CRITIQUE ADOPTÉE PAR ORIGÈNE DANS LES HEXAPLES
saréc de Palestine vers l'an ^49 (i). L'unique exemplaire des Hexaples sorti de la plume d'Origcne fut conservé, dans cette dernière ville, jusqu'au vi^ siècle. A cette époque, ou très peu après, il périt, croit-on, dans les flammes (2).
Les Lxx dans les 7. — G'cst la colouue dcs LXX qui présentement nous intéue.vapcg. pcssc davantage dans les Hexaples. Orig-ène, d'ailleurs, soigna
tout particulièrement le texte de cette version. Il ne se contenta pas de le reproduire avec fidélité, il le retoucha et en fit une recension, qu'il apostiila de signes critiques et de notes marginales.
En quoi consista S. — Pour prendre une idée exacte de ce travail, il importe
la critique d Orige- ^ ^ ^ ^
ne sur le texte des (Je sc rappclcr Ic poiut dc vuc OÙ sc plaça Origène en Tentreprenant. Son but très précis était d'établir l'état respectif des deux Bibles hébraïque et grecque, afin que, dans la controverse avec les Juifs, les Chrétiens de son temps pussent, d'un regard jeté sur le texte sacré, trouver un terrain solide de discussion (3). Comparant donc les LXX avec l'original, il découvrit que la version renfermait tantôt des lacunes, et tantôt des superfluités; il fallait dès lors supprimer celles-ci et suppléer celles-là. Origène toutefois ne voulut point bouleverser le texte des LXX; il se contenta de prévenir le lecteur. Dans ce but, il marqua par des signes les suppressions, les additions, et autres modifications à faire.
Signes critiques 9. — Lcs sigucs qu'cmploja Origèuc, étaient au nombre de gène dS les'iwl ciuq : Voôèle (h-), V astérisque (><•), le lemnisque {■-^),YhypO' ^^^' lemnisque ( "), et le metobèle (:, •/•> /•)•
Vobèle indiquait les mots, phrases, ou membres de phrases qui, ne se trouvant point dans l'hébreu, étaient à retrancher de la versipn comme superflus : h^zkàc, « superflua quœque jugulât et confodit », dit saint Jérôme (4).
Y! astérisque marquait les mots, ou membres de phrases à ajouter au texte de la traduction : àax£pia7,oç « illucescere facil
(i) D'autres disent à Tyr, où Origène mourut vers 264. Sur l'époque de la composition des Hexaples, voir Méchineau, loc . cit.^ pp. 2i5-'220.
L'antiquité mentionne aussi les Télro.ples d'Origène. Ce recueil distinct, à ce qu'il senible, des Hexaples, n'avait que quatre colonnes renfermant les versions d'A([uila,de Symmaque, des LXX et de Théodotion. Les Tetraples étaient-ils un premier essai de critique tenté par Origène, ou au contraire un extrait, un abrégé des Hexaples? Nous ne saurions le décider. Voir B. de Montfaucon [op. cit., cap. I, § 3), qui défend la première hypothèse, et Field {Origenis Uejtaplor. quae supers., Prolegomena, p. xu;, qui réfute les arguments du savant bénédictin.
(2) Cf. Méchineau, Éludes, mars 1892, p. 425. — L'antiquité nous en a conservé des fragments, qu'ont recueillis et édités au xvni« siècle le bénédictin B. de Montfaucon, et de nos jours (1867-1874) le D' Frid. Field d'Oxford. Cf. Méchineau, loc. cit., pp. 43o-432.
(3) Cf. Origène, Ad A/rican., n. 17. — Voir Méchineau, loc. cit., pp 20G-213. (4j Praef. in Pentat.
quf« minus an te fucrant» (i). Ces additions étaient empruntées par Orig^ènc aux autres versions grecques, et plus ordinairement à celle de Théodotion (2).
Quant au lemnisque et à V hypolemnisrjue^ ils indiquaient probablement, observe Fabricj (3), — d'après saint Épiphane, — les différences de la version alexandrine et de Toriginal (contresens et extrasens). On n'est point fixé absolument sur la signification de ces derniers signes conventionnels (4).
Enfin, le métobèle marquait la fin des suppressions et des additions. Par tout cela, Origène rendait évidents les rapports de la version des LXX avec le texte primitif.
Piou"*des ^\.\\^^c. ^^* — Pc>ur compléter encore ce travail de recension, le docte comph par Origène. Alcxaudriu crut devoir faire, çà et là, i) des interversions de mots ; — 2) des transpositions de phrases, voire même de morceaux entiers, comme dans Jérémie, chap. xxv (5) ; — 3) des corrections soit dans l'orthographe, surtout dans l'orthographe des noms de personnes, soit dans la traduction qui lui paraissait moins heureuse cj^ certains mots; — enfin, 4) il enrichit les Hexaples de notes marginales, où étaient expliqués notamment les noms propres hébreux.
Apprc'oialinn des Hexaples dOrigène
11.»- Les Hexaples furent pour le temps et demeurent encore un chef-d'œuvre d'érudition sagace et patiente (6). La recension des LXX en formait la partie la plus importante et la plus soignée: « Pro virili fecimus, déclare Origène, collatis magna cura inter se editionibus, et obscrvatis earum differentiis, ita tamen ut aliquando plus laboris impenderimiis LXX interpretationi » (7). Est-ce à dire pourtant que nous ayons dans la recension hexaplaire une édition parfaite, absolument critique et correcte des LXX? Non. Origène voulut simplement Aa/v/zoniser le texte de la traduction alexandrine avec le texte hébreu qu'il connaissait.
Critique dcuicxa- Saiut Jérômc lui reproche d'avoir eu l'audace d'introduire
j)les d'Origene par v
dans la version grecque les leçons et variantes de Théodotion,
saint Jérùiue.
(i) Saint Jérôme, xh\d .
{">.] L'astcris([ue était précédé de l'initiale du nom du traducteur à qui Origène faisait l'emprunt.
(3) Op. cit., t. II, p. iG, note.
(4) Voir Hody, op. cit.,\). Go5; Fie\d,. op. cit., pp. lviu-lix ; Méchinoau, loc. cit., p. 228.
(5) VA'. Trochon, Comm. aiir Jérémie, préface, § iv; Knabenbauer, In Jerem., pp. (3-i4 . — L'ordre suivi parles LXX était celui du maïuiscrit hébreu dont ils se servirent. Cf. Loisy, llist. du te.rte hébreu, pp. 1 16-124; Streane, The double Texl of Jercmiah {massorelic and a/rxandrian)compared iogelher. •
(H) L'anti(iuitc n'a que des élot^es j)Our ce colossal lra\ail d'()rii;ène. Voir Ilodv, op. clt.^ pp. 3oi- 3o3.
(7) Ad African., 5. — Loisy 'o>). cit., pp.4o-4i) montre par des exemples jusqu'à quel point Origène poussa la comparaison des deux textes hébreu el grec.
NOUVKLLES RECENSIONS POST-IIEXAPLAIIIES DES LXX 299
SOUS prétexte de combler les lacunes que les LXX présentaient par rapport au texte de la synagog-uc (i).r)e fait ce procédé, en dépit des signes critiques employés par Origène, devait amener de graves inconvénients. Sans compter que la recension hexaplaire avait assez l'apparence d'une mosaïque, composée de pièces plus ou moins heureusement agencées, il y avait à craindre que les additions au texte de la traduction ne finissent par se confondre et se mélanger avec lui. C'est ce qui arriva.
Crédit de la recension des LXX d'Origèi au is" s