OCCASION HISTORIQUE DE LA BIBLE PREIIIÉRONYMIENNE
tiennes de traduire la Bible grecque (i), pour que la lecture des textes sacrés se fît dans une langue comprise de la majorité des fidèles (2).
2) Autres motifs : 7. — Mais ccttc uécesslté est-elle Tunique cause qui donna naissance à la Bible latine préhiéronymienne (3)? Avec Richard Simon (4), nous ne le croyons pas. Les besoins de la catéchèse apostolique, et la piété des fidèles avides de lire la divine parole, exigeaient encore que la Bible grecque fût traduite.
N'est-il pas certain que la catéchèse, aux premiers âges du a) les besoins de la christiauisme, avait pour objet principal Texplication des Écritures, et particulièrement des Evangiles et des Êpîtres'l — Il est avéré aussi que les premiers Chrétiens, — dont beaucoup avaient appartenu au judaïsme avant leur conversion, — aimaient à posséder des exemplaires de nos saints livres, et se délectaient à leur lecture.
Or, comment admettre que le texte grec du Nouveau Testament et des Septante ait pu suffire à tous et partout? Sans doute, le grec n'était pas ignoré dans l'empire romain, à Rome notamment, en Italie, dans les Gaules (5); mais le peuple ne devait guère le connaître. Sa langue courante à lui c'était le latin, — le latin vulgaire et décoloré de la décadence. Voilà pourquoi, à Rome et en Italie par exemple, les prédicateurs et les missionnaires de la foi s'exprimèrent vraisemblablement en latin dans leurs discours au peuple; ils lui traduisirent en latin les Ecritures qu ils expliquaient; ils durent enfin veiller à ce qu'il en eût à sa portée, dans une version latine, les parties les plus essentielles,
2" assertion: 8. II Y A TOUTE PROBABILITÉ QUE LES PREMIERS ESSAIS
Oû ^6 firent les ' ^ ?
premiers essais d'une DUNE VERSION LATINE, GOlMPLETE ET POUR L USAGE PUBLIC,
version laline. ^^ ^^ BiBLE GRECQUE FURENT FAITS DANS LES ÉgLISES
d'Afrique.
^''Ce^S^'"" 9. — Eichhorn le premier (6), au dire de Wiseman (7),
(i) La même nécessité s'imposa, on le sait, aux chefs dçs synagogues hellénistes. Les Juifs de la dispersion ne comprenant plus l'héhreu, on traduisit la Bible hébraïque en grec, et la version des- LXX fut lue avec le texte hébreu, dans les assemblées du sabbat, pour que les enfants d'Israël entendissent bien leur Loi et leurs P?'0/?/iè/es.
(2) Cl'. Richard Simon, Histoire critique des versions du N. T., p. 26, Rotterdam, iGgo.
(3) Des critiques, comme Cornely (cf. op. cit., p. 382), le pensent.
(4) Op. cit , p. 26.
(5) Voir plus bas, pp. 325-326.
(d) Cf. Eialeit, t. II, p. 4o6, éd. 4-
(7) yye Lettre au « Catholic magazine », dans Mlgnc, Dénionsl?'. evang., t. XVI, col. 285,
des particulari fie la liible préhié ronymicnne,
défendit cette thèse, et les critiques en majorité (i) l'ont adoptée depuis.
Démonstration. PouF établir ccttc assertion, on produit d'ordinaire deux
sortes d'arguments, les uns extrinsèques et négatifs, les autres intrinsèques et positifs.
1) Argumenis 10. — Les argumcuts intinnsèques sont pris du caractère
iniuns ques pus jj^^j^^jpg ^jgg fragments, qui restent de l'ancienne Bible préhiéiiés ronymienne. Celle-ci, en effet, présente certaines particularités, qui rappellent le style et la manière des écrivains latins de l'Afrique du second siècle. D'après Wiseman et Rœnsch(2), ces particularités affectent surtout Tortliographe, la grammaire et le lexique.
a)à&i\^vorthogra- H. — a) \J oiHliographe .
On remarque, par exemple, que les Africains écrivaient alors fréquemment /pour //, et vice versa : stela pour Stella; sepellire pour sepelire. Ils ne mettaient jamais o pour aw, ils ne confondaient point non plus ti et ci devant une voyelle; etc. Or, la vieille Bible préliiéronymienne renferme précisément, d'une part, des mots comme milia^ chrysiali^ stela; d'autre part, elle en renferme comme camelli, 7iolli, vellit^ etc. On n'y trouve point au remplacé par o, sauf une fois : codex \)0\xv caudex {?>).
è) dans la 12. — ô) La orayiimaire.
grammaire i »
Il n est pas rare de rencontrer dans la Bible latine, antérieure à saint Jérôme, des verbes déponents avec une signification passive, tels que promereor^ ministrari, etc. On y voit conservées les flexions ibo, ibor^ au futur des verbes de la quatrième conjugaison : partibor^ metibor, etc. Ce sont là de véritables archaïsmes. Or, « quiconque a tant soit peu étudié les écrivains africains des premiers siècles, observe Wiseman (4)j sait combien ils ont retenu ces formes vieillies » .
c)dans le lexique. 13. c) Lc IcxiqUC,
C'est un fait, que la Bible préliiéronymienne abonde en mots composés à l'aide de la préposition supe)\ tels que superf/audeo, superexalto^ superextoUo^superef fl liens ^ super-
fi) QucI(|ii('S (•riti(jiios coprndanl licniicnt pour une origine roiiuiinc ou italienne. Cf. Ileillunayr, ivaulen, Gains, i.och, (î. Paris, etc.
(s) Cf. Wiseman, loc. cit., pp. 388-299; Kœnsch, llala und Vulgata. (3) Cf. Sitll, Die lokalen Verschiedenheiten der lateinischen Sprache, pp. 69-70. 14) l^oc. cit., \). 287.
LA BIBLE LATINK PRl':iIléRORYMIENNE EN AFRfQUE 325
impendor, etc. Elle présente de nombreux verbes terminés en ifico, comme mnrtifico, vivifico, clarifico, mar/nifico, etc. Elle offre aussi des termes inusités dans le latin de la bonne époque. Citons, à titre d'exemples, les mots staltiloqidum, niinoratio, hnproperium, etc. (i). Or, ce vocabulaire est justement celui des écrivains de l'Afrique chrétienne. Remarque. Ccs rapprochemcn ts sont assez saisissants. Est-ce à dire
néanmoins qu'ils constituent une preuve rigoureusement démonstrative dans l'espèce, nous ne le prétendons pas (2), mais ils fournissent un arg-iiment probable.
2) Arguments 14. — Lcs argumcuts extrinsèoues ont, selon nous, beau-
extrinsèques. 1 1 1 Tl 1
coup plus de valeur. Ils sont basés sur des considérations d'ordre historique. ♦
On peut les résumer ainsi.
ofacieiif^de r^'gîise 15- — i) H cst de fait, que le grec fut la langue officielle de
à Rome et en Italie i»t5' i- ^ r> l t* t i ^ i , • • «v i
aux premiers siècles. 1 Eglisc, a Liomc et eu Italie, pcudaut les trois premiers siècles. C'est ce que prouvent: a) les écrits de saint Marc (troisième
Prouves. Evanglle) et de saint Paul {Epître aux Romains)^ qui,
adressés aux Romains, sont rédigés en grec et non en latin; — b) les lettres pontificales du temps, — telles les deux épîtres de saint Pie I à Juste de Vienne, — qui sont composées aussi en grec, même lorsqu'elles ne concernent que les évoques ou les communautés chrétiennes de la Gaule ; — c) les épitaphes des catacombes, qui sont constamment grecques (3), et les plus anciennes chroniques de l'Église romaine, qui ont été visiblement faites d'après des documents grecs originaux (4) ; — d) la littérature ecclésiastique de toute cette époque. Saint Jérôme ne connaissait que deux écrivains appartenant à l'Église de Rome ou d'Italie, — Victor et Apollonius, — qui se fussent servis du latin avant TertulHen (5); tous les autres ont préféré le grec (6) ; — é) la multitude des noms grecs en usage à Rome dès l'origine, pour désigner soit les personnes et les lieux sacrés, soit les circonscriptions ecclésiastiques. Les noms des anciens papes sont grecs : Clet^ Sotet\ Eleiithère^ Évarlste, Télesphore, etc; les noms des ordres du clergé, sauf ceux des tectores et des ostiarii^ sont grecs: exorciste, acolythe,
(i) Cf. Wiseman, loc. cit., pp. 291-299.
(9) Cf. Gaston Paris, Journal des fiavanls, i883, pp. 3g3-397; Cornely, op. cit , p. 385, not. 28. '3) Cf. B. de Rossi, Homa sotteranea, II, pp. 236, ss.; BatiflFol, les Anciennes liltér. chrét. • la littératnre grecque, pp. ii/j-i^o.
(4) Cf. Le Hir, Études bibliques, t. I, p. 267, note.
(5) De vir. illust., cap. lui.
(6) Cf. Wiseman, loc. cit., col. 285-280.
diacre^ prêtre {presbyte?-)', les noins dV^y/Z^e, de cimetière, de crypte, àQ,cataco)n/je,àQ- paroisse, de diocèse, de catéchuynène, à'anachorète, sont grecs ég-alement.
On le voit, la langue harmonieuse d'Homère régnait en souveraine à Rome môme, la ca[)itale du monde. Horace le constate plusieurs fois, non sans un certain dépit :
Grœcia capta ferum victorem cepit, et artes Intulit agrès ti Latio {^).
Le latin langue officielle de l'Église en Afrique.
Conclusion.
16. — 2) Il est de fait, par contre, que le latin fut la langue officielle de l'Église en Afrique. Nous savons que cet idiome qui était celui des vainqueurs de Carthage, avait pénétré avec la domination romaine dans l'Afrique proconsulaire, et y avait détruis en grande partie les langues indigènes. Delà vient, sans doute^ qu'on ne compte pas un seul écrivain ecclésif^^ique africain, qui se soit servi du grec. Tertullien^ saint Cyprien, Lactance, Minutius Félix, pour ne parler que des plus anciens, ont composé en latin leurs ouvrages; c'est en latin que l'on prêchait à Carthage, à Hippone, etc. ; on y célébrait en latin la liturgie.
Nous en concluons que les premiers essais d'une Bible latine complète, et destinée à l'usage public des Eglises, furent tentés en Afrique, plutôt qu'à Rome ou en Italie.
17. — S'ensuit-il que ces essais ne furent imités, — du moins partiellement, — nulle part ailleurs ? Nous ne le pensons pas.
3» assertion: II Y A TOUTE PROBABILITE QUE PLUSIEURS VERSIONS LATINES
Exislence d'autres ^
versions parliellex INDEPENDANTES, MAIS PARTIELLES SEULEMENT, ET POUR L U-
judépendantes. , / \ i^
SAGE PRIVE (2) — DES JliGRITURES FURENT FAITES ET CIRGU-
LÈIIENT, SOIT A RoME MEME, SOIT DANS LES DIFFERENTES EgLISES
d'Italie, d'Afrique, des Gaules.
Démonstration.
18. — Ce qui nous détermine à le dire, malgré l'avis contraire d'une nombreuse école moderne (3), c'est le témoignage explicite et précis de la tradition.
(1) EpùloL, lib. II, cp. I, 1.%.
(a) « Si l'on fait celte dislinclion, observe Rich. Simon, l'on résoudra facilement les objections qu'on tire de TertuUien, de saint (^y[)iien, et de quelques autres Hères, (jui ne s'accordent pas daus leurs citations avec l'ancieniu^ It.ili(iuc ». Op. ait , p. ;>0.
(3) Les principaux partisans d'une version latine préliicronymienne m;^/^;^*' sont : Sabalier, R'hlior. sac. Idtin.v vei's'. anl'iq.; Biaru;liiiii, Evaiigel. (iuadrui)le.i;\\'isc\u;ii\,o/j. cit.: Tisclicndorf, /Ccauff. Dolat. iiu'd.: Vercellone. Disserl. acad ; Ha^^en, Spvaclil. Eriicl. zur Vulg.; Heusch, Eiiiieit.', Weslcolt et llort, The New Test. in.(/ree/i: (îrei;ory, Cornely, Trocbon. W'hitc, S.Bery;er, Corssen, Sanday, etc. — Gescritiqiies admettent, à Torigine, une seule version latine, faite en Afrique, et con-
PLURALITE DES VERSIONS LATINES PRÉMIÉRONYMIENNES
Nous pouriioiis citer à ce pro[)Os des paroles très significatives deïcrtullien {Adv. Marc, lib., 11, cap. 9); de saint Ililaire (fn ps. 54, I ; In/)s\ 118, littera 12 ; De Trinit., vi, 45); de saint Ambroise (In ps. 36, 56 ; In ps. 118, serm. 12, n. 7 ; serm. i5, n. 3; serm. 20, n. 10); tous parlent de plusieurs traducteurs : translatores, interprètes de grœco. Il vaut mieux nous borner à invoquer l'autorité des deux grands docteurs de l'Eglise d'Occident, saint Jérôme et saint Augustin. Ayant vécu l'un et l'autre dans la seconde moitié du iv*^ siècle, ils peuvent, mieux que personne, nous renseigner sur le problème qui nous occupe.
Autorité de s. Jérôiiie.
19. — Or, le premier mentionne expressément la pluralité des traducteurs latins : In latinis codicibus propter inïerpre- TUM vARiETATEM (i). Il ajoutc ailleurs: « Si l'on veut avoir la véritable leçon, — parmi toutes celles que présentaient les différents exemplaires,, — il faut remonter à l'original grec, et corriger, d'après les sources, ce gui a été înal rendu par des interprètes infidèles, corrigé maladroitement par des présomptueux inhabiles, amplifié ou modifié par des copistes distraits » (2). '
Objection.
Réponse.
Corollaire à déduire du texte de s.Jérônie.
20. — On objectera peut-être que le saint Docteur parle ici des recensions du texte sacré, et non des versions à^ la Bible. — Le contexte montre que saint Jérôme entend parler des versions proprement dites ; car, après avoir signalé la version des LXX, les versions d'Aquila, de Sjmmaque et de Théodotion, qui sont des traductions grecques, il croit devoir signaler aussi les versions latines de l'Écriture. Et c'est seulement lorsqu'il a mentionné les traductions, qu'il envient à parler des revisions faites par Lucien, Hésjcliius, etc.
21 . — Or, nul doute que dans le passage cité, saint Jérôme ne distingue clairement: i) les traducteurs (vitiosi interprètes)-, — 2) les re viseurs maladroits (imperiti emendatores) ; — 3) les copistes négligents (librarii dormitantes).
seï-vée surtout dans Tertullien, saint Cyprien, et Lucifer de Gagliari. Cette traduction se répandit peu à peu en Occident, et subit de nombreuses et profondes modifications. De là, les diverses recensions qu'elle présente aujourd'hui, et qui formeiH plusieurs familles de textes : la famille africaine, la famille européenne, \a famille italique. A cette dernière on rattache les textes gallicans, dont le traducteur de saint Irénce a gardé des parties, et les textes espagnols, dont on retrouve quelques éléments dans la Bible dite de Perpignan. Cf. Sam. Berger, JJn ancien texte Latin des Actes des Apôtres, etc.
(1) Ad Damas, epist. xvni, n. 21.
(2) Praef. in quat. Eoang. (ad Damasum).
Autorité de 22. — Saint Aug-ustin n'est pas moins explicite. Comme son
ugusin. illustre contemporain, il signale la rar?>/a,9, \dL nu?nerositas interpretum, interpretationum (latinarum) (i). C'est pourquoi, remarque-t-il, « les Latins ont besoin pour la connaissance des Ecritures', de deux autres langues , la langue hébraïque et la langue grecque, afin que, si Uinfinie variété des interprètes latins les jette dans le doute, ils puissent recourir aux textes originaux »(2). — Comment douter, que par interprètes latins saint Augustin ne désig^ne ici des traducteurs^ et non de simples recenseurs? Car il ajoute: Qui enim Scripturas ex hehrœa lingua in grœcam verterunt, numerari posunt ; latini autem interprètes nullo modo. La raison en est, poursuit-il, « qu'aux origines de la foi le premier venu, s'il lui tombait dans les mains un texte grec, et qu'il crût avoir quelque connaissance de l'une et de l'autre langue, se permettait de le traduire )) (3).
Sens du mot /«- 23. — Au SLirplus, interpréter c'est, pour saint Augustin,
ierprêter, d'après ,, , n\ r\ Jl J?
S.Augustin. rendre le sens a un auteur (4). Or, rendre le sens d un au-
teur, n'est-ce pas traduire"^ Et, de fait, l'éveque d'Hippone distingue parmi les traductions latines des saints livres celles qui sont littérales, et celles qui sont plus libres. Entre toutes les traductions littérales, il préfère Vltala ; — nam est verborum tenacior cum perspicuitate sententiœ (5). Du reste, les unes et les autres, observe-t-il, nous font connaître de combien de manières on a entendu les Ecritures (6) ; ce qui peut être d'un grand secours pour l'exégèse.
Ainsi donc prétendre, — avec Wiseman, Cornely, Trochon (7), — que, dans la pensée de saint Augustin, les verbes interprétant vertere, sont synonymes de corriger, reviser, c'est, croyons-nous, dénaturer manifestement le texte et le contexte du saint Docteur.
Confirniatur.
24. — A ces témoignages, qui semblent si nets, de la tradition en faveur de la pluralité des versions latines, joignons encore, à titre de confirmatur, une preuve d'ordre criticjue,
(1) De docl, christ., lib. II, capp. 1 1, i^, i4, i5, etc.
(2) Ifjïd., lib. H, cap. II.
(3) Ibidem.
lA) Cf. Ibid., cap. i 3.
(5) Cf. Ibid., cap. if).
(6) Cf. Ibid., cap. iî>.
(7) Cf. Wiseman, of). cit., coL -^7^; Cornely, op. cil., pp. :\-j(j et 38i, not. 11; Trochon, Introduction (jénôr., t. I, p. Sq/j.
[>RFAJVES EN FAVEUR DE L.V PLURALITE DES VERSIONS LATLNES 829
— prise des diverg-cnccs que présentent les fragments de la Bible latine préhiéronymiennc. Ces diverg-enccs se constatent aisément, soit dans les citations des Pères (i), soit dans les manuscrits (2). Or, elles sont trop nombreuses, et la plupart paraissent trop irréductibles (3), pour qu'on puisse les expliquer uniquement par la multiplicité des recensions d'un môme texte. Il est nécessaire de les rattacher à plusieurs versions ou groupes de versions latines indépendantes (4).
Objection. 25. — Bcaucoup objcctcut que malgré leurs variantes, les
manuscrits, et les citations patristiques de la Bible latine préhiéronjmienne, offrent par contre trop de ressemblances pour ne pas accuser une source unique^ une traduction œuvre d'un seul et même auteur (5).
Réponse. 26. — Cette objection est sans portée.
La rencontre des mêmes mots, des mêmes tournures, des mêmes expressions, dans les différentes versions latines des Écritures, était inévitable. Les livres saints n'ont-ils pas été
Le? saints livres . . in- • • • • i
sont lœuvre du pcusés, puis écrits par des Sémites, qui ont tou purs suivi la
génie sémitique. *• ^ ,.,,..
syntaxe de leur propre langue, même quand ils eciivaient en grec? Saint Luc, qui n'était pas juif d'origine, est juif néanmoins dans son style et dans sa manière, car il rapporte des paroles, des discours que des Sémites ont prononcés, ou il puise à des sources araméennes. De là, cette perpétuelle succession de petites phrases courtes, sans aucun lien qui les réunisse; , de là, cette absence complète, ou à peu près complète, de périodes savantes et harmonieuses.
Or, n'est-il pas clair que des livres ainsi composés ne peuvent être traduits fidèlement, que si l'on coule presque constamment la phrase de la traduction dans le moule de la phrase sémitique (6)?
L'exactitude fut -^, ^-r, i 1. c ^ '•il?'
à peu près l'uni- 27. — iN oublious pas, cuhu, quc le principal, 1 unique souci teur. ^^^ " "^ "^' du traducteur des saints livres fut l'exactitude. Une version
(i) Nous convenons que les variantes qu'on trouve chez les Pères viennent aussi quclquctbis de ce que leurs citations furent faites de mémoire, ou encore de ce que les éditeurs ont remanié ultérieurement les textes bibliques produits par les Pères, afin de les rendre conformes à quelque texte reçu. Néanmoins, il est des variantes que la tradition a introduites, parce que les Pères se servaient de traductions différentes sous le rapport de l'origine et de la fidélité.
(2) On possède d'assez noml)reux manuscrits du Nouveau Testament, mais nous n'avons pour l'Ancien qu'zm ms. du Pentateuque, un d'Esdras, un des Psaumes, et quelques fragments de plusieurs autres livres.
(3) Voir la- dessus Ziegler, Die lateinischen Bibelilhersetzungen vor Hievonymus,und die Ilala des Avgusiini/s, pp.io-î-iaS; Ul .Rohcvl, Feritateuchi verslo lalina...e codice lugdunensi, pp. cxxxu-cxli.
(4) Cf. Linke, Stiidien zur Itala.
(5) Cf. Wiseman, loç. cit., col. 27 i.
(ô) Cf. Méchineau, Études, décembre 1894, p. 562,
33o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
de la Bible devait faire autorité comme un texte juridique. 11 fallait évidemment pour cela, qu'elle rendît la pensée divine strictement, et telle quelle, rien de moins, rien de plus. De là, le littéralisme rigoureux de presque toutes les traductions bibliques anciennes. Dans ces conditions, — on le comprend sans peine, — il était inévitable que les versions se rencontrassent souvent, et se ressemblassent même dans les petits détails.
. Nous admettons donc qu'il y eut plusieurs versions latines, au moins partielles ^ des Ecritures, avant saint Jérôme (i).
Conclusion.
40 assertion ; 28. CeS VERSIONS FURENT COMPOSEES DE FORT BONNE HEURE
Date proLabJe de ces
versions pailiclles. DANS LE COURANT DU SECOND SIECLE, SINON DEJA VERS LA FIN