ORIGIINES ET DATE DE LA VERSION DES LXX
lis se réunissaient pour fixer ensemble la rédaction définitive, et il se trouva, à chaque fois, que tous avaient exactement traduit, ctde la môme manière (i). Soixante-douze jours suffirent à ce travail, dont la perfection excita l'entliousiasme universel; on crut et Ton proclama que la version était l'œuvre du Saint-Esprit (2).
Le récit <i Aristée 5. — De cc récit lég-cndairc (3) et apocryphe (L), nous ne
et la critique ino- ^ ^ -^ r Jl V+z'
^^••"«- pouvons guère retenir que ce qui concerne l'époque et le lieu
où la version des LXX fut composée. La critique abandonne à peu près tout le reste; elle préfère étudier la version en ellemême pour se renseigner avec plus de certitude sur ses véritables origines.
Voici les conclusions principales auxquelles on s'arrête présentement.
1" assertion
6. - — La version des LXX fut entreprise dans la première MOITIÉ DU m® SIÈCLE AVANT JÉSUS-ChRIST, A ALEXANDRIE.
^''^''(iîs Lxx!"'''" ^' — La date que nous fixons, — première moitié du iii« siècle, — est admise communément et paraît certaine. Aristobule, en effet, juif alexandrin, qui vivait à une époque assez rapprochée de l'événement (5), attribue l'initiative de la traduction du P ent ate uç u e k Déméirius de Phalère (6). Sur ce point, d'ailleurs, le pseudo-Aristée, Philon, saint Justin, et toute la tradition sont d'accord avec lui. Il n'y a donc aucune bonne raison de mettre en doute son affirmation. Or, Démétrius de Phalère, athénien exilé en Egypte, vivait sous Ptolémée Lagus (mort en 285), et au commencement du règne de son successeur, Ptolémée Philadelphe {285-247) (7). Ce serait donc dans les premières années de ce prince, — sinon même
(i) Détail fourni par Philon et saint Justin.
(2) Opinion de Philon et d'un certain nombre de Pères, — saint Justin, saint Irénée, Clément d'Alexandrie, s&int Augustin. Voir plus bas, p. 3r2, note i.
(3) Saint Jérôme le premier a dénonce le caractère légendaire du récit d'Aristée. Cf. Apoloqia adf. Rufin., lib. n, n. 26. — Hody, dans son savant ouvrage Be Blblior.texlibus orig.,3L relevé les nocibreuses erreurs et invraisemblances (iont fourmille la lettre du Juif alexandrin. Cf. pp. 86-89. — Voir aussi Rich. Simon, op. cit., pp. 187-igo; Nôldeke, Histoire littér. de l'Ane. Test., pp. 163-169, trad. Soury, etc.
(4) Ou admet communément, aujourd'hui, que la « lettre d'Aristée à Philocrate » est l'œuvre d'un Juif pieux qui voulut glorifier sa nation aux yeux des Hellènes, et donner de l'autorité à la version grecque de l'Ancien Testament. Il prit le nom d'Aristée, qui fut celui de l'auteur d'un livre sur les Juifs, que mentionne Alexandre Polyhistor. Cf. EuSèbe, Praepnr. €vcmg.,ix, 25; Rich. Simon, op. cit., p. 187; Ellies Dupin, Dissert, prélim., 1, 6, g 3, pp. 176-178.
(Tj) V'oir plus haut p. 286, note.
(0) Cf. Clément d'Alexandrie, Strom., lib. 1, cap. 22; Eusèbe, Praep. ev., ix^ 6; xiii, 12. (7) On croit que Démétrius fut disgracié quelques années avant l'avènenicnt de Ptolémée Philadelphe, Cf. Diogène Lacrce, v, 78. Voir Hody, 02^. cit., pp. 8-9, 16-18.
plus tôt, vers la fin du règne précédent (i), — que la célèbre version aurait été entreprise.
Lieu où celle version fut
8. — Elle fut faite à Alexandrie, car i) la tradition l'afconiposée. firme d'une commune voix, — et 2) les particularités de style que présente la traduction, même pour la partie du Peniateuque (2), nous autorisent à le penser.
2« assertion;
9. — Les auteurs de la version, dite des LXX, se proposèrent VRAISEMBLABLEMENT DE SATISFAIRE AUX BESOINS RELI- GIEUX DES Juifs hellénistes, — en particulier des Juifs d'Egypte.
^"^ desLxx^'^'^" 10. — Assurément, il n*est point impossible que Ptolémée Lagus et son successeur aient voulu, sur les conseils de Démétrius de Phalère, connaître et faire traduire pour eux les livres renfermant la législation de Moïse (3) ; il n'est point impossible non plus que ces princes aient désiré, par ce témoignage d'estime rendu à la Bible, s'attacher davantage leurs sujets israélites (4) ; mais ces motifs n'étaient qu'accessoires. Les Juifs de la colonie alexandrine,sans rien perdre de leur fidélité à la religion de leurs pères, avaient peu à peu désappris leur langue nationale. Aussi, quand la lecture de la Loi se faisait en hébreu dans les synagogues, une interprétation orale en grec leur était devenue nécessaire. On dut fixer cette interprétation par écrit d'abord, après l'avoir sans doute revisée et perfectionnée.
Mais, à cette époque, il se trouva que les Ptolémées enrichissaient de tous les trésors qu'ils pouvaient trouver, leur grande bibliothèque située près du célèbre Mouaeiov d'Alexandrie, et quel que fût le dédain habituel des Grecs pour les littératures étrangères, une académie comme le Mojœslov ne pouvait guère échapper àtoute influence des idées orientales sur Thellénisme. La Loi des Hébreux avait donc naturellement là sa place (5). Telles furent les circonstances historiques qui donnèrent naissance à la version des LXX.
(5) 11 se peul que la version commencée sous Ptolémée La^j^us fut aciicvcc sous Ptolémée Philadelphe, ou l'année même pendant laquelle celui-ci lui associé avec son père au gouvernement du i-oyaume (cf. Valkenacr, op. 'il., p. 57). (iClte liypolhésc (jui n'a rien diiivrniseinblablc (cf. Eusébe, W/i7.c/-»\, vu, r>2), concilie très bien les opinions ditt'érentes des Pères et des critiques à cet égard (cf. Fabricy, lies litres prim. de la révrlal ., t. 1, pp. 217-2 iS, note). — Voir Wogué, op. rit., pp. iJS-i.'Jp.
(î>) Cf. Jlodv.op. rit., pp. ii.ViK).
(3) Cf. Klien, Var. /lislor., m, 17; Plutaniue, Apop/it., 8.
(/() Cf. Liii^lilCool, ()}>p., l. H, 1». O.'iX; l)anl<o. Connu, des. Srript., p. 1 Oo.
(5) CA'. Egi;cr. La liihle c/e.vL.VA'.dans le Journal des auuuitl s, \H'](), p. ir)2.
QUAND FUT COMMENCÉi: ET ACriEVÈE LA VERSION DES LXX 289
Conannaiur. ^^ — Dès lors, 011 s'oxpliquc sans peine les détails roma-
nesques de la narration d'Aristée. Si le Juif alexandrin insiste tant sur l'intervention du roi et de Démétrius, n'était-ce pas pour rehausser le prestig-e de Moïse et de sa Loi aux yeux des Gentils ? S'il s'étend avec une telle complaisance sur l'intervention du grand-pretre de Jérusalem, sur le nombre et le caractère des traducteurs, n'était-ce point encore pour justifier aux yeux des fds d'Israël l'usai^e officiel de la version, en lui faisant délivrer indirectement par Eléazar un certificat d'authenticité, et en la présentant comme l'œuvre d'hommes spécialement assistés de l'Esprit de Dieu (i)?
3° assertion: jt r^ r^ > ^ f
Quand et par qui 1Z. L.OMMENGEE DANS LA PREMIERE MOITIE DU III^ SIECLE
l£( version des LXX „ -^r^r
fut continuée. POUR LA PARTIE DU FeNTATEUQUE, LA VERSION DES LXX FUT