‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 133 sur 251 · DATE ET CARACTERE DE LA VI^RSION D'AOUILA · texte numérisé non relu

DATE ET CARACTERE DE LA VI^RSION D'AOUILA

lyte Aquila n'ait suivi dans la pratique |les principes d'exég-èse minutieuse, que défendait le célèbre rabbin juif du ii^ siècle. Il était, du reste, profondément versé dans la connaissance de riiébreu : « Homo eruditissimus linguaî hebraïcœ », dit saint Jérôme (i).

Date approxinialivc de la version d'Aqiiila.

3. — Nous ne savons pas au juste en quelle année Aquila publia sa traduction. Elle était certainement répandue dans l'Eglise depuis un certain temps, lorsque saint Irénée composa (vers 175-189) ses livres Adve?^sus âœreses, — puisque Tévêque de Lyon la cite en cet ouvrage. Aussi pouvons-notis fixer approximativement la date de la version d'Aquila aux années i3o-i4o. Cette assertion est d'autant plus plausible que saint Justin, qui écrivit sous Antonin (i 37-1 61), connaissait déjà l'œuvre du Juif de Sinope. Il crut devoir blâmer un passage de cette version dans son Dlalogus cum Tryphone (2).

But poursuivi par Aquila.

Ce qui reste de son œuvre.

4. — Quant au but que poursuivit Aquila, nous le devinons sans peine. Il se proposait i) de doter la synagogue d'une traduction de l'Ancien Testament plus littérale que celle des LXX, et — 2) de substituer peu à' peu dans l'usage son interprétation à la version alexandrine, dont les Chrétiens tiraient trop souvent avantage contre les fds d'Israël.

Nous n'avons plus que des fragments de l'œuvre d'Aquila(3); ils ont été conservés par Eusèbe, saint Jérôme et quelques autres Pères.

Caractéristique de la version d' Aquila.

Son litléralisme.

5. — La version d'Aquila se distingue par un littéralisme servile, poussé quelquefois jusqu'à l'absurde, et qui « fait de cette traduction plutôt un dictionnaire des mots hébreux qu'une version » (4). Il est facile de le constater à l'aide des débris, qui ont échappé au naufrage des siècles (5).

D'abord, le disciple d'Akiba ne s'est pas contenté de n'adopter strictement que le Canon palestinien des Ecritures; il a voulu reproduire jusqu'aux idiotismes de l'hébreu. Ainsi, il néglige

(i) In Is., XLix, 5, 6.

(2) Dialog . cum Trr/ph., n. 71. Comp. saint Irénée, loc. cit.

(3) Aquila fit-il deux versions grecques de TAncien Testament, ou une seulement? L'antiquité ecclésiastique s'est rani^-ée à la première hypothèse; les modernes en g-énéral se di^cident pour la seconde. Nous pensons avec Fieid {Hexapla, 1, p. xxv) qu'Aquila ne composa qu'une seule traduction, mais qu'il la revisa plus tard, et la corrigea pour la rendre plus conforme encore à l'hébreu. N'est-ce j)as ce que veut dire saint Jérôme, quand il parle de la « secunda ed'Uio Aquilss » — quam Hebraei jcarà àjcpîSîiav nominant ? Cf. In Ezecliiel., III, i5.

(4) Richard Simon, Hist. crit. du V. T., p. 235.

(5) Voir Fleld, ojj. ciù.^ I, pp. xxi-xxiu.

3i6 LEÇONS D'IMi\0DUCT10N GÉNÉRALE

les règ^les grecques sur l'accord pour traduire plus mot à mot Torig-inal, comme dans Gen.^ v, (> : « Adam vécut èwa/icria liz^ 7.ai Tpir/.ov-a etoç (au lieu de l-:r^). Il conserve même les mots hébreux sous une forme hellénisée; ex : ai; (Job^ iv, ii; xli, II) de "c^^S lion; a-j^vwv {Deut., xr, 3o) de ]1Sn% chêne; [}.Ci\i.oq {T^ev,, XXI, i6, 17) de D^)2, tache, souillure. 11 décalque eiitin les tournures hébraïques, comme ib^S tw Xi-^zi^.

Ce servib'sme littéral est poussé jusqu'au ridicule. Ainsi,

Aquila crut devoir traduire par la préposition g-rccque gjv,

construite avec l'accusatif, la particule ns, qui marque l'accu-

• satif en hébreu. Ex. : s/,t'.c7£v c Geo; cjv tcv cupavov 7.a\ gùv TYiVYîjv

{Ge?i., 1,1).

Crédit de la ver- 6- — Les Juifs accueillireut la version de leur prosélyte

sion d'Aquila dans ,. , . "i i fc y » •> . . i

la synagogue et dans avcc tavcur ct eiitliousiasme ; ils la prelererent a toutes les ''°'^^' autres (i). La plupart des Pères de TÉg-lise (2) l'estimèrent

aussi beaucoup pour son exactitude littérale. Saint Jérôme la consultait souvent, ses commentaires en font foi.

Valeur de cette version,

1) au point de vue

7. — La traduction d^Aquila avait une réelle valeur. Malheureusement, nous n'en possédons plus qu'une très petite partie.

i) Au point de vue criticiue, cette version serait d'un très critique: graud secours, car elle nous permettrait de reconstituer le

-) «" .P°!"' ^'^''"^ texte hébreu tel qu'on le hsait au 1 1''^ siècle. — 2) Au point de vue exégétique^ elle ne serait pas moins précieuse, car elle nous donnerait la clé de maintes expressions hébraïques, et nous initierait en môme temps aux procédés d'exégèse de

^^ 7o^maii ul^^^^ raiicienue synag-ogue. — 3) Au point de vue docjmatique^ elle éclairerait d'un jour nouveau et abondant les sources de la

^^ """^ mur aire "^"^ révélatiou chrétienne (3). ^- 4) Au point de vue littéraire^ elle fut sans doute une traduction très fidèle, quoique non toujours très élégante. Saint Jérôme, mieux renseigné que personne pour en juger, appelle Aquila diligens et curiosus interpres (4) ; il reconnaît môme que parfois le « Juda^us Aquila interpretatus est ut chrislianus » (5).

(1) Cf. Orisène, Ad Afric, 2; saint Aiii^-uslin, De cirit. Dei, lib. XV, caj). .'î3, n. 3. — Voir

Ilodv, o/J. c/7.,pp. î!3/|, ss. .,%.,,,. ,• -,

(21 Oucliiiies-uiis cepeiulanl, comiur siiiiit L|)ipnanc, 1 ont rct;arcU't: comme wnc œuvre uiulilc.

(3) Cl". Saint .Icrûme, Ad MurceUnm, i\y. xxxii, n» 1.

(\)ïn Oseam, H, 17. — Voir aussi Ad Dam., C|). xxxvi. n. 12.

(5) la Ikibac. III, i3. — Ailleurs, il csl vrai, saint .lérômc lui reproche iVcivc er(iotcui\ « contentiosus » et il paraît'lc méitriscr. Cf. Ad l'ainmach., ep. Lvii, n.ii. Ou peut cxplicpier favorablement la pensée du saint Docteur. Cf. Gilly, l'rrris d'In/rod. f/rncr., l. I. p. -'o:.

LA VKUSfON OF. TIIHÎODOTION 317

naimé'ie sens'' dts ^' — Est-cc à (llro qiic Cet iiiterprètc juif lie dénatura qucsT^ "*'^'''''"'' jamais intentionnellement le sens de certains passages mes. siani([ues (i) ? Nombre de Pères lui ont reproché celte audace (2); toutefois les exemples qu'ils allèguent ne sont pas absolument démonstratifs (3). Il reste seulement que le traducteur Aquila s'est attaché parfois à rendre servilement, et d'après leur étymologie, les mots de l'original, afin d'écarter certains termes qui auraient pi favoriser trop les interprétations messianiques des Chrétiens.

La version de 9. — A Dcu près daus Ic même temps (II) où Aquila com-

Théodolion. . ^ . ^ . i -i- i • i

posait sa version, — c est-a -dire vers le milieu du 1 1® siècle, — Théodotion entreprit de traduire à son tour TAncien Testament.

Ce personnage n'était pas c'irétien; nous en sommes sûrs. Naquit-il à Eplièse, comme l'affirme saint Irénée (5), ou dans la province du Pont, comme le prétend saint Epiphane(6)? Appartenait-il à la secte des Marcionites, ou à celle des Ebionites (7) ? Nous ne saurions le décider. Les Pères (saint Irénée, saint Epiphane, saint Jérôme) s'accordent cependant à reconnaître que Théodotion était un Juif prosélyte.

Beaucoup le font vivre sous l'empereur Commode (180- 192) (8) ; mais il faut bien remarquer que sa traduction dut être composée plus tôt, puisque saint Irénée (9) en parle, et lui donne le pas sur celle d'Aquila.

Aolice sur Tht'odotion.

Caractère de la version de Théodotion.

10, — Ce qui caractérise la version de Théodotion, c'est sa dépendance des LXX.Elle les suit ordinairement pas àpas(io), sauf quand ils s'éloignent de l'original hébreu. Alors elle les corrige; elle les complète même au besoin. C'est ainsi qu'on trouve dans Théodotion les fragments deutérocanoniques de J)a?iie/, le liYve de Baruc h, eic.

(i) De fait, Aquila traduit v sa vi;, au lieu de 7:apOcvo;, dans h., vu, i4; ToXîtp^jivo? au lieu de XptGTo:, dans Ps., u, 2; i^yj^^h:; ^uvaxo; au lieu de ôiôç icr/'jpo:, dans Is,, ix; etc.

(2) Cf. Fabricy, op. cit., t. I, pp. i44-i45- — Il n'est pas prouvé que saint Jérôme ait été personnellement de cet avis. Cf. Gilly, op. cit., et loc. cit.

(3) Cf. Field, op. cit., I, pp. xix-xx.

(4) Ou bien plus tôt, comme d'aucuns le prétendent. Cf. Loisy, op. cit., pp. 171-172,

(5) Adv. haeres., lib. HT, cap. 21, n. i. (G) De pond, et mens., 17.

(7) La première opinion est embrassée par saint Epiphane {loc. cit.), et la seconde est mentionnée par saint Jérôme (cf. Prae/". in Esdr .; In Habac, ni, 10; Prolog, in Dam.), qui ne paraît pas l'adopter.

(8) C'est à tort que Richard Simon [op. cil , pp. 236-237) croit Théodotion postérieur à Symmaque.

(9) Adv. hneres., lib. III, cap. 2!, n. 1.

(10) Cf. Saint Jérôme, InEccL, ii, 2; Pr;pf, in Ps,

Crédit de cette version chez les Chrétiens.

11. — L'œuvre de ce traducteur fut g-énéralement bien accueillie des Chrétiens; ce qui explique peut-être pourquoi les Juifs en firent si peu de cas. Saint Irénée Daniel Visait dans la version de Théodotion, et saint Jérôme (i) nous apprend que cette traduction était de son temps adoptée partout dans les J%lises,pour cette partie de la Bible grecque. C'est encore à cette traduction qu'Orig-ène eut recours pour combler les lacunes des LXX dans son édition hexaplaire.

Nous n'avons plus que des fragments de cette version.

Sa valeur intrinsèque.

12. — Au point de vue crtti(/ue,\a version de Théodotion a la même valeur que celle des LXX, dont elle n'est en définitive qu'une recension, augmentée et améliorée d'après le texte hébreu du 11^ siècle.

Au point de vue l{tté?^aire, elle est moins élégante que celle de Symmaque, moins servile que celle d'Aquila, mais par contre plus chargée qu'elles toutes deux d'hébraïsmes et de mots hébreux simplement grécisés (2).

Au point de vue dogmatique^ elle peut être considérée, ainsi que la version alexandrine, comme une source ordinairement sûre de la révélation (3).

La version de Symmaque.

Notice sur Symmaque.

13. — Symmaque, vers la fin du second siècle ou, au plus tard, dans les premières années du troisième, traduisit aussi en grec les livres de la Bible hébraïque. C'était, d'après la tradition (4), un transfuge du judaïsme et un ébionite, fort versé dans la connaissance de l'hébreu et du grec, et habile écrivain.

Caractères de sa traduction.

14. — Quel qu'ait été son but en l'entreprenant (5), il est certain que Symmaque a doté l'exégèse biblique d'une traduction (6) généralement très heureuse des Ecritures de l'Ancien Testament. Elle se recommande à la fois par l'élégance (7),

(i) Pripf . in Dan.

[•?) CF. Fichi, op. cil., 1, pp. XL-XI. —Il est probable que ïliéodolion ne savait pas à fond la langue licbraïque.

(.H)^ Saint Jérôme paraît la i-éprouver dans son Comm. sur llah., m, i3, mais il rapporte alors jdutôt l'opinion (l'aulrui (pie la sienne propre. Cf. Gilly, op. cit., t. 1, p. 207.

(/,) Cf. Saint Kpiphane, De pond, et mens., iG ; Euscbe, Hist. eccL, vi. 17; Demonst. cvang.^ vil, i; saint .h'rùnie, De vir. illusl., cap. LIV.

(fj) Saint Epipliane {loc. cit.] prétend (pie Symmaque composa sa tradiiclion pour se venger des Samaritains, ;i la secle de qui il aurait tout d'abord appartenu.

{(■)) Saint Jérôme (//< 7('/r/;?., xxxii.fio: In //ai, ,111, i) ])arlc d'une deuxième traduction composée par SymuKupie ; en réalité, il no s'agit (pie d'une revision faite par lui de son preniier travail.

(7) Cf. Thicme, De purilate Symmachi.

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