LES VARIANTES DU TEXTE GREC DU N. T
avec les erreurs de l'intelligence qui interprète mal une phrase, lit mal ou sépare les syllabes des mots. Ainsi, dans Rom., xii, II, le copiste de D, F, G ne compritpoint l'abréviation, et lut TU) y.atpw pour t(^ xupuo; de môme, le scribe du Sinaïticus, séparant la dernière syllabe [j.£v de 7i;po£ipY]xa[jL£v, lut à tort 7upo£(pY]"/.a [jL£v; etc.
8. — Les variantes provenant de modifications conscientes et intentionnelles sont plus importantes et plus nombreuses. Avec Reithmayr(i) nous les ramenons à trois groupes, selon qu'elles sont dues à des raisons d'ordre exégétique, d'ordre critique, ou d'ordre liturgique.
\) variantes dues 9. — i) Lcs vaHantcs ducs à dcs raîsous d'exégèse sont de
à des raisons d'cxé- , , p • i • i i • i
gèse: deux sortes : les unes turent introduites par des hérétiques, les
autres par des catholiques.
a) variantes des Lcs premières, — qui pour la plupart ne constituent point,
hérétique* i . , • t • i
quoi qu on en ait dit, une corruption du texte sacre (2), — furent principalement l'œuvre de Marcion (3) ; du reste, les changements que fit cet hérésiarque consistaient avant tout dans des retranchements de phrases et même de chapitres, qui contrariaient ses préjugés hétérodoxes (4) :
h) variantes des Lcs secoudcs furcut Ordinairement le résultat de préoccupacatholiques. . , . , , . L • ' 1 • n
tions dogmatiques ou herméneutiques. Ainsi, des copistes effacèrent dans Luc, xix, 4ij le verbe £y.Xau7£v, « parce que ces pleurs leur paraissaient une faiblesse indigne de Notre Seigneur » (5). D'autres se permirent de petites modifications pour éclaircir un texte obscur ; au lieu de r^ cap? [jloj âaxlv biàçt Ti^ç Toîj xoapLO'j ^(OY); {Jeau, VI, 5 1), le T. R. et beaucoup de manuscrits portent 1^ aàp^[j.o'j £(jTiv Y^v b^lù 8(î)ao) ùxàp... xtX. — Les additions de particules, telles que yàp, Bà, In, £Îy£, etc., n'ont pas ordinairement d'autre but.
à une^cHUqÛrtélJîé! ^^ ' — ^^^ variautcs dues à une critique souvent téméraire
'■'"'■®- sont nombreuses.
à) On voulut corriger les textes qu'on tenait pour inexacts. Ainsi, dans /<?an, i,28,0rigène crut devoir substituer àv p-/î6a6apa à ev pvjBav'qc; les copistes de^^, B, L, effacèrent dans Lz^c, vi, i^
(i) Op. cit., t. I, p. 216.
(a) Cf. Rich. Simon, op. «7, pp. 244-249; Michaëlis, Introd., t. î,pp. 445-459; Trochon^Introd., t. I, pp. 3o4-3o5; Cornely, op. cit., p. 3io.
(3) Cf. Saint Irénée, op. cit., lib. 1, cap. 27; Tertullien, coni. Marc, v; saint Épiphane, Haeres., 42, 9.
(4) Cf. Saint Irénée, op. cit., lib. 1, cap. 27, n. 2. — Voir Richard Simon, op. cit., pp. 89-94. •
(5) Rich. Simon, ap.cit ,j>. 94.
Tadjectif Zeuzepor.pùizo) (qu'on lit dans le T. R. et dans A, C, D, etc.). — è) On voulut quelquefois préciser davantage. Ainsi, dans Me, i, 2, les scribes de i<, B, D, L, A remplacèrent àv toîç zpo<frf:aiq(deA, E, F,G,etc.)par àv'Haa-^To) irpo^YjTr^. — c) On voulut aussi améliorer la diction, et faire disparaître les incorrections grammaticales. « Là était le plus grand péril, dit Reithmayr, pour l'altération du texte sacré. La langue du Nouveau Testament étant pleine d'hébraïsmes, d'anomalies, de rudesse, etc., exposait les copistes grecs à une tentation presque insurmontable de corriger çà et là... à leur gré » (i). On commençait par noter à la marge ces observations critiques qui finalement passaient dans le texte, comme saint Jérôme nous en avertit (2). — d) On voulut enfin compléter un passage par un autre passage parallèle (3); de là maintes additions, inversions, etc. Ainsijdans 3//^., xx, 22. beaucoup de manuscrits (C, E, F,G,H, K, etc.) ajoutent à l'interrogation de Jésus-Christ ces paroles y.al To Pa6-tc[xa 0 £70) ^a7;Ttao[xai ^aKTiaOfîvat, qu'ils empruntent à Me, x, 38. Pareillement, c'est pour harmoniser saint J/arc, xv, 17, Jean, xiXj 2, avec le premier évangéliste, que le cod, D, dans Mit., XXVII, 28, porte èvcuŒavTeç ajxcv î[j.àitov Tuop^upouv, xal y\oL[j.{)^a xoxxiV^v 'âepiéOïjy.av ajTw, au lieu de £7.cuaavT£ç; ajiiv, ^>.a;x6$a •AOAvlYr,'^ 7U£p'.éOrf/,av aÙTw; hoùacc^xeq est emprunté visiblement à saint Marc; [[jÀziow -Âropçupouv à saint Jean ; le reste, avec è7.c6aavT£ç, est de saint Matthieu (4).
3) Variantes duos ±±, — 3) Lcs Variantes dues à l'usage liturgique sont
à l'usage liiurgi- i ' » i
que. moins nombreuses que les précédentes.
On sait que les Epitres et les Evangiles étaient divisés en leçons ou pérlcopes, qu'on devait lire publiquement. Or, soit pour introduire, soit pour clore chacune de ces sections, on ajouta quelques mots à la marge du manuscrit, et ces additions entrèrent plus tard dans le texte. Ainsi, le manuscrit D renferme comme introduction à la parabole du mauvais riche {Luc, XVI, 19) ces paroles : v.izz Bà 7,a\ e-épav -KapacsAYjv.De même le T. R. et les manuscrits n, C, K, L, P, dans Rom., vi, ii, ajoutent à £v Xpiaiw 'ir^acO la finale to) y.upio) y;;;.{ôv ; etc.
Ces variantes nécessitèrent des travaux critiques sur le texte grec du Nouveau Testament.
(i) Op. cit., t. I, p. 5i/|. — Voir Giintncr, op cit., p. bç).
(2) Epist, loG ad Sunniarn el Fretelam, n. 46-
(3) Cf. Saint Jérôme, ad Dam. Pnef. in Evang. -
(4) Oes copistes eurent même la témérité de çlisser dans le texte biblique des variantes cmprun- m tées soit à des apocryphes, soit à d autres écrits profanes. Cf. de Valroj^er daris Vlntrod. du D' ^Ê l\eilhmayr, t. I, p. 22.'?, note 2. ■
LEÇON CINQUIÈME
Histoire du texte grec du Nouveau Testament depuis Origène jusqu'au
XV^ siècle.
Les premiers travaux critiques sur le texte grec du Nouveau Testament. — Origène, Lucien, Hésychius. — La critique du Nouveau Testament grec au iv« siècle. — Les familles de textes. — Les essais de classification. — Les manuscrits onciaux et cursifs. — Principaux manuscrits ouciaux. — Nombre des manuscrits cursifs.
Premiers travaux 1 . — Les Pèrcs ct Ics écrivalns ecclésiastiques sentirent de
critiques sur le texte -, , i»'./i/'i itvt
grecms. duN. T. Donnc heurc la nécessite de reviser le texte grec du Nouveau Testament, et de faire un choix parmi les variantes.
Origène. j^^ jjje sièclc, Orig-èuc entreprit déjà des corrections criti-
ques sur les exemplaires dont il se servait. Ces codices demeurèrentà cause de cela très estimés de l'antiquité (i). Toutefois le célèbre Alexandrin ne travailla pas à une recension proprement dite du texte (2), comme celle qu'il publia pour la version des Septante (3).
Piérius. Piérius, son disciple, vers la fin du siècle, corrigea aussi
quelques exemplaires (4).
Lucien. Dcs travaux plus considérables furent faits à la même
époque par Lucien, prêtre d*Antioche, et par Févêque égyp- Hésychius. ticu Hésjchius ; mais ces essais de correction ne comprenaient encore vraisemblablement que les Évangiles (5); ils ne paraissent pas, du reste, avoir été très appréciés des anciens, — au moins des Latins et en particulier de saint Jérôme (6).
Travaux critiques 2. — Cependant l'exemple était donné. Nul doute qu'on ne
sur le texte grec du . . , ii *• i
N. T. au ive s. se soit mis alors un peu partout a collationner les variantes, a choisir parmi elles les meilleures, et à amender le texte.
(i) Cf. Eusèbe, lUst. eccles., lib. vi, 28, 82; saint Jérôme, In Matth., xxiv, 36; In Gai., 111, t. (c) Cf. Rich. Simon, op. cit., pp. 234-235; Danko, op. Cit., pp. io5-io6; Reilhmayr, op. cit. y t. I, p. 227.
(3) Voir plus bas.
(4) Cf. Saint Jérôme, /n Matt., xxiv, 36. (51 Cf. Danko. Loc cit.
(6) Ad Dam. Praef. in. Ëvang . — Voir aussi le décret du pape Gélase De recip. et non recip. libris, dans Migne, Pat. lai., i. LIX, col. 162. Ce décret trahit peut-être l'influence de saintDamase et conséqucmment de saint Jérôme lui-même.
268 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉKALE
Eusèbe raconte que Constantin fit faire, au commencement du iv^ siècle, cinquante exemplaires admirablement soignés des saintes Écritures, et qu'il les offrit aux Églises fondées par lui (i). Cornely croit voir dans cette édition constantinienne Les familles de tcx- jg ^ypg ^jg \r^ famille dcs mauuscnts byzantins (2). Ce qui est sûr, c'est qu'à partir de cette époque (iv« siècle), le texte du Nouveau Teslament tend à s'uniformiser; au moins les variantes des manuscrits commencent-elles à amener la formation de groupes d'exemplaires visiblement affdiés, et qui semblent représenter le texte le plus communément admis dans certaines circonscriptions ecclésiastiques.
^ m"s. du"N.'^^T.^^ 3. — Très nombreux sont les manuscrits qui nous restent.
Scrivener en compte plus de 2,000 (3); aucun cependant ne
remonte au-delà du iv® siècle.
Leur classement dif- Il cst difficile dc Ics classcr par â2"e et par familles.
Ce n est pourtant pas que la critique manque de règles a
Principes de la cri- , i a • • \ i, ^ i, • i , •
tique à cet égard. Cet égard. Aiusi I ) 1 ciffe a un manuscrit peut se déterminer d'après les matériaux employés, parchemin, papier de papyrus, de coton, de chiffe; — d'après le genre de l'écriture, onciale ou cursive ; — d'après la forme des caractères, la ponctuation, la division du texte, etc. (4).
2) hdi famille se détermine d'après la patrie du manuscrit; — d'après la recension dont s'est inspiré le scribe, qui a copié ou corrigé. — Or, l'on connaîtra le pays d'origine du manuscrit, soit par la souscription même, soit par les particularités du dialecte, de l'orthographe, par les sections choisies pour la lecture publique (5), etc. — On connaîtra la recension d'où le manuscrit dérive, par la comparaison faite soit avec d'autres manuscrits, soit avec les écrits des Pères et les versions.
L'application de 4 . — Eu pratique, l'application de ces principes est assez maiaiSoc"^''^^^ ^^ malaisée, et les résultats qu'on obtient ne sont souvent qu'approximatifs. Au cours des siècles les différentes variantes se sont mêlées et combinées, de telle sorte qu'il est extrêmement difficile aujourd'hui de préciser la famille à laquelle tels et tels manuscrits appartiennent.
(i) Vila Constant., iv, 34, 3G,37.
l'i) Inlrod. gêner., pp. 3i4-3i5.
(•<) Inlrod. to the cril. of llie N. T., pracf., p. xxx.
(4) Cf. Gùntner, op. cit., p. G5.
(5) Cf. Guntner, loc. cit .