine manu. Et dans Tltalie, dans Rome même, il subsistait, par la seule force des sentiments et de la conscience, de véritables unions conjugales honorées pour leur fidélité, leur dévouement et même, chose alors plus rare, pour leur constance. Tacite en laisse entrevoir ou deviner quelques-unes, quoiqu'à cette époque dissolue et dramatique, il nous présente plutôt des héroïnes Cornéliennes que de simples épouses et de vraies mères. Celles-ci d'ailleurs occupent moins l'histoire.

Il y avait aussi des unions parfaites. Et nous en pouvons rencontrer un très bel exemple dans cette Laudatio Turix, l'un des plus précieux documents de l'histoire du mariage romain. Je voudrais y insister et l'analyser, parce qu*à mon sens, il nous montre à vif, chez les Romains eux-mêmes, la présence et le jeu de tous ces sentiments d'entente et de communauté agissante, si naturels entre les époux. Vous sentirez qu'ils auraient du conduire les Romains à des coutumes et des lois matrimoniales voisines des nôtres, s'il avait existé en fait un plus grand nombre d'unions semblables, et si de telles unions n'avaient pas été comprimées dans un système d'institutions bâties contre nature.

Vous vous procurerez le texte aisément (*). Ici je n'en dois prendre que ce qui est utile à notre dessein. On est sous le règne même d'Auguste. Un personnage romain, qu'on suppose avoir été Lucretius Vespillo, vient de perdre après une longue union Turia^ son épouse. Dans son deuil et sa douleur sincère il s'est fait un devoir de rappeler les principaux événements de leur vie conjugale, surtout ceux qui sont à l'honneur de sa compagne. C'est son éloge funèbre qu'il prononce, et peut-être l'avail-il composé pour le dire

(1) V. notamment aux Textes de Girard, 3* partie.

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publiquement au milieu d'amis, avant de le faire graver sur le tombeau qui nous Ta rendu W,

Vespillo commence par rappeler les événements de famille qui ont précédé leur mariage ou qui en ont suivi les débuts. Nous y trouverions, à travers des passages tronqués, nombre d'indications précieuses sur des questions de testament, de tutelle légitime, de manus même, à propos d'une sœur de Turia. Laissons tout ce qui ne saurait se rapportera son union, à elle, et à la pratique de cette union sine manu.

Leur mariage a du ré 41 ans. Et voici d'abord l'exclamation publique du mari, bien caractéristique de cette époque : Rara sunt tam diulurna matrimojiia finita morte, non diwrtio interrupta Durant cette longue union, Turia n'a cessé d'être une épouse modèle, ornée de toutes les vertus domestiques, « assidue même à filer la laine, religieuse sans superstition », et admirable d'affection aussi bien pour la mère et les parents de son mari que pour les siens propres. Ainsi donc première communauté entre eux, celle de l'existence entière et des affections, qui s'affirme comme naturelle même envers leurs cognats, en dépit des prérogatives juridiques de l'agnation.

Elle va les conduire à une autre communauté, celle des intérêts; (car Vespillo a cru bien de [divulguer, à la louange de sa femme, tous ces précieux détails domestiques). Ils ont joui de leurs biens en commun (2). Quoique Turiaeutsafortuneàelle(sesparaphernaux), elle les a laissés sous la main de son mairi. Elle n'a rien acquis même, sans le lui remettre. Et comment se sont-ils partagé la tâcher « officia ita partiii sumus ut ego tutelam tuœ fortunée gererem, tu meœ cusiodiam sustineres ».

(1) V. à cet égard, Tétude de Martha : « L'Eloge funèbre chez les Romains 9.

(2) c Omne tuum patrimonium acceptum aparentihus œmmuni diligentia conservavimu8 (et ailleurs) ineque patrimomi nostri, quod ad hucfuerat commune, separationem facturam ».

El voici plus encore, la communauté, d*action juridique! Turia avait de son côté des nièces qu'on avait recueillies dans la maison pour les élever. Il a fallu les marier; et les deux sœurs se sont entendues pour les doter. Qu'ont fail les maris? Ils accèdent à tout. « Ils autorisent », dirions-aous, « probantes liberalitatem ». — Et même pour ne rien aliéner ou grever de la fortune de leurs femmes, ils donnent ou ils avancent leurs propres fonds en dot : nostraque prssdia in dotes dedimiis (*). Voilà donc bien l'harmonie des sentiments et la conduite toute simple d'un vrai ménage ou la pente est si naturelle vers l'association et communauté, avec direction et autorisation maritale. Que faisait donc le système romain avec son principe d'indépendance réciproque ; de séparation d'intérêts et de comptes, que la législation d'Auguste ne devait qu'accentuer et aggraver plus encore!

Mais les épreuves sont venues; et c'est aux épreuves, mieux encore, que se reconnaissent les bonnes et solides unions. Deux sont rappelées. — La première a témoigné du courageux dévouement de Turia quand son mari, qui avait été du parti de Pompée, fut sauvé par elle de la fureur de Lépide. Auguste d'ailleurs lui avait pardonné, et Vespillo ne manque pas de rendre hommage à la clémence d'Auguste et à la paix générale qui fut son œuvre. — L'autre épreuve intéresse davantage l'observation des mœurs et le droit privé. Les beaux jours étaient revenus. Mais à cette union parfaite il manquait des enfants. Les avaientils vainement attendus, ou perdus prématurément? Nous ne savons au juste ; mais voici qui va bien nous peindre les Romains et, dans leurs sentiments et leurs mœurs, une idée du mariage que nous aurions peine à comprendre.

Des enfants! Turia n'en espère plus. Elle s'en désole pour son mari. N'y a-t-il là qu'une peine intime, ou déjà quelque souci des mesures d'Auguste au sujet des préro-

(1) C*eBt un indice de ce que j*ai observé plus haut que les dots étaient autant que possible constituées en bien -fonds.

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gatWes réservées aux paires et des inconvénients de Vorbitas? Toujours est-il qu'elle est venue un jour lui proposer le divorce pour lui permettre de prendre une autre épouse, de qui attendre la fécondité. Et quel divorce! Non pour le fuir ou même le quitter, mais pour rester dans la maison, y prendre comme un rôle de sœur ou de bellemèreavec ses biens toujours laissés en commun. Voilà certes du dévouement et du sacrifice! Mais quelle singulière forme de sacrifice à nos yeux.! Joséphine en face de Napoléon n a jamais pu se faire à la même idée, quoiqu'il s'agit pourtant de haute raison d'État. Et Ton ne peut guère concevoir Tofifre de Turia, si généreuse qu'elle soit, sans observer qu'elle suppose une bien faible notion des liens du mariage.

Vespillo l'a repoussée avec indignation. L'amour et la gratitude l'ont jeté tout hors de lui à cette pensée : « agitari divortia inter nos ante quam fato dicta lex esset, ... quare mva desiîieres esse mihi uxor quurri^ poene exule me, vita fidissima permansisses ». Puis, comme il l'ajoule en vrai langage de Romain, positif et pratique : « Quœ tanta mihi fuerii cupiditas aut nécessitas habendi liberos, ut propterea fidem exuerem et mutarem certa diibiis? » Ainsi l'union est denfieurée parfaite, mais stérile, jusqu'à la mort de Turia.

Mais ne vous vient-il pas, comme à moi une objection ou une réflexion! Et l'adoption romaine! Comment donc ces époux si unis, au lieu de parier de divorce n'ont-ils pas songé à ladoption d'enfants faite par Vespillo, et dont ils auraient joui sans se désunir. N'était-ce pas l'occasion de voir apparaître cette adoption, que les textes romains nous ont habitués à croire si utile et si fréquente? Il n'en est rien dit entre Vespillo et Turia. Faut-il l'attribuer aux mesures d'Auguste, qui s'annonçaient, et qui ne devaient pas se contenter d'enfants adoptifs pour faire des patres, honorés et enrichis comme tels. Je ne sais. Mais nous comprenons aussi que l'affection du cœur ne saurait se porter d'ordi-

naire vers Teafant d adoption comme à celui qu^on tient de son sang. Napoléon ne put jamais se résoudre à user de son Code et adopter son beau-fils Eugène de Beauharnais, malgré toute Tamitié et Testime qu'il avait pour lui.

Encore un mot sur cette laudatio TuriaBy mais pour toucher comme elle à une question plus grave et moins juridique, quoiqu'elle domine pourtant les inspirations du droit matrimonial. C'est sur la conclusion même et le suprême adieu. Je le traduis : « Tu m'as devancé dans la mort, me laissant seul, sans enfants, avec tout le regret de l'avoir perdue. Je tâcherai de me pénétrer toujours de tes pensées. Mais que tout cède à cette heure devant ta louange qui doit témoigner de mon désir de consacrer l'immortalité de ta mémoire. Tout le fruit de ta belle vie me restera. Appuyé sur le souvenir de tes actions et de ton cœur, je résisterai à la fortune, qui ne m'a pas tout ravi, puisqu'elle me permet de grandir ta mémoire par cet éloge funèbre ». C'est là tout ce qu'il trouve d'accents, du reste vraiment romains, et dont quelques-uns ne sont pas sans grandeur. Puis après ce vague effort d'aspiration supérieure, il retombe en expressions plus vagues de découragement et de résolutions qui, dans le texte tronqué, semblent incohérentes; et il termine enfln par ces vœux : « Que tes Dieux Mancs te gardent en paix et te protègent! »

Ainsi nulle croyance à l'immortalité de l'âme, et pour des époux si unis, nul désir, nul espoir de se retrouver en une autre vie. Rien, comme pensée pieuse, que la fidélité du souvenir et cette vague immortalité de la mémoire confiée à des inscriptions funéraires, sur une belle tombe, ainsi qu'on le voit encore au testament de Dasumius. Tout autre sera le langage de nos simples et touchantes disposition de l'ancienne France, où la pensée d'une communauté future agira encore sur les époux pour reserrer le lien conjugal et toutes leurs commautcs terrestres. Mais d'où et comment est venue cette pensée? Si nous regardons à la date de cette laudatio sans espérance, nous pourrons observer qu'à

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