NOTION DE L'INSPIRATION BIBLIQUE
Spiritu (i). Clément d'Alexandrie se sert d'une expression toute semblable : To «y^®'^ nvcu[j.a àXàXY^asv lauia, SpÙHtus Sanctus elocutus est ea (Biblia sacra) (2). Et saint Grégoire le Grand ajoute : Splritus Sanctus... ipse... scripsit qui scribenda dictavit : ipse scripsit qui et in illius opère inspirator extitit (3). D'après lui, par conséquent, rédiger^ dicter, inspirer ne furent, chez Dieu, auteur des Ecritures, qu'un seul et même acte (4).
3) Les écrivains 6. — 3) Les auteurs sacrés furent des instruments aux devVu^ ^ '"'"''"' " rnains de Dieu. Saint Théophile d'Antioche les appelle, en effet, cp^ava Gsoî), 7cv£U[j.aTO(p6po'. nv£U[j-aTOc; à'^iou ; d'où il conclut qu'ils étaient u^r'aÙTOu toj QioH) siJ.-vîuaOévicç — y.al — 0£oo(oay,Toi (5). Tout le monde connaît le fameux texte de saint Justin, où les auteurs sacrés sont comparés à « des lyres, qui résonnèrent sous l'archet divin )> (6). Moins poétique, mais aussi exphcite, saint Augustin assimile leur dépendance, vis-à-vis du Dieu inspirateur, à la dépendance réciproque des membres qui, dans le corps humain, sont unis et obéissent à la tête, de laquelle ils reçoivent mouvement et direction (7).
Corollaires. 7. — Ces tcxtcs rapprocliés les uns des autres nous livrent
les éléments de la notion complète et traditionnelle de l'inspiration biblique.
On y découvre i) que Dieu eut dans l'inspiration le rôle principal, et l'hortime le rôle secondaire; — 2) que l'action de, Dieu sur l'auteur sacré se traduisit par une triple influence : a) de motion, puisque l'écrivain était a poussé par l'Esprit »; ô) d'illumination, puisque l'écrivain était « enseigné par Dieu », et recevait (8) de lui les paroles {ver 6a, IS^ouq) ou pensées à écrire; c) de direction et d'assistance, puisque l'écrivain, grâce à l'inspiration, ne pouvait « errer » ; — 3) que l'homme, comme l'instrument qui vibre sous les doigts de l'artiste, prêta à Dieu un concours passif sans doute, mais actif aussi, quoique essentiellement secondaire et subordonné; — 4) que ce concours, de la part de l'homme, fut fourni en vue dé'
(î) Adx). hseres., 11, 28, n. 2.
(2) Cohorl. ad Gentes, n. 9.
(3) In Job, prœf., n. i et 2.
(4) Je ne me dissimule pas que ce terme de dictée offusque plusieurs modernes; mais, à parler psychologiquement, il est plus juste qu'on ne pense. Quiconque voudra bien l'entendre ne le tiendra point pour équivoque.
(5) Ad Aiitolycum, lib. II, g. Cf. Ihid., n. 10, et lib. III, n. 28.
(6) Cohort. ad Gent., n. 8.
(7) De consensu Evang., i,35, n. 54-
(8) Une s'ensuit pas que Dieu réoéialt. Voir la Leçon 1", p. 24.
crire, et conséqiiemmeiit par chacune des facultés de rame que Vécrivam doit mettre en jeu, — par l'intelligence, la volonté, la mémoire, l'imag^ination ; — 5) que, de plus, Tinfluence divine atteig-nit nécessairement et tour à tour chacune de ces puissances; — 6) qu'elle s'étendit à la parole écrite^ — ver- Ijum scriptum ut taie, — c'est-à-dire à la pensée, puis au signe extérieur manifestant la pensée, àXàXyjssv Tau-ra; — 7) enfin, que l'action de Dieu et la coopération de l'homme se fondirent merveilleusement dans l'unité d'un seul acte vital ; — de telle sorte que la rédaction de r Ecriture, résultat de ce commun effort, peut et doit être réellement attribuée, quoique dans une mesure inégale, à l'un et à l'autre, à Dieu qui demeure V auteur princival, et à l'homme qui servit d'instrument. « Spjritus Sanctus est auctor, dit saint Thomas, homo vero instrumentum » (i)-
Notion deiinspi- 3^ — Saus l'avoir définie, l'É^-lise paraît accepter cette doc-
ralion d après 1 en- ^ O 1^ ...
seigneiiient de lÉ- trine, Car elle précise et formule la notion de l'inspiration scripturaire en ces termes : « Libros Veteris et Novi Testamenti. .. Ecclesia pro sacris et canonicis habet... propterea guod Spiritu Sancto inspirante conscripti Deum habent auctorem )>. Par l'inspiration. Dieu est donc Y auteur (et l'auteur principal) des livres de r Ecriture. Or, ne distingue-t-on pas dans un livre écrit i) les pensées qu'il renferme, les idées qu'il exprime, l'enseignement qu'il contient; 2) la disposition générale de ces pensées, et l'ordre logique dans lequel elles se suivent, s'enchahient; 3)les mots ou signes qui parlent aux yeux, et rendent les pensées ? Ces trois éléments sont nécessaires.
Nous sommes en droit, par conséquent, d'affirmer que, dans les livres de l'Ecriture, i) toutes les pensées so7it de Dieu, en ce sens au moins que, sans avoir voulu toujours les faire siennes, il les a introduites et fait insérer dans le texte sacré ; 2) que V agencemeiit gén^ToX, et Y ordre de ces pensées sont également son œuvre ; 3) enfin que la rédaction lui appartient en propre (2).
Corollaires.
Conchision cl résumé.
9. — Concluons que Dieu, lorsqu'il inspira l'Écriture, dut faire surnaturellemenl et comme cause principale, avec les facultés de l'homme devenues ses instriiments, — avec l'intelligence, la volonté, la mémoire, l'imagination, — le même travail auquel ces puissances se seraient natuivllenienl prêtées, en
(i) (JiunllibpL VII, (iiursl. fi, arl.. lO.
,'.'0 <'t. Franzcliii, De div. Scri/)lurd. llics. ui, (»[). ;<4'J' '»î>- l^<>'Hii'i «882.
NOTION DK L'INSPIRATION 19
vertu de l'initiative privée et personnelle de l'écrivain. A l'intellig-ence de concevoir les pensées, de les disposer^ de les relier entre elles ; à la volonté de donner le branle à nos puissances; à la mémoire (intellectuelle ou sensitive) de rappeler les idées et les imag^es des choses, qui dorment dans nos souvenirs; à l'imag-ination enfin d'ajouter le vêtement aux conceptions de l'esprit. Dans l'inspiration biblique, par conséquent, Dieu s'est accommodé à la cause seconde, c'est-à-dire à l'homme, son instrument vivant, libre et raisonnable. Il a parlé et agi e/z lui, avec lui, par lui, ot' aÙTou o)ç oC op^avo-j. 11 a pensé et raisonné avec son intelligence, il a voulu avec sa volonté, il a rappelé avec sa mémoire les souvenirs lointains et les choses absentes, il a imaginé avec son imagination; bref, il a écrit avec lui Q,i par lui (i).
Telle est la notion vraie, complète, de l'inspiration bibHque. C'est ainsi que les Pères l'ont comprise; c'est ainsi que l'ont expliquée les meilleurs théologiens et philosophes catholiques.
(i) Voir la réfutatioa des objections principales dans L'Inspiration, pp. i3-2o.
LEÇON DEUXIÈME La psychologie de l'inspiration biblique
Définition philosopliico-théologique de l'inspiration scripturaire. — Analyse de chacun des termes. — Nature (le l'intlux inspirateur. — Son influence i) sur la volonté, 2) sur rintelli|Teiice, l'imagination, la mjmoire de l'écrivain. — Son rôle comme assistance divine. — Corollaires.
Iinporlanlc remarque i)réliniinairo.
1. — Pour s'cxpli(|uer bien la psycholog^ie de rinspiralion scripturaire, il faut envisager ce phénomène divin dans toute sa plénitude. Par conséquent, nous considérerons ici cet influx surnaturel dès le moment où il s'échappa de son principe pour atteindre l'écrivain sacré ; nous suivrons son action féconde sur les puissances* de l'homme; nous constaterons enfin à quels résultais il aboutit.
Définition philo- 2. — PHsc dc ce point de vue général, l'inspiration biblique
phico - thcoloi'ique , 1 t n '
(lo linspiraliou. pCUt SCdétinn* l UN INFLUX SURNATUREL ET UNE GRACE EXTRAOR-
DINAIRE DE l'EsPRIT-SaINT, DÉTERMINANT LA VOLONTÉ, ÉCLAIRANT l'intelligence, l'imagination, la 3IÉM0IRE, ET DIRIGEANT LA PLUME DE l'auteur SACRE, DE TELLE SORTE QUE CELUI-CI EVITA TOUTE ERREUR, ET n'ÉCRIVIT QUE CE QUE DiEU VOULUT.
Analysons chacun des termes de cette formule.
i.inspiraiioM est un 3. — L'iuspiratiou scripturairc fut un influx. Nous entendons par là une vertu, une éncnjie divine — toî3 0£oy nv=,6{j.aTo; £vépY£ia, ainsi que s'exprime Théodoret (i). Envoyé par l'Esprit-Saint (2) à l'homme, sous la forme d'un souffle, — ôso- -irvcîjjt; (3), £7:i7:voia (4), — cet influx y^a^^a, et l'écrivain n'en subit l'influence, qu'au moment où ses facultés concoururent à la rédaction du verbe de Dieu. De fait, et à parler philosophiquement, ce souffle, véritable motion partie d'une cause supé-
(1) Vripf. in Psalmos.
(3) On ne conclura pas de là que l'Esprit-Saint soit seul l'aulcur di^ l'inspiration biblique. Comme toutes 1rs (l'uvn-s de hicu ad crtrUf l'inspiration appartient ('^altMucnt aux trois Personnes do la Trinité, (^'«'st (loue par approfirintion (juc nous l'aitribuons ici, d'une maiii«;re [lariiculièrc, au Saiutl'.sprit, en raiscui du rapj)ort spécial que l'inspiraliun présente avec le caractère hyposlatiipie de la tr(»isienie Pcisonnc divine. Cf. (iillv, J'i'ccis d'introduction ifrncralc iiiix s. Ecritures, t. 1. p. (»0.
{'.\) (ioinpar(/ II 'l'im., 111, lO.
(4) Voir Joscphc, Cont. Apioi., lib. 1, n. 7 ; saint Juslm, CohoH, ad Gnecos, la.
DEFINITION PÎIILOSOPIilCO-THEOLOGIOUE DE L'INSPIRATION 21
rieiire (i), se transforma, dans les puissances qui le reçurent, en un mouvement qui les saisit, les entraîna, bref, les constitua en exercice : MotuSy enseigne Aristote, dicitur actus existentis in potentla quatenus in potentia. L'influx inspirateur était donc quelque chose de transitoire, d'incomplet dans l'ordre d'existence, qui ne dura que pendant le temps de l'action, et qui cessa dès que l'effet à produire fut pleinement réalisé.
L'inspiration «sst 4. — Mais indépendante de l'homme à qui elle était donnée,
un influx surnatu- ,^ . . -, , -ifi-i
rei. etrang-ere aux exigences de sa nature qui ne la réclamait nul-
lement, ne jaillissant point non plus de ses facultés, dont le jeu complet était assuré sans elle, cette vertu inspiratrice, cette force invisible et mystérieuse fut essentiellement d'ordre surnaturel. Dieu seul, l'auteur de la grâce, en restait le principe; c'était un ébranlement communiqué par sa volonté à la volonté de l'homme, un rayonnement de son intelligence sur l'intelligence de l'homme.
L'inspiration est 5. — Toutcfois, l'iuspiration, qui fut nuQ grâce et un don,
un influx surnat. , , . . ^ t\t i i i
extraordinaire, u était poiut uue grace communc, JNous devons la ranger dans la catégorie des grâces appelées extraordinaires (2), lesquelles ne sont octroyées par le ciel qu'à quelques hommes choisis, dans telles circonstances déterminées, et en vue du bien gégéral de l'Église (3). La raison qui nous autorise à le dire est évidente.
se rattachant au , 6. — Ajoutous que la grâcc iuspiratHce se réfère spécifiquedon de prophétie. .., \ 7- , , , • t^
ment au sixième des charismata enumeres par saint Paul, / Cor.^ XII, 8,10. On peut la regarder, en effet, comme une forme particulière, une variété du don de prophétie. Tel était le sentiment de Suarez (4j, que nombre de théologiens adoptent encore aujourd'hui (5).
Poursuivons.
Distribution de 7. — Au momeut OU il atteignait les facultés de l'écrivaip.,
l'influx inspirateur !,•«••< i » i * m i • ^
dans les facultés. linrlux luspiratcur se décomposa en quelque sorte ; il devint MOTION, LUMIÈRE et ASSISTANCE : motioîi daus la volonté; lu-
(i) Inspiratio, dit saint Thomas, importât motionem quamdam , 5<^ 2ae, qurest. 171, art. i.
(2) Les théologiens les appellent encore graliœ gratis datas. Ils en comptent new/" d'après saint Paul, I Cor., xii, 7-1 1. — Cf. Summ. theol.. 2a, gae^ quœst. m, art. 4.
(3) Cf. Ephes., IV, 12 ; / Cor., xii. — Voir 2a 2*6^ gusest. cit., art. i.
(4) Ds fide, disput. viii, 4, n. 6.
(5) Franzeiin, De divina iraditione et Scriptara, p. 355, éd. 3* ; Schmid, De inspirationis Bibliorum vi et ralione, pp. 83-85, etc.
motion.
.2 LEÇONS DINTROnurTION GENERALE
muT^daiisriritelligencc, rimai;ina(,ioii,la mémoire; assistance pour la rédaction qu'il dirigea. « Ita eos (Deus) ad scribendum excitavit..., dit Léon XIII, ut ea omnia quae ipse juberet, et recte mente conciperent, et fideliter conscribere vellent, et apte inl'allibili veritate exprimèrent » (i).
Dans la volonté 3 — Fortc ct suave tout cnsemblc, cette motion inspiratrice,
^"" "l^'L?"""^ en touchant la volonté de l'écrivain, la saisit, la pénétra (2), et, surélevant son énerg^ie naturelle en vue d'un acte d'(M-dre divin à produire, la détermina infailliblement. De fait, c'est un commandement qu'il faut voir dans ces paroles de Jéhovah à Jérémie : Scribe tibi omnia verba r/uœ locutus sum ad te^ in libro (xxx, 2); — Toile volumen libri, et scribes in eo omnia verba quœ locutus sum tibi (xxxvi, 2); — et dans ces autres qu'entendit saint Jean : Dixit mihi : scribe (Apoc, XIX, 9). Or, pour assurer l'exécution de cet ordre, Dieu dut donner lui-même le branle à l'homme, son instrument (3). Voilà pourquoi, entipînée par le souffle qui l'emportait sans la violenter, la volonté de l'auteur sacré se décida et agit ; puis, soumises à son vouloir, les puissances — intelligence, imagination, mémoire, — entrèrent aussitôt en exercice; l'homme écrivit, et tout ce qui tombait de sa plume était verbe de Dieu. « Supernaturali ipse (Deus) virtute ita eos ad scribendum... movit... ut ea omnia eaque sola quinipSQ juberet... conscribere vellent » (4)-
Dans les facultés connaissantes :
9. — Mises en exercice par la volonté que Dieu venait de mouvoir y les trois puissances — intelligence, mémoire, imagination, — dont le concours simultané est nécessaire à Vécri^ son loïc comme (^aifi, rccurcnt immédiatement une lumière supérieure qui les
lumière. y s . . g . . . . .
fortifia, en même temps qu'elle éclairait, dirigeait, dominait
(i) Eiicyc. cit.,, p. 4o-
\'.i) l)i(ai se servit parfois d'influences humaines pour a^ir sur la volonté de l'auteur sacré. Ainsi, la tradition rajiporte que saint Marc composa son Evangile à la prière îles fkleles de Home (cf. Cléuirnt <l'.Vle.vaiidrie, dans Euscbe, /7/sf. er.cL, VI, i4 ; saint Eplii'^'"i, Evaiuj. coacord. eu:positio : saint Epiphanr, lla'.res., LI, 0, etc.). Mais ces moyens extérieurs et d'ordre moral n'étaient point, à i)ropr(iri(nt [)arler, l'inspiration, de même ((ue les bons exemples ne constituent pas la j^TÙce, principe inlrinsè([ucde nos actions surnaturelles et méritoires. OueNpies theoloi;;icns modernes. M. Lévesque entre autres {Saturu de L'inspiration des linrcs saints, dans la l\evac des facultés catholiques de l'Ouest, p. 3071, ne l'ont pas reinar([ué. — M. l'abbé Tan([U('rey, dans sa Sf/nopsis titeoloffiœ doy mat icae fundamenialis. a fait là-dessus de très justes observations. Cf. p. G27.
(3) Notons bien que Dieu, par une série de i^ràces spéciales ai;issanl au préalable sur l'intelhiD^eoce de l'écrivain, amena sa volonté à vouloir api»li(iuor les puissances ad scribenduni. .\vcc ces i^ràces premières l'inspiration déjà commençait.
(4) Cf. Kncyc. Provid. Deus, p. /p». — Kn |)areil cas, — on le pense bien, — une simple motion morale ne suffisait point de la part de Dieu ; il fallait une impulsion p/tysif/ue, une de ces touches irrésistibles et mystérieuses, par lesipjelles l'Ks|)rit-Saint chan|i;e à son t^vc, remue, transforme les volontés humaines. Cf. L'inspiration, pp. 3o-3.'{.
NATURK DE [;INI<LIIX INSPIUATEIIR -z'i
kuirs opérations respectives. Telle est notre interprétation de cette phrase de Léon XIIÏ : a Siipernaturali ipse virtute (i. e. lumine) ita scribentibus adstitit, ut ea omnia eaque sola, quae ipse juberet... recte inente conciperent » (i).
Doctrine de s. \Q^ — Pour bien Comprendre le caractère de cette illumi-
Thomas sur la lu- \ ,
mièrc inteiiecuieiie. nation psycliolog^ique, raisonnons par analogie, et rappelonsnous le rôle ou l'influence de la lumière du jour sur les yeux de l'homme. « De lumine intellectuali, dit très justement saint Thomas, oportet nos loqui ad similitudinem luminis corporalis. Lumen autem corporale est médium quo videmus, et servit nostro visui in duobus : uno modo in hoc quod per ipsum fit nobis vislbile actu^ quod QVdii poteîitia visiblle; alio modo in Iioc quod visus ipse conforlàtur ad vldendum ex luminis natura » (2).
Application à la lu- n . — Aiusi donc accroUre, en la fortifiant^ Ténerg-ie mieieinspuaii ^\^^^ ^|g \<^ faculté, rcudrc SOU objct visible ,o\\ plus apparent^ tel est le double rôle de la lumière du jour dans Tacte qui met nos yeux en relation avec le monde extérieur. Il en va de même, — proportion gardée, — dans l'acte de connaissance intellectuelle. Pourquoi n'en aurait-il pas été aussi de même dans l'inspiration ? Certainement, la lumière (3), dirigée par Dieu sur l'esprit de l'auteur sacré, accrut et suréleva l'énergie vitale de ses puissances connaissantes, en même temps qu elle projetait sur leurs objets respectifs une clarté, qui les rendit saisissables, ou les mit davantage en rehef. Précisons.
La lumière inspi- 12. — Eu tombaut sur l'iNTELLiGENGE d'abord, la lumière inspiratrice se décomposa. Un premier rayon, — si je puis m'exprimer de la sorte, — atteignit les concepts ou pensées, qui allaient devenir le verbum Dei scriptmn, tandis qu'un second, pénétrant la puissance elle-même, la fortifiait et facilitait l'émission de son acte.
13. — Or, sous l'influence du premier rayon de lumière îîîmrèrTd^vrne^viis divinc, tTois phénomèues /3^^re;^/ se produire: ou bien des conhypothèses. ^^p^g ^^^^ nouveaux furent introduits dans l'intellect de l'écri-
(i) Encyc. cit. y p. 4o.
(2) De verlt., qusest. 9, art. i. . .,, ■ > 1 - tt • i 1 »
(3) Cette lumière dut être de même nature que celle qui illumina les prophclcs. Voir plus haut p.
ratrice dans Virdel ligeti.ce .
Influence du pre-
vain ; ou l)ion des concepts obscurs, oubliés, y redevinrent plus nets, plus définis; ou enfin des concepts préexistants déjà furent simplement réunis et coordonnés. De fait et à tout prendre, l'homme inspiré reçut de l'Esprit-Saint l'ordre d'écrire, soit des choses qu'il ignorait entièrement, — ce cas fut assez rare; — soit des choses qu'il ne savait qu'imparfaitement, qu'il avait oubliées, totalement ou en partie; — soit des choses très connues de lui, et dont sa mémoire gardait encore un vivant souvenir.
iniiiience du rayon ^^ — Daus la première hypothèse, le rayon de lumière
ins|iiialci)r dans la ^ ^ i J i ' J
Ire hypothèse. introduisit le concept nouveau, ou mieux se transforma en la pensée elle-même, qui se présenta éclatante au regard de l'esprit (i) : (( omne quod manifestatur, dit saint Paul (2), lumen est ». C'était la révélation proprement dite. Il y eut alors ce que saint Thomas appelle acceptio cognitorum (3), et cette acceptio cognitorum fut évidemment divina manifestatio ignoti. Dieu parla directement à l'intellect humain et lui confia son verbe, sa pensée, qui allait être transmise au dehors par l'écriture. Nous le répétons, ce cas de révélation divine, venant se mélanger à l'inspiration, fut rare (4).
innuencedu rayon ^5 — Daus la sccoudc hypothèsc, — lorsou'il s'aorissait de
insj)iralciir dans la J v ' \ o
-* hypothèse. rendre plus saisissables, ou de réveiller des concepts endormis
dans le sanctuaire de la mémoire intellectuelle (5), — le rayon illuminateur qui les toucha les mit en un jour plus complet et plus vif (6). Ce n'était plus la révélation stricte, la révélation totale, comme celle que suppose la première hypothèse ; néanmoins, il nous faut bien le reconnaître, cette illumination a appartient encore au genre de la révélation » (7).
Induoncedu rayon insj)iraleiir dans la
16. — Enfin, s'agissait-il seulement de réunir des concepts 3° hypothèse. préexistants, de les coordonner entre eux, — telle est la troi-
(1) Cf. Saint Thomas, .'îa 2"c, quacst. i63, art. 2, ad 2"™.
(2) Ep/ies., V, i3.
(3| De veriL, (|UJKst. 19., art. 7.
(/',) Oii'on ne dise tlonc pas que nous confondons l'inspiration avec la révélation. Pour être concomitanls l'un à l'autre en (juciques cas très rares, les deux actes n'en doivent pas moins être distinf^'ués toujours. Voir ce (fue nous avons écrit lù-dessus dans L'Inspiration, pp. 39-40, 57-63.
(.')) Il importe de rai>peler ici u quod species inielligibiles in intellectu possihili rémanent posl actualem ronsideralionrin (ellos y forment Vhabitus scicntia'),et quod luec vis qua mens noslra retinere potcst species inlellic^ihiles jmst aclualem considerationem, memoria (intellecliva) dicitur ». Cf. De veiitale, qu.est. 10. art. >.. — Ce sont ces species i7itelli(jibiles conservées dans les trésors de rintellij;;cnce, (jui revivent à la clarté du lumen i7ispiralivum.
((>) Le rôle du la lumière inspiratrice fut le même, — proportion i^^ardée, — dans la mémoire sensitive de l'écrivain, lorscpi'elle y réveillait le souvenir des choses sensihles, passées ou ahseutcs. La ire sensitive, en etl'el, a pour objet formel rdlio pneleriti (Cf. 1 p., (juirst. 78, art. 4). U
ne sera doru'. pas nécessaire de revenir sur ce point-là ])lus tard. (7) Cf. Lat,'rani::e, Vlnspiralion des livres saints, dans la Uenic bibli<i
lie. p. i!07, année iSyO.
L'INSPIRATION DANS L'INTELLIGENCh:
sièmc hypothèse, le rayon ilhiminaleur dut s'arrêter sur ceux que Dieu voulait faire siens, les désigner en quelque sorte à l'attention actuelle^ et au choix de l'écrivain inspiré : ut ea omnia eaque sola quœ ipsejuberet... recte mente conciperent (auctores sacri) (i). Ce n'était là ni une révélation, ni une sug-geslion; c'était une simple manifestation ou illumination. Comme l'enseigne saint Thomas, les connaissances naturelles, les souvenirs personnels de l'auteur sacré, se trouvèrent placés dans une clarté d'un ordre supérieur, sous le rayonnement de la lumière même de Dieu : « Ea quœ... possunt naturali ratione ab homine cognosci... altiori modo manifestantur per illus^ trationem divini luminis » (2).
I n 11 u e n c e du deuxième rayon de la lumière inspiratrice sur l'inleliiarence.
Corrollaires.
17. — Il ne suffisait pas que les concepts fussent illuminés dans l'intellect; il fallait de plus que la faculté fût à son tour, et en même temps, pénétrée parla lumière inspiratrice :« Visus ipse (idem valet de intellectu) confortatur ad videndum ex luminis natura^ » dit saint Thomas (3).
Donc, sous l'influence de cette lumière d'en haut qui la pénétra, la fortifia, l'éclaira, l'intelligence de l'écrivain put émettre et consommer son acte d'intuition, de jugement, partant de connaissance ; c'est le judiçium de acceptis dont parle le docteur Angélique (4). Ainsi aidée par l'Esprit-Saint dans son travail intime, la puissance perçut mieux la vérité en ellemême; elle saisit plus clairement les attaches de cette vérité avec d'autres, et son opportunité à figurer au milieu d'elles, dans le récit ou dans le contexte bibliques; elle les combina toutes, les réunit, les groupa, comme Dieu le voulait et l'entendait : « Ut ea omnia eaque sola qviae ipse juberet, et recte mente conciperent, et apte infallibili veritate exprimèrent » (5). La composition fut vraiment tout entière l'œuvre de Dieu, et tout entière l'œuvre de l'homme; l'œuvre de Dieu, auteur yormcipal; l'œuvre de l'homme, auteur secondaire : « Effectus totus attribuitur instrumento, et principali agenti etiam totus...; sed totus ab utroque secundum alium modum » (6). C'esî. Dieu qui a pensé, jugé, enseigné avec Qi par l'auteur inspiré, instrument vivant, actif, raisonnable. Aussi la parole que
(i) Encyc. cit., p. 40.
(2) 2» 203, quœst. 71, art. 3, ad 2^01, — Voir à ce sujet les intéressantes remarques de Du Plessis d'Argentré dans ses Eleynenta iheoLogica, p. 87.
(3) De verit., quœst. 9, art. i.
(4) De verit., quœst. 12, art. 7,
(5) Encyc. cit., p. 4o.
(G) Cont. Génies, lib. III, cap.. 70,
I^a luniiùrc inspiratrice dans Y imagination.
celui-ci laissait tomber de sa plume n'était-ellc pins la sienne, mais celle de I^ieu.
18. — Ajoutons que la lumière inspiratrice rayonna de l'intellect sur l'imagination.
Cette dernière faculté, en effet, prête toujours à la première un concours indispensable, soit en fournissant la matière éloignée de ses concepts, soit en aidant son ressouvenir (i). Or, l'Esprit-Saint, dans l'inspiration, ne contraria aucune des lois de Tentendement humain; il les respecta toutes, et sut admirablement s'y conformer. Voilà pourquoi l'imagination de l'auteur sacré ne dut point — selon nous — échapper aux influences \" cdei do cctto Je la lumière divine, qui, des sommets de l'intelligence, des-
liunièr^ sur lima- *- -n • /• *
gi'"'tion. cendit d'un trait jusqu'à elle, la pénétra, illumina ses fantômes
■ {phantasmata), dirigea son activité. Ainsi les deux puissances, — imagination et intellect, — s'unirent sous le rayonnement de l'inspiration dans un harmonieux et commun effort, et purent simultanément l'une et l'autre, — chacune dans sa mesure et à sa manière, — consommer, aux clartés de la lumière divine, le travail intellectuel que Dieu demandait à l'auteur sacré (2).
2<=ciïei de la lu- 19. — Du rcstc, la lumièrc inspiratrice ne brilla pas dans
niière inspirât, sur . • i '
r.maginaiion. l'imaginatiou pour l'aider seulement à concourir, en le prépa-
rant, au travail intime de l'intelligence ; son influence s'étendit plus loin encore. N'oublions pas qu'il s'agit d'une inspiration donnée à V écrivain pour écrire — motio ad scriùendum, comme s'exprime l'Ecole. Par conséquent, le lole de cette inspiration ne pouvait se terminer exclusivement à l'élaboration des pensées, des jugements, qui s'opère et s'achève dans le sanctuaire de l'esprit. Après tout, l'Ecriture ne contient pas que despe?isées; elle renferme le verôum Dei scriptum. Donc, les pensées y sont traduites sous une forme littéraire qui les rend saisissables, presque tangibles; elles ont un corps, un
(i) C'est l'enscif^iicment desaint Thomas :« Nulla poteatlapolcsl. aliquid co;j;noscere nonconverlendo so ad objcctiim propriiirn, ut vistis niliil co^noscit nisi coQverlcndo se ad colorom. Uiide cuin pliantasinata se liaheaiit. Iioc modo ad intellecfum possibilem, sicul sensibilia ad sensum...quantumcumquc ali(iiiain speciem inlollimnbileiii apud se liabcat. mincitiain tamen acfu alifjuid considérai secundïim iliinn speciem, nhi conoertendu se ad phanlasmala. Et idco sicul iutellectus noster. — secundum slaluui viui, — indi^el pliau(asuialil)us ad actu cousideraadum, anletiuam accipial habituai, ita el j)Ost(/ua>n acce.peril. {De veril., (pucst. lo, art. 2, ad 7"'». — Cf. Summ. theoL, i p., qua-st. S/», art. 0, 7; quoîst. 8j, art. 1).
(a) Nous supposons, — ce (pii arriva presque toujours (voir plus haut p. ■>/|),— (pie IVcrivain rédigea des choses. — cvéncnieuls. doctrines, etc., — dt'-jà coiinuesde hii, soitpar une révélation préalable du ciel, soil naturellement. L'inleliii;ence n'eut donc cpi'à reporter son atlention actuelle sur ces iiiees ou concepts préexistants : ad aclii considcranduni.. . poslt/iuini uccepcril ; ce qu'elle tit cunvertendo se ad phanlasmala {iJe veril. ^ loc. cit.), el cum adjulorio dicini luminis (n'» 2*«, q. 17/4, art. a. ad 3»»"»).