Concluons
Le grec du Nouveau Testament se rattache immédiatement au grec post-classirjue de la période gréco-romaine, et constitue une variété chrétienne du grec hébraïsant, qui n'est, du reste, lui-même qu'une branche du grec post-classique.
C'est pourquoi nous l'avons défini : Un grec (élément générigue) judéo (élément spécifique) chrétien (élément individuel propre) (i).
(i) Sur le t^rcc du N. T., outre les auteurs que nous avons cités, on peut consulter parmi les anciens Leusden, Phllologus hehrseo-graecus ; Glassius, Philologia sacra; Michaclis, Inlrod. au Noiw. Test., t. I; — parmi les modernes, Kohlgruber, Hermeneutica generalis; Ilatcli, Essays on Biblical Greek; Guillemard, Hebraisnis in tlie Greek Testament ; Simcox, The language of the N. T. ; Viereck, Sermo graecus; Berger de Xivrey, Étude sur le texte et le style de N. T. ; etc.
Conclusion.
LEÇON TROISIEME Physionomie graphique du grec du Nouveau Testament.
La physionomie graphique du grec du N. T. varie avec les époques. — Sur qxioi et comment furent écrits les autographes du N. T. — Forme de l'écriture pendant la V^ période. — Comment fut transcrit le N. T. pendant la 2« période. — L'écriture, lès signes de ponctuation, d'accentuation, etc. — Gomment fut transcrit le N. T. pendant la 3* période.
Objet de la leçon. 1. — C'est l'extérieur du texte grec du Nouveau Testament que nous étudions dans cette leçon.
Sur quoi, comment, avec quel genre de lettres, de quelle 7nanière^\QS autographes et, plus tard, les exemplaires manuscrits de la nouvelle alliance furent-ils rédig"és : telles sont les
questions principales qui s'imposent à notre examen. Trois périodes à Ou pcut disting-ucr trois périodes : la première s'arrête à la fin du i'^'" siècle ; la deuxième s'étend du ii*^ siècle à la dernière moitié du x«; la troisième embrasse les cinq siècles suivants, jusqu'à la découverte de l'imprimerie.
Snr quoi on écv\- 2. — Nous savous sur quoî, pendant la première période,
vit pendant la lie ^ ^ ,.. ^ > • ^
période. Ics evangciistes et les apôtres écrivirent, ou tirent écrire leurs
livres. Eux-mêmes nous renseignent quelque peu à cet ég^ard. — Ils parlent de xi^v(]q {II Jean, v, 12), de [;.£[x5pàvai (// Tim., IV, i3), de xàXa[i-oç {III Jean, v, i3), de [j,éXav {II Cor., m, 3; II Jean, v, 11 \ III Jean, v, i3).
Le xapTYi;. 3. — Le -/y.^T^^c, était une sorte de papier préparé avec les fol-
licules du papyrus ég^yptien (i). — Par [X£jjt,6pava'., il faut enten- Les p.sy.ê?âvai. dpe le parchcmiii (2) proprement dit ; on le confectionnait avec
(1) Cf. Pline, Uist. naf., xiii, 11-97. — ^^ papyrus est une plante de la famille des rypéracées (Cy/jej'us papyrus). Cette plante croît dans les marécages, au-dessus desquels elle élève sa tige souvent grosse comme le bras, haute de deux à trois mètres, et terminée par une ombelle élégante. Cette tige est formée de plusieurs pellicules concentriques. Ce sont ces pellicules que l'on enlevait pour en faire \e papyrus papier. « On les mettait les unes à côté des autres longitudinalement, les recouvrant ensuite de bandes transversales; cette réunion composait une feuille, et vingt feuilles réunies formaient une main de papier. Mises en presse, on les faisait ensuite sécher au soleii. puis après quelques autres procédés de fabrication, on les polissait avec la pierre ponce. On en fabriquait de neuf espèces, depuis le plus fin sur lequel on ne pouvait écrire que d'un côté, jusqu'au plus grossier qui servait pour le commerce ». Cf. Privat-Deschanel et Focillon, Dict. génér. des sciences, s. v. Papyrus.
(2) Appelé aussi pergamène, par*e que les rois de Pergame, ville de Mysie, firent un très grand usage du parchemin.
^^ y.aXaac;
Le u.ù.cf,'».
des peaux d'animaux. Ces feuillets de parchemin, ou de papyrus, étaient rattachés ensemble et roulés ; ils formaient des p'.SXia £tXiJ35y.£va(A/?oca/., vi, 1 1{), des volumina, des rouleaux. — Le v.à\oL[ioq était une légère tig'e de roseau taillée avec le canif, et qui laissait couler Tencre. Les meilleurs yapiaî venaient d'Ég-jpte. — Enfin {jiXav désig-ne une espèce d'encre noire, comme le nom l'insinue (i), — que Ton fabriquait probablement avec de la suie.
Ce fut à l'aide de ce matériel que les autographes de la nouvelle alliance (2) durent être écrits.
tofraXriu N.T ^* — Nous savous aussi comment ces autographes furent
furent composés. COmpOSés.
A l'exemple des anciens, qui écrivaient rarement de leurs
propres mains, les auteurs du Nouveau Testament se servirent
de secrétaires (la/^^Ypa^ot, amanuenses, notariï) à qui ils dic-
Le3 apôtres se ser- ^ajent (3). C'était la coutume de saint Paul, car nous le voyons
virent de secrétaires. v / ' J
mentionner expressément les cas où il voulut écrire lui-même (cf. Gal.^ VI, II ; Philem., 19), et indiquer le moment précis où il prit la plume pour ajouter de sa main le mot final (cf. y Co7\, XVI, 21; CoL, IV, 18; // Thess., m, 17). Une fois même {Rom., xvi, 22) son secrétaire se nomme.
fie quelle manière leur travail était révisé.
5. — Rédigés ainsi à la hâte, et vraisemblablement en abrégé (4), les livres passaient aux mains du gioXtsYpa^^; {librar'ius) pour être mis au net. La copie, faite par ce dernier (5), était confiée au correcteur, SiopOwTY)?, qui la corrigeait, puis à l'àv-C - 6aXX(i)v, qui confrontait la copie avec l'original. Enfin, l'auteur lui-même approuvait, et l'ouvrage était publié (6).
Forme de iccri- g. — Quant à la formc de l'écriture qui servit aux autoçrra-
lure dans les auto- ^ . •
graphes du N. T. phes dc la nouvcllc alliance, nous ne la connaissons que con-
(i) Le? Juifs écrivaient aussi leurs livres plus soii;;nés en lettres d'or (cf. Josèphc, Antiq., xii, cap. 11, n. 10). On se servait parfois d'encre de différentes couleurs.
(■?) 11 ne paraît pas que les plus vieux ouvrai^es de l'antiquité aient été écrits différemment. — Les I^omains employaient beaucoup les tablettes (iriva/^î'^ix) de métal ou de bois, enduites de cire, et sur lesquelles on gravait des lettres avec un poinçon ou ua stylet. Les Juifs connaissaient ée;^alcmenl ces nivajcî'^ia (cf. Jaic, i, 03).
(3) D'ailleurs les apôtres, à l'exception de saint Paul et de saint Luc, —peut-cire aussi de saint Matthieu et de saint Marc (cf. Giintner, op. cit., p. ii), — ne savaient probablement e;uère ccrirelc irrcc qu'ils n'avaient point appris, et qui n'était pas pour eux une lant;;ue tamilière.
(4) Le poète Martial décrit en ces termes le travail de Vajnafiucnsis :
Currant verha licef, manus vclocior illls; Nondum llngua suum, de.rlra pnregit opus.
(5) Ou par le )cxXXî-j'pa'fc;, s'il s'ai^issait d'un ouvrage plus important et dont on désirait une transcription soi|;çnée.
(0) Sur la manière dont les écrivains du N. T.. et particulièrement saint Paul, publièrent leurs écrits, voir Ciuntncr, op. cit., p. iG.