LKS ÉDITIONS D'ÉRASME ET DE R. ESTIENNE
arbitrairement, les manuscrits qu'il employait ; ce qui lui valut les reproches de beaucoup de catholiques. Il avoue aussi que sa première édition est très imparfaite (i) ; de fait, on a constaté qu'elle fourmille de fautes orthographiques et typographiques. La seconde édition et la troisième sont meilleures (2). Dans les deux dernières, Érasme sut mettre à contribution les variantes de la polyglotte d'Alcala (3). ""'• Quoi qu'il en soit, c'est le texte d'Érasme surtout qui fait
le fond des éditions subséquentes de Robert Estienne, de Bèze, et des Elzévirs (4).
'^'^ litnne.'' ''• H- " ^o^ert Esticnnc (i5o3-i559) fit paraître quatre éditions successives du Nouveau Testament : i546, 1649, i55o, i55i (5).
La plus importante des quatre est la troisième,celle de ï55o. L'éditeur y a placé, en tête de chaque Evangile, un abrégé de la vie de Fauteur sacré, et des prolégomènes de Théophylacte. On trouve aussi, en tête des Actes, un court récit des voyages de saint Paul. Avant les Epîtres sont les 'TTroGéasiç, et au frontispice de chaque livre les 'ExOé^siç twv y.zodXdm des anciens. A la marge extérieure, R. Estienne signala les lieux parallèles, et à la marge intérieure les variantes.
Quant à la quatrième édition (i55j), deux particularités la distinguent des précédentes ; d'abord, elle présente en regard du texte une double version latine, celle d'Érasme et la Vulgate; de plus, la division en versets chiffrés s'y rencontre pour la première fois (6).
Sources des éditions stépbaaiques.
12. — Les sources que Robert Estienne utilisa pour ses deux éditions de i546 et de 1649, furent le texte d'Érasme (5^éd. de i535), et le texte d'Alcala, celui-ci corrigeant l'autre. Mais dans son édition de i55o, R. Estienne revint presque entière-
(1) «Praecipilatum vcrliis quam editum, » dit-il. Cf., Episf.,v,26', xii, 19. — De fait, Frobcn fit pari de ses dcsirs à Érasme le 17 avril i5i5; les détails de l'impression n'étaient pas encore réglés au mois de septembre de cette même année, et déjà, en février i5iG, l'œuvre entière était finie.
(2) Cf. Guntner, op. cit., p. 101.
{?,) Cf. Danko, op. cit , pp. 126-127.
(4) Entre la 4« et la 5<= édition d'Erasme, Simon de Golines, libraire à Paris et beau-père de Robert Estienne (non pas son prendre, comme le pense à tort Trochon, Introd. cit., t. I, p. 34G), publia (i534) une édition très soignée du N. T. grec; il la basa sur la S" édition érasmienne, revisée d'a})rcs la Bible d'Alcala.
(5) Les deux premières (i54G, i549) sont connues sous le nom de 0 mirificmn, — premiers mots de la préface, et la troisième est appelée Ediiio regia. — Sur Robert Estienne et sa famille, voir Bernus, dans V Encyclopédie de Lichtenberg-er, t. IV. pp. 558-667.
(6) On sait que cette division est plus ou moins arbitraire. Henri Estienne raconte que son père l'aurait faite à clicval, pendant un voyage de Paris à Lyon. Cf. Sabatier, Encyclopédie de Lichtenbcrger, t. XII, p. 52.
Valeur des éditions (le 11. Estienne.
ment au texte d'Érasme (5« éd.), et délaissa celui de Ximénès, dont il ne conserva plus que Gg leçons. Toutefois pour cette troisième édition, ainsi que pour la quatrième (i55i), il collationna une quinzaine de manuscrits de la bibliothèque royale de Paris, et notamment le Cyprins (K).
13. — Au point de vue critique^ les éditions de Robert Estienne, même les deux dernières, ne marquent pas un progrès très considérable sur celles d'Érasme, dont elles dépendent beaucoup trop. L'emploi que le célèbre éditeur fit des mss. ne fut pas très heureux; les principes d'une saine critique lui manquaient. — Mais au point de vue typographique le texte grec sorti de ses mains se distingue par une correction et une élégance, qu'on ne connaissait point encore jusque-là.
Lcséditionsde Bèze.
Leurs sources.
14. — Théodore de Bèze (i5i9-i6o5) publia deux éditions — réimprimées plusieurs fois chacune, avec quelques variantes (i) — du Nouveau Testament grec, la i'"^ en i565, et la 1^ en i582. Elles jouirent, — la seconde surtout, — d'un très grand crédit.
Les deux éditions de Bèze sont basées sur VEditio regia (éd. de i55o) de Robert Estienne. — Pour la première (celle de 1 565), il se servit d'un exemplaire des Estiennes,où se trouvait un recueil de leçons choisies dans une quinzaine de mss. nouveaux. — Pour la seconde (celle de i582), il utilisa encore deux autres mss., le Cantabrigiensis donné par lui à l'Université de Cambridge, et le Claroynontaiius que possède la bibliothèque nationale de Paris. Il consulta en outre quelques Pères grecs, et les versions sjTiaque et arabe.
Valeur des éditions de Bèze.
15. — Au point de vue critique^ les efforts de Bèze pour améliorer l'original du Nouveau Testament ne furent pas absolument heureux. « Sa méthode a quelque chose d'un peu vacillant, et on ne voit pas d'après quelles règles sûres il procède » (2). D'ailleurs, son texte accueilh par ses contemporains et coreligionnaires avec un enthousiasme exagéré n'est, au fond, que celui de Robert Estienne (3* éd.) et d'Erasme (5*'éd.), légèrement et arbitrairement modifié.
(i) Ivlles 1(^ fiironl on divers lieux cl par différents imprimeurs. De là vient que beaucoup comptent un plus i;iaii(l noinhrc d'éditions île Bèze, mais toutes se ramènent aux deux que nous sisfnalons. (:<) Bernus, arL. cit., p. 270.
LEÇOxN SEPTIÈME Les éditions du Nouveau Testament grec depuis 1633 jusqu'à nos jours.
Les origines du « Textus receptus ». — Sources et valeur de ce texte. — Travaux critiques sur le N. T. depuis i633 jusqu'à Beng-el, — Editions de Bençel, Wetstein, Griesbach. — La critique de Laçhrnann. — Les travaux de Tischendorf.— Le N. T. de Westcott et Hort. — Résultats de la critique textuelle du N. T. — Autorité du texte grec actuel du N. T.
,„.,,,, 1. — Nous étudions ici les deux dernières périodes de This-
Objet de la le^'on. r
toire du texte grec du Nouveau Testament, — la période du Textus receptus^ et la période du texte critique moderne.
Origine du Textus receptus.
2. — En i633 commence la période dite du Textus receptus. Cette année-là les Elzévirs, imprimeurs très habiles, et industriels fort entendus (i), publièrent à Leyde, pour la seconde fois, le texte grec du Nouveau Testament de Bèze (2) (éd. de i565 et de i582), « revu d'après les meilleures éditions existantes ».
Dans la préface, ils allèrent jusqu'à donner ce texte comme le (( Textum nuri&ab omnibus receptum, in quo nihil immutatiim aut corruptum,)) . — Cette réclame de librairie réussit à merveille. Le texte elzévirien de i633 fut si considéré qu'on se contenta de le réimprimer partout sans oser y rien changer. Les catholiques eux-mêmes l'adoptèrent, et n'en eurent guère d'autres.
Sources du Textus receptus.
Valeur de ce Texte reçu.
3. — Or, ce prétendu « Texte reçu » n'est, à bien prendre, qu'une réimpression de la 3® édition de Robert Estienne, corrigée d'après les éditions de Bèze (3); conséquemment, sa source première est la 5^ édition d'Erasme {L\).
4. — Il s'ensuit que ce Textus receptus n'a qu'une valeur très restreinte, et seulement proportionnée à l'autorité plus
(i) Sur les Elzévirs, voir Bernus, Encyclop. cit., t. IV, pp. 4o6-4o8.
(?) Ils en avaient déjà fait en 1624 une première édition, qui obtint beaucoup de succès.
(3) De fait, l'édition elzévirienne ne se sépare (Je la troisième édition (i55o; de Robert Estienne, que pour reproduire soit dans le texte même, soit à la marge,sous forme de variantes, les le(^oiis de Théodore de Bèze.
(4) Voir plus haut, pp. 274-275, la critique que nous en avons faite.
LEÇONS D'IiNTRODUCTlON GENERALE
ou moins grande des sources qu'il reproduit (i). Depuis lon;Çtemps les protestants eux-mêmes le tiennent peu en estime. « Cette invention d'un « Texte reçu w, dit Bernus (2), fut malheureuse. On a trop souvent opposé cette formule magique aux travaux critiques, tendant à constituer un texte plus exact du Nouveau Testament à l'aide des manuscrits. Les partisans du (( Texte reçu » ne se doutent certainement pas, qu'ils sont simplement enrôlés sous l'étendard mercantile des trop habiles imprimeurs de Hollande ».
Le Textus recfp- ///senvisfif^é au point de vue catholique.
5. — Au point de vue catholique, nous devons regretter la prépondérance usurpée dont le Textus recepfus a joui, dans lÉglise, au détriment du texte certainement meilleur, en général, de la polyglotte d'Alcala; car ce a Texte reçu » nous vient directement de Bèze, l'ami de Calvin, — par Bèze de Robert Estienne, qui se convertit à Genève au protestantisme (3), — et par Robert Estienne d'Erasme, dont chacun connaît les témérités et les opinions équivoques (4).
Travaux des crilir|ues sur le texte grec, de 1033 à
l'rincipales collections de variantes.
6. — Depuis l'intronisation du Textus receptus par les Elzévirs (i()33), jusqu'au JSovum Testamentum (jraecum de Bengel (1734), les travaux des savants se bornèrent presque exclusivement à des collections de variantes, — inscrites par eux à la fin des exemplaires.
Les plus nombreuses furent réunies par Etienne de Gourcelles (5), Walton (6), Jean Fell, évêque d'Oxford (7), et surtout par Mill (1645-1707), professeur à Oxford. Ce docte critique collationna plus de 120 mss., et recueillit plus de 3o.ooo variantes. Dans son édition (1707) du Nouveau Testament grec (reproduite de la 3^ éd. de Robert Estienne), il plaça au haut de la page le texte original; au centre, les variantes, sur deux colonnes, avec des notes ; au bas, il ajouta des remarques sur l'état du texte sacré à travers les âges. Le tout est précédé de savants prolégomènes.
(i) Tischciulorf, Nn\). Test , éd. 7, p. lxxxiv.
(2) Encyclopédie de Lichteiiberi^er, t. IV, p. 4o8.
(3) Cf. IJermis, ICnci/rloprflie dcL\ch\cnherixer, i. IV, pp. 503-564-
(4) De nos jours, un ériidil cjitholique, M. Martin, a trop chaudeintMit défemlii le Textus rcceplus dans sou Introduction, à la critii/ue textuelle du N. T., t. l.
(5) Protestant arminien (i5S('»-i()5cj) . Son odilion i""" est datée de iG58. (G) Haas le sixiènic voUinie delà polyglotte de Londres. 1057-1009.
(7) Sur Jean Fell cl ses travau.x, voir Holmes dans la l\ittu'ii C'jclopu'ilia. I. I(. pp. 10-11.
ÉDITIONS DE BENGEL, GIIIESBACH, LAGHMANN, ETC.