L'inspiration fut encore une assistance de Dieu
Pendant que l'homme écrivait sous l'inspiration d'en haut, sa plume, — soit négligence, soit distraction, — pouvait laisser échapper quelque inexactitude, ou rendre moins fidèlement la pensée divine. Pour obvier à ce péril, et pour prévenir ces incorrections, incompatibles avec la dignité et l'absolue vérité de sa parole, l'Esprit-Saint veilla sur la main, à laquelle il confiait la rédaction de son verbe; il voulut, et fit en sorte que le premier texte, le texte autographe à& fÉcriture, offrît l'expression
(i) Ce texte se lit dans la F^ édition de son célèbre ouvrage : De divin, trad. et Scriptura, p., 3oi. Dans la 3« édition (p. 35o), la formule est modifiée, mais au fond la doctrine demeure la même. — Nous prions le lecteur de noter ici que le savant cardinal n'explique point comme nous le rôle de l'influx inspirateur sur l'imagination de l'auteur sacré; il réduit tout à une simple assistance de Dieu, préservant l'écrivain d'er;:'eur, et d'inexactitude dans le choix des mots, ou des expressions. On sait que Franzelin rejetait l'inspiration verbale ; les théologiens de son école ne l'admettent point encore aujourd'hui.
(2) « Pfiantasise sive imagina tionis nomine, dit Sigooriello, illa facultas donatâ est, qua anima rerum sensilium jam apprehensarum imagines retinere, et sïbi reprsesentare potest. » Philosoph. christ, in compend. redacta, t. I, p. 126, éd. 8. — Cf. Sanseverino, Philosoph. christ., t. V, pp. 166, 191 .
(3) « Est quœdam operatio animœ in homine, dit saint Thomas, quœ dividendo et componendo format diversas rerum imagines, eliam qui» non sunt a sensibus acceptœ (i p., qusest. 84, art. G, ad ^>im).., ut patet cum ex forma imaginata auri, et forma imaginata montis, componimus unam formam montis aurei... Ad hoc sufficit virtus imagiaativa ». i p., qusest. 78, art. 4- — Cf. De mato^ quœst. 16, art. 11, ad gu"i ; De veri.l., quœst. 10, art. 6, ad b^'^.
(4) On devine déjà que nous sommes partisan de l'inspiration verbale. Depuis quelques années, cette doctrine a été reprise, et défendue par plusieurs théologiens et critiques de marque. Nous traitons celte question plus bas.
Rôle de l'inspiration comme assis tance.
pleine et entière de sa pensée : « Ita scribentibus adsfitit, ut ea omnia eaque sola quœ ipse jubcret... apte infciUibili veriiate exprimèrent (auctores sacri » (i)- A cet elFet, il suffit d'admettre un secours de simple assistance; tel fut le dernier rôle du charisma de l'inspiration. Par là, Dieu avait l'homme complètement sous sa main, et l'exécution intégrale de son œuvre demeurait assurée (2).
Corollaires. 21. — Il s'cnsuit quc l'Ecriturc — fruit et résultat de l'in-
spiration— est exempte de toute erreur. Cette inerrance abso-
1) LEcriture, livro , , • . t ^ i ' ' • i i
infaillible; luc de uos samts livrcs cst la conséquence nécessaire de leur orig-ine ; ainsi l'entend Léon XIII : « Consequitur , dit-il, ut qui in locis authenticis librorum sacrorum quidpiam falsi contineri posse existiment, ii profecto.., catholicam divinaî inspirationis notionem pervertant » (3). — De plus, l'Ecriture, parce qu'elle est inspirée, a véritablement Dieu pour auteur; elle est sacrée, canonique (4), car elle renferme non la parole de l'homme, mais la parole de Dieu. C'est Dieu qui a rédigé cette parole, qui Ta composée, bref, qui l'a écrite. Toutefois il ne l'a écrite que par l'intermédiaire de l'homme, son iîistru^ ment vivant, raisonnable et libre.
(i) Encyc. cit., p. 4o.
(2) Les écrivains sacrés curent-ils conscience de tout ce travail d'inspiration qui se passait en eux? Les tliéoloçicns se divisent pour répondre. Cf. V Inspiration, pp. 52-54.
(3) Encyc. cit., p. /jo.
(4) Le P. Lagrange, dans la Revue biblique (art. cit., pp. 2o5-2oG), montre bien la logique de ces conséquences.
2) l'Écriture, livre sacré.
LEÇON TROISIÈME Le critérium de l'inspiration biblique
Définition du critérium de l'inspiration. — -Deux critériums à écarter. — Insuffisance du critérium de l'apostolat. — Insuffisance du critérium reposant sur le témoig^nage de l'écrivain sacré. — Le véritable critérium de l'inspiration. — Comment nous est transmis le témoignage de Dieu. — Où trouver les traditions catholiques relatives à l'inspiration.
Définition du critériinn.
Nécessité
et qualité du vrai critérium.
Deux critériums insuffisants.
1. — On entend par critérium (i) de l'inspiration, en général, les marques à la lumière desquelles nous pouvons discerner les livres sacrés de ceux qui ne le sont pas.
Sur ces critériums repose la démonstration du fait de Tinspiration des Ecritures, soit qu'on envisage celles-ci dans leur ensemble, soit qu'on les prenne dans leurs détails.
Ces critériums doivent être infaillibles, car d'eux dépend la foi de l'Eglise à l'autorité divine de la Bible.
2. — Or, tous ceux qu'on a proposés sont loin d'être également certains et suffisants. Sans parler des critériums de la critique protestante, que nous ne voulons point nous attarder à réfuter ici (2), il en est deux, que Ton rencontre quelquefois soiis la plume des exégètes catholiques, et que nous devons écarter, parce qu'ils prêtent à l'équivoque.
3. — Le premier (3) peut être appelé critérium de l'apostolat. Il repose sur ce principe, que la grâce de l'inspiration ad scribendum ne fut point séparée, — en fait du moins, sinon en essence, — dans la primitive Église du don d'apostolat conféré aux apôtres. Dès lors, on croit devoir conclure de l'origine apostolique d'un livre du Nouveau Testament à son inspiration divine (4). Toutefois, pour les théologiens
(i) De xp'.vEtv juger. — Zigliara définit très bien le critérium objectif^« norma et quasi forma cognitionis ». Propxdeutica ad sac. theoL, lib, I, cap. xvi, n. 6.
(2) On trouvera une réfutation de ces faux critériums dans L'Inspiration, pp. 81-92.
(3) Les protestants, — Michaelis entre autres (cf. Introd. au N. T., t. I, p. 116, trad. Che* nevière) et ]\l. de Pressensé (cf. Inspirât, des s. crit.), — se servent de ce premier critérium pour établir la divinité du Nouveau Testament; mais ils lui reconnaissent une valeur de démonslralion négative, que tout exégète catholique ne peut admeitre. Cf. L'Inspiration, pp. 69-78, 92-94.
(4) Tel est le sentiment de Reillimayr, Giintner, Lamy, Ubaldi, Schaaz, etc. Ils s'autorisent de saint Augustin, De doctrlna christ., lib. Il, cap. 8.
1) Le critérium de l'apostolat.
Sa base
sa vaL]e\ir positive aux yeux de quelques catholiques.
Insuffiftance de ce critérium.
d" raison de cette insulfisance.
Effugiiim inutile.
catholiques qui l'emploient, ce critérium n'a jamais qu'une valeur positive. Aussi se gardent-ils bien de rejeter l'inspiration d'un livre biblique, — de \ Evancjile de saint Marc, par exemple, ou de V Évangile de saint Luc, — sous le prétexte que ces livres ne sont pas l'œuvre d'un apôtre (i).
4. — Sous quelque forme qu'on le présente, le critérium DE l'apostolat cst IMPUISSANT à démoutrcr rigoureusement l'inspiration des livres du Nouveau Testament.
Car i) la grâce de l'inspiration ad scribendum fut, en ellemême et en faii^ très distincte du don d'apostolat (2). Par conséquent, de ce qu'un livre a pour auteur un apôtre, il ne s'ensuit pas nécessairement que ce livre soit inspiré.
2) L'insuffisance de ce critérium ressort encore de ce fait, qu'il ne peut être appliqué à tous les livres du Nouveau Testament. Concédons qu'il nous certifie l'inspiration des PJ pitres de saint Paul,, et des autres apôtres, l'inspiration de V Apocalypse, et des Évangiles de saint Matthieu et de saint Jean; il demeurera impuissant à démontrer la divinité des écrits de saint Marc et de saint Luc.
En vain alléguera-t-on que saint Marc et saint Luc, disciples immédiats des apôtres Pierre et Paul, durent partager avec eux les privilèges de l'apostolat, partant le don de l'inspiration ad scribendum [^y. C'est reculer la difficulté sans la résoudre. A supposer que les apôtres, comme tels, furent inspirés, quelle preuve donnera-t-on que leurs disciples et collaborateurs l'aient été également? Si l'on s'engage dans cette voie, il faudra admettre aussi l'inspiration des lettres de saint Barnabe, de saint Clément, de saint Polycarpe, etc.
Le critérium de l'apostolat est donc insuffisant.
Erreur des critiques cnthol. qui einj)loicnt le critérium de V apostolat .
Dans quel sens les Pères s'en sont
5. — Quant aux exégètes catholiques, qui croient à l'efficacité positive de ce critérium, nous estimons qu'ils ont tort, peut-être, de se réclamer de l'autorité des Pères. Ceux-ci, sans doute, pour juger de l'inspiration des livres sacrés, commencèrent souvent i)ar s'enquérir de leur origine apostolique ; mais s'ensuit-il qu'à leurs yeux cette origine apostolique ait été rigoureusement la condition sine qnâ non de l'inspiration?
(i) Cf. Ubaldi, Iniroduclio ad s. Script., t. II, p. 77, éd. a». (2) Voir L'Inspiration, pp. 70-7.3.
(:5) Ainsi raisonne le proleslatU CcUerier, dans son Essai d'une introd. crit. au A. ï., -j' partie. sect. 6".
LES CRITERIUMS INSUFFISANTS 3i
Non. La preuve, c'est qu'ils n'hésitèrent jamais à tenir pour inspiré XEvamjile de saint Luc, qui n'est cependant point l'œuvre d'un apôtre; tandis qu'au contraire ils se sont gardés de mettre sur le même pied que l'Écriture le symbole des apôtres, qui fut composé par ces derniers à Jérusalem. Nous prétendons que, dans la pensée des Pères, l'origine apostolique d'un livre était une garantie extérieure de la perpétuité de la tradition, affirmant l'inspiration de ce livre, plutôt qu'un critérium direct, apodictique, de cette inspiration. Leur raisonnement revenait à celui-ci : les Eglises témoignent avoir reçu d'un apôtre tel livre, comme divinement inspiré; donc, ce livre est apostolique et divin. Ainsi la constatation de l'apostolicité servait-elle à attester historiquement la canonicité et l'inspiration.
et dans quelles D'aillcurs, Ics circoustanccs expliquent assez pourauoi les
circonstances. *- *- r ^l
Pères argumentèrent de cette sorte. Ils avaient à combattre des hérétiques, qui, regardant comme apocryphes certaines parties du Nouveau Testament, — \ Apocalypse, par exemple, et VEpître aux Hébreux, — refusaient conséquemment d'en admettre l'origine divine. Ce qu'il importait donc d'établir tout d'abord, — en invoquant pour cela la foi des Eglises, — c'était que ces livres venaient réellement des apôtres, partant que rien ne s'opposait à ce qu'on reconnût leur inspiration.
2) Le critérium du g, — Lc dcuxièmc cotérium que nous voulons écarter est
témoignage de I e- ^ ^
crivain sacré. Cclui qu'oU foudc SUr LE TEMOIGNAGE même dc l'ÉCRIVAIN
SACRÉ. Il semble que celui-ci, du moment qu'il avait d'ordinaire conscience de son inspiration, pouvait attester que le livre composé par lui était divin.
Insuffisance de ce témoignage ;
7. — Quoi qu'il en soit des apparences, nous ne pensons pas que le témoignage personnel de l'auteur sacré, seul et par lui-même, puisse être un critérium rigoureusement suffisant de l'inspiration.
a) parce qu'il n'est g — gj^ effgf \q critérium de l'inspiration doit i) être in-
^omi infaillible ; ■' ■ ^ /
faillible, et 2) servir de base à l'acte de foi divine, par lequel nous croyons à l'autorité de l'Ecriture. Or, tout seul et par lui-même, le témoignage personnel de l'auteur sacré n'est point infaillible. D'abord, il n'est pas rigoureusement démontré que les écrivains bibliques eurent, tous et toujours, conscience de leur inspiration. A supposer qu'ils l'aient eue, il n'est pas prouvé encore qu'ils s'en soient toujours ouverts. Les faits
'à2 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
intimes et d'ordre surnaturel, qui ont la conscience individuelle pour théâtre, demeurent assez souvent inaperçus. En tout cas, le témoignage personnel d'un écrivain sacrée s'il est seul, demeure de soi un témoignage humain, et le témoignage humain, quelle que soit d'ailleurs la personne dont il émane, n'est jamais absolument sûr , — soit parce que le témoin peut être suspect, ou suspecté, de partialité, d'erreur, — soit parce que son attestation a pu être travestie en passant d'une génération à l'autre.
peu! scïvfr de Àase ^' — ^^^ outrc, seul ct pav lui-même^ le témoignage pera notre loi. souTiel ô-t l'autcur sacré ne peut servir de base à l'acte de foi
divine, lidiV lequel nous devons croire à l'autorité des Ecritures. Pour les protestants comme pour les catholiques, les doctrines de la Bible sont le verbum Dei scripturn ; partant elles sont nécessairement vraies, et s'imposent à l'esprit, comme autant de vérités à croire d'une foi divine et surnaturelle. Or, c'est parce qu'elle est inspirée, que la Bible contient le verbum Dei scriptum. Il importe donc que nous ayons, par rapport à son autorité, une certitude reposant sur un fondement d'ordre divin. Cette certitude, étant la certitude infaillible de la foi, aura conséquemment pour fondement inébranlable le témoignage de Dieu lui-même. Si, donc, le fait de l'inspiration de l'Écriture constitue une vérité de foi divine, le critérium de l'inspiration ne peut plus être fondé exclusivement sur le seul témoignage humain Qi personnel de l'auteur sacré.
Remarque. 10. — Cependant le témoignage de l'écrivain sacré peut
être un critérium suffisant de l'inspiration biblique à ces trois conditions, — même prises isolément : i) s'il est appuyé par des miracles; 2) si l'auteur a reçu du ciel une mission publique, d'ordre surnaturel, à remplir, et s'il témoigne en vertu de cette charge divine; 3) si son témoignage, inséré par lui dans l'Ecriture, devient de ce chef parole infaillible de Dieu.
LcvéniaUc criu- w^ — Pour rexéç^ète catholique le véritable critérium de
iiiim de I inspira- ... . .
i'«"- l'inspiration est celui qui prend pour base le témoignage
FORMEL DE DiEU, TEL OUE l'oNT EXPLIQUÉ ET COMPLÉTÉ JÉSUS- ChKIST ET LES APOTRES.
].eiémoif/naf/cde 12. — ]lu cilcl seul Ic tcmoignagc dc Dieu certihe d'une
manière aalncntique, et .ç//;y% le nul de 1 uispu-ation bibiupie.
,tnthvn^li^uc, C.e témoignage constitue un critérium aulhcntif/ue, car il
et sur.