‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 107 sur 251 · PHYSIONOMIE DU GREC BIBLIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DU GREC BIBLIQUE

3. — On n'a pas toujours bien saisi la vraie physionomie de cette langue. — Au xvti« siècle, plusieurs érudits, surtout parmi les protestants, tombèrent à cet ég-ard dans de graves exagérations (i) ; ils prétendaient que le styTe des écrivains n'est pas un grec ûc la nouvclle aliiancc était d une pureté classique. Le luthé- ^"'' rien Pfochen, entre autres (2), dans sa Diatriôe de iinguœ

graecœN. T.piiritate,déîendh ce sentiment contre toute vraisemblance (3) ; car il suffit de lire quelques pages des évanc^élistes, ou de saint Paul, pour se convaincre qu'ils n'ont écrit ni comme Platon, ni comme Thucydide. Aussi les Pères grecs

saint Jean Chrysostome et principalement Origène, celui

des Pères de l'Église orientale qui « s'est appliqué à l'étude de l'Ecriture d'une manière plus exacte et plus critique » (4), tcconnaissent-ils franchement que l'éloquence des apôtres est ôie?î plus dans les choses que dans les mots (5). Ils les appellent a[j.aO£tç, vm aYpa;x[j.aT:oi, vm aYpor/.ot, y.ai a^avs'.ç (6).

Le gvec biblique n'élit pas un grec

4. — Par contre, il est des critiques qui n'ont voulu voir barbare. ^ ° Jaus Ic Nouvcau Testament qu'une littérature barbare et exotique, où fourmillent les solécismes et mille incorrections grammaticales (7). Sous la forme où beaucoup l'ont présentée, cette thèse est très exagérée; nous le verrons.

De nos jours, nombre de critiques ne s'expriment point encore avec exactitude et netteté sur le sujet.

tuUfs"Sr^Vec"£ ^- — ^ouT juger comme il convient la langue des Éimngi- ^'"'^"''- les et des E pitres ^nous devons la décomposer en ses éléments

constitutifs.

Gr, l'analyse découvre dans l'idiome du Nouveau Testament trois éléments principaux : l'élément grec, l'élément hébraïsant, Vé\ém.exii chrétien (8).

Par le premier élément qui forme son caractère général, le gre.c des livres de la nouvelle alliance se ramifie immédiate-

(i) Sur l'origine des controverses dont cette question fut l'objet, voir Beelen, Gra7nm.Grœcit.N. T., p. 9, note.

(2) Le même avis fut partagé par Wyssius, Gualtper, Stock, Stolberg, etc.

(3) Aucune raison solide n'existe à l'appui de cette opinion. Cf. Schelling, Commentarius in hebraïsmos N. T., pp. 35, 37, Sg.

(fi) Richard Simon, op. cit., p. 213.

(5) Cf. Saint .Jean Chrysostome, Homil. III, in Ep. i ad Cor., n. 4; Origène, Conf. Cels . , m, 39; vn, .^9, 60, etc.^ Consulter J. Lami, De erudltione aposlolorum, cap. xii.

[ù) Ces expressions de saint Jean Chrysostome, et quelques autres semblables de plusieurs Pères, ne doivent pas être prises absolument au pied de la lettre. Voir là-dessus Ch. Lenormant dans le Correspondant, 26 mars 1857; Schelling, op. cit., p. 9.

(7) Voir le recueil de Rhenferd, Syntagma disse r ta tionum de stylo N. T.

(8) Nous ne croyons pas devoir mentionner l'élément latin. La langue latine a sans doute de teint

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ment au grec appelé post-classique, — et conséquemment, d'une manière plus éloig-née, au grec classique lui-même.

Parle second élément qui le spécifie, il se rattache au grec post-classique mélangé, au i^^ siècle, d'hébreu et d'araméen.

Enfin, par le troisième élément qui V individualise, û devient un dialecte à part, — qu'on retrouve comme langue de fond dans toute la littérature grecque ecclésiastique des âges postérieurs (i).

ExpHquons-nous.

Le grec biblique 6. — D'abord le g"rec du Nouveau Testament se ramifie

se ramifie au grec 'ri- # •

postciassigye. immédiatement au grec post-classique, et consécjuemment, d'une manière plus éloignée^ au grec classique lui-même, c' est-à-dire à l'attique,

7. — On entend par grec post-classique le grec qui fut en usage un peu partout dans le monde (2), depuis les conquêtes d'Alexandre le Grand (iv^ siècle av. Jésus-Christ) jusqu'à la translation du siège de l'empire romain à Constantinople, en 33o. Ce grec cosmopolite est appelé communément ctâXey.xc; xoiVY]^ quelquefois aussi oiôCkzy^xoz, May.ecovwv, ou encore ^'.àXey.To; eXXvjvixY], par opposition au grec attique, ou classique, de la période antérieure (3).

Voici quelques-unes des caractéristiques les plus marquantes du grec post-classique:

gSrpoXcEque" S- — ï) ï^ offre un mélange de tous les principaux dialectes; ^^ '^iangf; '"^' attiquc, ionicn, dorien, éolien (4), béotien; toutefois, c'est

sur le grec du N. T. (cf. Beelen, op. cit., p. 21), mais cette iufluence, observe justemeut Viteau, s'est exercée d'une manière très restreinte et plutôt indirectement, par l'intermôdiaire du grec post-classique, que directement. Op. cit., Introduction, p. xxxiii.

(i) Remarquons que les trois éléments : grec, hébra'i^ant, chrétien, sont répartis dans une proportion inégale entre les livres et les auteurs du N. T. « Quoique l'élément grec et l'élément hébraïsant se retrouvent partout juxtaposés, dit Viteau, il existe une singulière différence dans leur mélange entre VEoavqite de saint Marc et celui de saint Luc, entre VEvangile de saint Luc et les Actes, entre VÉrangile de saint Jean et l'Apocalypse, etc. » [Op. cit., Introd., p. xxix). — Quant à l'élément chrétien, il est dû au développement de la théologie chrétienne; on ne s'étonnera donc pas qu'il soit plus considérable dans les Epitres de saint Paul, par exemple, et dans VEvangile de saint Jean, que dans les trois premiers Évangiles.

(2) Au premier siècle de notre ère, le grec était la langue universelle et internationale. Cicéron Pro Archia,x; Horace. Epp., lib. 11, ép. i, i56; ép. 11, 6, et Juvénal, Satgr., vi, 184, le confessent. Les Juifs eux-mêmes, si réfractaires aux us et coutumes de l'étranger, avaient fini par se familiariser avec l'idiome hellénicjue. Cf. Giintner, Introd. in sac. N. T. libros, pp. i2-i3; Schelling, op. cit., pp. 7-(); Viteau, op. cit , ])p. ix-xi.

(.<) Jus(ju'à l'époque d'Alexandre, il n'existait pas de /a;?//?^^ ^/rcr/we à proprement parler ; il y avait seulement des dialectes grecs, dont les principaux furent Vattiqne et \c dorien .

(4) l'Iaack a prétendu (|ue le dialecte éolien ne laissa point de trace dans le i^rec post-classique (cf. De vcra natura... orationia graecae N. T. commentatio, p. 129). Ce sentiment est contredit par les Inscriptions grecques i\\\c nous connaissons |cf. Viteau, op. cit., p. iv).

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