AU POINT DE VUE « DOGMATIQUE )) , ELLE FUT UNE SOURCE
AUTORISÉE DE LA RÉVÉLATION ÉCRITE DE DiEU; 5) AU POINT
DE VUE (( HISTORIQUE », ELLE FUT LE TRAIT d'uNION QUI RAP- PROCHA DANS UNE COMMUNE FOI CHRÉTIENNE l'OrIENT GREC ET
l'Occident latin.
(i) Zschokke entreautres, Hist. sac. Ant. Test., p. 4^3. not. 2, edit. 2a. Dans la 4« éd. Zschokke ne soutient plus ce sentiment.
(2) Apolociia,\\h. II. n. ?>?> .
(3) /)t? ciyi^ I>ei,lib. XVIII, cap. 43.
332 LKÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
à) au point de vue 34. — i) Aupoùit dc vuc EXKGETiQUE, la Bible latine préhieronymienne était cl une htteraiite stricte^ parfois même exagérée.
Les Pères en furent frappés toujours. C'est ce que Tertullien slg-nale, lorsqu'il dit : Jam in usu est nostrorum per simplici- TATEM iNTERPRETATiONis 6//(?ere(i). Saint Auçustiu, uous Tavous vu, n'est pas moins explicite : Itala... est verhorum tenacior{2). De fait, moitié par impuissance, moitié par respect pour le texte sacré, le traducteur latin paraît s'être contenté de donner une reproduction mécanique de ce qu'il avait sous les yeux. Ainsi s'explique-t-on qu'il a conservé nombre d'expressions, de formules, de mots grecs, auxquels il donne seulement une forme latine : Aporia, aporiari, de àxop-a, à^opscjj-at ; bravium^à^ ppaSsiov ; aforis, ab intus, de l'^wOsv, è'cwOsv ; etc., etc. Il est vraisemblable que le traducteur commença par une version interlinéaire, dans laquelle, sauf les articles et certaines particules propres au g"rec, il mit un mot latin au-dessus de chaque mot grec. C'est ce qu'indique l'ordre si fréquemment contraire à la syntaxe latine de ces mots, ordre qui est souvent identique de tous points à celui de nos manuscrits des LXX. Il arriva donc que plus tard on détacha du grec, — que personne ne comprenait plus, — cette traduction interlinéaire, et on la lut séparément (3).
h) au point (le vue 35. — 2) Au point cle vue LITTÉRAIRE, la Bible latiue eiave,, prélilérony mienne était dure et incorrecte ; son latin décadent fut celui du peuple.
Ce caractère de vulgarité se révèle a) dans les nombreux barbarismes et solécismes qu'elle renferme. N'y lit-on pas retia au singulier pour rete^ fructi pour fructus, spirito pour spiritiû II se révèle — ^) dans les néologismes que les traducteurs affectionnent, comme bajulare, amaricare, captivare,c{c.; — c) dans la mauvaise orthographe : umerus \iOUT humérus, occansio pour occasio, lucustœ pour locustœ ; — d) dans la flexion des noms et des adjectifs qui sont allongés : odoramentum peur odor, otiositas pour otium, œtey^nalis pour œternus, etc. — Enfin, e) cette teinte de latin décadent apparaît dans la phraséologie même, qui est parfois étrange : fugiant in jnoU' tibus pour m montes, vade et offers pour o/fer, pertransiit bcnefaciendo pour benefaciens, etc. (4).
(i) Adv . Pra.vefnn, cap. v.
(r?) De doctr. christ., lil). II, cap. ifi. (.'il CF. G. Paris, Journal des savdiits, i8s3, pp. .'UjS-.^oq.
(4) CA'. Wiscmai», Tim lellns, etc., Icltoi- r? ; Roènscli, llcila il. ViiJgahi: BiirUill, The old ï.atin and Ihe Itala.
CAl\ACTb:HES DE LA BIBLE PBÉIIIÉRONYMIENNE 333
Ces quelques exemples suffisent, et montrent bien que le style de la Bible préhiéronymienne était loin d'être classique.
c) au point de vue 36. — 3) Au polnt de vue CRITIQUE, cette Bible demeure
en ique , ^^^ témoin fidèle de l'état du texte des LXX et du texte du Nouveau Testament, au second siècle,
La littéralité excessive qui la distingue, devait faire d'elle une image transparente des originaux qu'elle reproduisait. Il y a, du reste, toute probabilité que les traducteurs se servirent des meilleurs exemplaires qu'ils avaient sous la main (i). Aussi la Bible latine préhiéronymienne est-elle, à certains égards, plus précieuse, pour l'étude des LXX et du Nouveau Testament, que les manuscrits mêmes des textes primitifs, dont aucun ne remonte au delà du iv° siècle.
d) au point de vue 37. — 4) Nul doutc aussi qu'au poîut de vue dogmatique, dogmatique, ^^^ n ait été, ct uc soît cucore dans ses fragments, une
source autorisée de la révélation écrite de Dieu,
Inutile d'insister là-dessus. L'usage général et constant, que faisaient de cette Bible les Pères latins des premiers siècles, — Tertullien, saint Gyprien, Lactance, saint Eusèbe de Verceil, les deux Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin, — prouve surabondamment qu'ils la tenaient en la plus haute estime, et la regardaient comme une des sources de la foi.
e) au point de vue