UN TÉMOIN DE PREMIERE IMPORTANCE POUR LA CRITIQUE DU TEXTE HÉBREU
1) Version fidèle en 12. — La première partie de cette assertion est certaine. substance, Quicoiique, 611 cfFct, examine de près les divergences de la version alexandrine, se convainc qu'elles ne sont presque toutes que des variantes accidentelles — inévitables d'ailleurs — d'interprétation.
Quant à celles qui constituent de véritables inexactitudes ou des contresens, aucune n'atteint la foi ni les mœurs. Saint Jérôme (3) accuse bien les LXX d'avoir obscurci volontairement certains passages messianiques ou dogmatiques, mais le sévère Dalmate ajoute incontinent, comme pour pallier le mauvais effet de ce reproche : « Non damno, non reprehendo Septuaginta... Illi interpretati sunt ante adventum Christi, et quod nesciebant, dubiis protulere sententiis » (4). Si donc leur traduction de quelques passages dogmatiques est moins claire, c'est qu'ils ne comprenaient pas bien eux-mêmes les mystères qui y étaient cachés. Conséquemment, leur version demeure en substance fidèle et conforme à VorigînaL
2) traduction heureuse de l'A. T. ;
13. — Donc, au point de vue littéraire, la version des LXX est un essai heureux de traduction grecque de l'Ancien Testament*
D'abord, cette version était pour le temps une entreprise
(i) Doit-on admettre avec Bruston (cf. Encyclopédie des scienc. relig., t. XIII, p. 33i ; Trochon, Introd., t. I, p. 871 ; etc.) que les LXX ont introduit dans la Bible, par une interprétation arbitraire, des idées philosophiques étrangères, et dues à l'influence grecque? Nous ne le. croyons pas; au moins cette opinion ne paraît point démontrée. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que certains mots, plus particulièrement usités dans la langue philosophique du temps, ont peut-être été choisis de préférence par les LXX, mais de là à une influence positive et bien marquée de l'hellénisme sur la Bible grecque il y a loin. 11 n'est point invraisemblable, d'ailleurs, que des corrections insérées après coup aient modifié, ici ou là, la version alexandrine dans le sens des doctrines platoniciennes. Cf. Loisy, op. cit., pp. i46-i49.
(2) Voir plus bas, pp. 38i-382.
(3) Prspf. in Ventât.
(4) Ibid.
3i2 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
toute nouvelle, et d'ailleurs très difficile. Ne fallait-il pas plier la langue grecque aux tours hardis et concis du génie hébraïque, faire passer dans une langue païenne les doctrines monothéistes d'Israël, arracher à l'idiome harmonieux des Hellènes des accents tout nouveaux pour rendre des pensées toutes neuves? — Au surplus, les traducteurs furent souvent abandonnés à leurs seules lumières, car pour nombre de livres la tradition interprétative orale leur manquait. Ils triomphèrent néanmoins de ces obstacles. Leur version est devenue le modèle des versions faites plus tard, et la langue, partie orientale, partie grecque, qu'ils créèrent, exerça une influence puissante sur toute la littérature ecclésiastique des siècles suivants.
3) source aulhen- 14. Au pOUlt de VUn DOGMATIQUE, la traductioU dcS LXX
li^récriie • '^^''^''' est une source authentique de la révélation divine écrite.
Sans doute, nous n'admettons point qu'elle ait été inspirée (i), mais la conformité qu'elle présente dans son ensemble avec l'original hébreu nous garantit la divinité des doctrines, des prophéties, et de l'immense majorité des assertions qu'elle renferme (2). Les apôtres l'entendaient bien ainsi, car c'est cette version qu'ils ont citée souvent dans leurs écrits; c'est d'elle qu'ils se sont servis pour porter la foi dans les pays de l'ancien monde où l'on parlait grec; c'est avec elle qu'ils ont confondu l'orgueilleux aveuglement d'Israël (3). L'Eglise chrétienne a vécu de cette version pendant les cinq premiers siècles; elle en vit encore, dans l'Ojient surtout, et môme un peu en Occident, puisque notre Vulgate latine est pour quelque partie dérivée d'elle. Aussi Sixte V a-t-il cru devoir en publier une édition officielle.
k) lémoin
15. — Enfin, au point de vue exégétioue, l'œuvre des LXX f^nœ^poinMaS- cst uu témoiu dc première importance pour la critique du
que du icxtc hébreu ^^^^^ hébrCU,
Cette version est, en effet, comme le remarque Delitzsch, « le miroir le plus ancien où le texte même du premier Testament s'est réfléchi. Elle est donc la clé qui nous ouvre silre-
(i) Philon et, après lui. plusieurs Prres de l'Église qui avaient accepte de confiance la tradition juive (siiiut'juslin, saint Iivnéc, Clément d'Alexandrie, saint Auij^ustin). ont cru (|ue la version dos LXX avait été inspirée, dette opinion ne re]iosc sur aucune preuve solide. Dei)uis' loni^'cmps on l'a abandonnée, et elle ne mérite pas (pi'on s'arrête à la réfuter. Cf. Corncly, op. cU., pp. 3GS-373.
{2) Nous exceptons évidcmuient les additions faites par les LXX au texte orii;inal. Je sais tiuc les Pères leur reconnaissent parfois une valeur doi;inali<pic ; mais ces additions n'ac»piièrcnt point de ce chef l'autorité d'un texte /n7>Z/V/»ç.cllcs revêtent seulement le caractère d'un texte IraditionJîel, et peuvent à ce titre faire autorité en matière de foi.
(3) Cf. ])lus haut, j). r>94-
SERVICES RENDUS PAR LA VERSION DES LXX A LA REVELATION 3i3
ment rintclligence des écrits de la première alliance... Elle est é<»alement du plus précieux secours, pour quiconque veut contrôler les interprétations de la Bible données par le Talmud, les Mldraschim, et en général l'exégèse juive » (i).
Importance (le la 16. — Ajoutous, avcc Delitzscli cncore, que la version
version des LXX '^u , ^ • i . i i7i ■ * i
point de vue de la alcxandriue c( occupe une place importante dans 1 histoire de
dilVusion des rêvé- , , ,, . ^, i, , . . |
lations divines. la revclation. L est par elle que le paganisme prit pour la première fois contact avec la révélation de l'Ancien Testament; elle est donc la première entrée de Japliet dans les tentes de Sem (2)... Grâce à elle, la religion d'Israël, appelée à devenir par le christianisme la religion du monde, a été mise sur une voie nouvelle... Dans rAncien Testament, les Septante ont été rétoile matinale qui annonce le Nouveau » (3).
(1) Dclitzsch, Die Psalmen, II, p. 424-
(2) Ci". Gen., IX, 27.
(3) Delilzsch, loc. cit.
Remarque de Jérôme.
LEÇON CINQUIÈME Les anciennes versions grecques postérieures aux Septante.
Les versions qui portent un nom d'auteur. — La version d'Aquila; notice sur ce personnage. — Date, but, caractère, crédit, valeur de sa traduction. —La version de Tiiéodotion; notice sur ce traducteur. — Caractère, crédit, valeur de son œuvre. — La version de Symmaque. — Son caractère, son crédit. — Les versions anonymes insérées dans les Enneaples.
ins7r?isTafSr?ge'! ^ " ^ans SCS Eiinéaples, Origènc inséra à côté des LXX
ne^ dans les Ennéa- g^j. autrcs vcrsioiis gTecqucs. TfoIs portciit un nom d'auteur, et trois sont anonymes.
^'iîim Eîueui-."" ^^^ ^^^^^ versions dont nous connaissons les auteurs sont celles d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion.
D'un mot saint Jérôme les a respectivement caractérisées: « Aquila et Symmachus et Theodotio... diversum pêne opus in eodem opère prodiderunt: alio nitente verbum de verbo exprimere {Afjuild) ; alio sensum potius sequi (Symmaque) ; tertio non multum a veteribus (i) discrepare » (Théadotion) (2). Ces trois versions parurent, ce semble, dans le courant du
La version dAquiia. n*^ siôclc. — Nous étudicrous d*abord la traduction d'Aquila, — la première en date, croyons-nous.
Notice sur Aquiia. 2. — Aquila était originaire de Sinope, ville du Pont, et juif prosélyte (3). Il vivait sous le règne de T^mpereur Adrien (117-138) (4). — Faut-il l'identifier avec Onkélos, l'auteur du ^^Y^\xvi\^\\.v\ç^ P entât euque i^5j?Des critiques, surtout parmi les Juifs, l'ont fait, mais cette identification reste fort douteuse (0). Ce qui est plus admissible, c'est qu'xVquila fut un disciple d'Alviba. Saint Jérôme l'affirme, et le Talnuid de Jérusalem le dit également (7). On ne peut douter au moins que le prosé-
(i) 11 s'agit ici des LXX. — C'est probablement parce qu'il se rapproche beaucoup des LXX, que Théodotion vient après eux dans la reccnsion iiexaplaire. Voir plus haut, p. 2(jO.
(2) Chronicœ Ensebii pvœfatio.
(3) Cf. Saint Irénée, Adv. haeres., lib. m, cap. 21, n. i .
(4) Ce que saint Épiphane [De pond, et mens., i4) raconte de la parenté d'Atiuila avec l'empereur romain ne mérite guère créance. 11 en va de même de ce qu'il rapporte au sujet de son apostasie.
(5) Voir plus bas, p. 38o. — Si Aquila est le môme personnage (pi'Onkelos,il a dû vivre sous Trajan dès les premières années du second siècle. Cf. Wogué, op. cit., p. iliS.
{()) Ci'. Wogué, op. cit., \^). i/j(j-ioo.
(7) Saint Jérôme, Inlsdium, vni, 11 ; Talmud de Jérusalem, traité Qiddoiischiji, chap. I";trad. Schwab, t, L\, p. :2o3.