Dans un but de critique verbale
Il Ta déclaré souvent, — au cours de sa préface aux Evangiles en particulier : Me cocjis, écrivait-il à saint Dainase, ut.., cjuasi quidam arbiter sedeam, et quia inter se variant (exernplaria Scripturarum), quœ sint illa quae cum grœca consentiant veritate decernam (i). — Il dénonce ailleurs, et d'une manière générale, latinorum codicum vitiositatem, quœ ex diversitate librorum omnium comprobatur (2).
Défcuils de la Bible latine antérieure au iv° s.
Leurs causes :
lr« cause:
2« cause;
trois autres causes.
5. — Défait, les défauts que présentait la vieille Bible latine au iv^ siècle^, étaient considérables. Ils tenaient à de nom breuses causes.
Signalons en cinq,
La première, — spéciale à TAncien Testament, — était que les livres protocanoniques de cette partie des Ecritures avaient été traduits directement sur la v.oivy) h.lociq des LXX. Or, personne n'ignore combien le texte de la célèbre version grecque offrait d'altérations et de défectuosités au second siècle (3). La plupart de ces imperfections et de ces lacunes avaient dû se glisser dans la Bible latine de TAncien Testament.
Une seconde cause, — particulière aux Evangiles, — fut le désir immodéré chez beaucoup d'harmoniser les récits des quatre évangélistes. Saint Jérôme s'en plaignait : Unde accidit^ écrivait-il, ut apud nos mixta sint omnia, et in Marco plura Lucœ atque Matthœi ; rursum in Matthœo plura Joannis et Marci^ et in cœteris reliquorum quœ aliis propria sunt, inveniantur (4).
Enfin, le même saint Jérôme assigne trois autres causes du mauvais état général de la Bible latine à son époque.
C'était : i) que les traducteurs avaient souvent commis des inexactitudes; — 2) que des reviseurs avaient aussi fait ici et là des corrections maladroites; — 3) que d'autres encore avaient introduit des additions et des modifications regrettables (5).
H importait donc, au double point de vue polémique et critique^ que les anciens textes latins fussent améliorés.
Kéforme de cette 6 . — Saiut Jérômc eutrepHt cette réforme sur l'ordre de
Bible latine i)ar s. • i ■pi „ ^ ,^
Jérôme. saïut Uamasc.
L'illustre Docteur commen(;a par une simple revision.
(i) Prn',f. in qintlaor Evanq.
(p) Ad Marcfdlaia, cp. xxvii, i. Cf. Prie/, in Psal. secuudum LXX.
(.'}) Voir plus liaut, pp. 9.<j[)--2tjij.
(\) Prwfat. in quat. Evanq.
(r>) Ibidem. Voir aussi Pva'fat. in Josue.
de re vision à Béth léem.
REVISION DE LA VULGATE LATINE PAU S. JEROME SSy
SioTpa'rï jt <^"<'tait vers 383. II se trouvait alors à Rome, où il était arrivé "'""^ <le Constantinople l'année précédente, en compagnie de Pan-
lin, évéque d'Antioche, et de saint Épiphane, évéqne de Salamine.
Saint Jérôme corrig-ea d'abord les quatre Evangiles (i) ; puis les autres livres du Nouveau Testament successivement (2), comme il le déclare dans sa lettre à Lucinius : Novum Testamentum Grœcœ reddidi auctoritati (3). Il eut encore le temps de retoucher pendant 'ce séjour à Rome une (( grande partie » du Psautier (4), mais ce ne fut qu'en passant et à la hâte (5). Il dut quitter la ville éternelle en 385.
— Cette première partie de la revision de saint Jérôme demanda deux ans et demi environ.
s. Jérôme pour- 7. — Peu de temps après, en 386, le saint Docteur qui ve-
suivit ses travaux . ^ ^ , ...
naît de se fixer à Réthléem, reprit son travail de critique sur l'Ancien Testament.
i) Il expurgea de nouveau le Psautier (6). Cette seconde revision se distinguait de la première en ce que saint Jérôme avait placé entre obèle et métobèle les additions faites par les LXX au texte original, puis entre astérisque et métobèle les lacunes que la version offrait par rapport à l'hébreu (7).
— 2) Il corrigea Job ensuite, en Tapostillant d'obèles et d'astérisques. — 3) Il retoucha de la même manière les deux livres des Paralipomènes (8). — 4) H corrigea également et avec soin les trois livres de Salomon : Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des Cantiques (9). — 5) Nul doute, enfin, qu'il n'ait amélioré aussi tous les autres livres de l'Ancien Testa-
(i) Il ajouta à cette recension des Évangiles les Canones d'Eusèbe de Gésarée. Le savant auteur de VHistoire ecclésiastique avait rassemblé sous dix chefs distincts les récits propres à chaque évangéliste, et les récits communs, soit à deux, soit à trois, soit aux quatre narrateurs sacrés.
(2) L'expurgation du Nouveau Testament pressait davantage, soit parce que ces livres étaient lus et utilisés très fréquemment, soit parce qu'ils offraient de plus nombreuses divergences ou altérations. Hoc (N. T.) cette, remarque saint Jérôme, in nostro sermone discordât, et in diversos rivuloriim iramites ducit (Prsef. in quat. Evang.). Il qualifie ailleurs (cf. Ad Marcellani, epist. xxvu, i) ces diversos rividorum tramites de coenosos rivulo's.
(3) Ej). Lxxi, n. 5. — Cf. De vir. illust.,cap. cxxxv.
(4) Celte recension du Psautier par saint Jérôme est désignée sous le nom de Psalterium romanum.
(5) Cf Prasf. in Psalt. (secundum lxx).
(6) Cette seconde recension des Psaumes porte le nom de Psalterium gallicanum.
(7) Ces passages furent traduits par saint Jérôme en latin, sur le grec de Théodotion. Cf. Prxf. in Psal. (secundum lxx).
(8) Cf. Prœf'at. in Parai., (secundum lxx); Prsefat. in Parai., (secundum text. hebr.).
(9) Saint Jérôme nous l'apprend dans Apol. cont. Ryfin., lib. Il, n. 8i, et dans Prœfat. in lihb. Salomonis.
(io)A l'exception toutefois des livres et fragments deutérocanoniques [Tohie, Judith, Sagesse, Ecclésiastique, Baruch, Macfiabées, Eslher, x, 4-xvi, 24, Daniel : m, 24-90, xiii, xiv) qui ne se, trouvaient pas dans la Bible palestinienne. Cf. Hicronymus, Prœf. in libl), Salomonis (secund. lxx).
ment(io), car il le laisse bien entendre : Septuaginta interpre' tum editionem. ., dHigentissime emendatam stiidiosis iradidi (i).
Cette revision des textes latins dut être entièrement terminée \ers Tan 388, ou 889 ou plus tard.
Appréciation cri- -^ j^ f • . . y o • . • i
tique des travaux 8. — rour apprécier tout a rait en connaissance de cause ce
'le revision de s. Je- . ., .. , '-T'a «if i -.ij • >.
rôme. premier travail critique de saint Jérôme, il faudrait 1 avoir étu-
dié au préalable dans toutes ses parties. Malheureusement, nous ne possédons plus de cette recension que le Nouveau Testament (2), et deux livres de TAncien : le double Psautier — romain et gallican — et Joh (3).
Nonobstant ces lacunes, nous pouvons affirmer que Fceuvre de re vision, entreprise par le solitaire de Bethléem ne fut pas inférieure à celle qu'Origène avait faite de la xoivy) £y.§oai; des LXX (4). Il se ^uida, du reste, sur le texte hexaplaire (5) pour corriger les livres du Canon juif. — Quant aux livres du Nouveau Testament, il les expurii;-ea d'après les plus anciens et, sûrement aussi, les meilleurs manuscrits qu'il put trouver : grœcorum ernendata collatione, sed veterum (6).
s. Jérôme entre- 9. — Mais saiiit Jérômc ne s'arrêta pas là: il voulut donner
prit une traduc- u • • i ? • ii i i* i '
tion nouvelle. d opics l'orig-iual mêiuc une traduction nouvelle des livres hébreux de l'ancienne alliance. Quinze années — de 390 à 4o5 — furent consacrées par lui à ce travail. C'est à Bethléem (7) qu'il le fit.
Ordre suivi dans celle traduction.
10. — Par quel livre de l'Ancien Testament le saint Docteur commença-t-il, nous ne saurions le dire. Il paraît bien qu'il ne suivit pas un ordre très riçoureux, et qu'il se contenta de publier ses traductions au fur et à mesure que ses amis les lui demandaient (8). Ce qui est certain, c'est que dans l'inter-
(1) Ad Liicinium opist. lxxi, n. 5. — Gomp. Ad Sunniam et Fretelam,e\)\%{. cvi, n. 2.
(2) Conservé tlans la Vulgate actuelle.
(3) La plus grande partie de la recension de saint Jérôme fnt volée à son auteur. Cf. Ad Augiisl., epist. cxxxiv, n. 2.
{f\) Elle lui était môme souvent supérieure, car saint Jérôme revisa au moins les Paralipomènes et peut-être aussi les trois livres de Salomon, non seulement d'après le texte hexaplaire des LXX, mais encore d'après l'hébreu.
(5) Saint Jér-ôme avait lu le texte des Ilexaples d'Origène à Césarce, dans la bibliothèque de Pamphilc et d'Iîusèbe, quand il visita cette ville à la fin de 385 ou au commencement de 88(). Cf. Prvcf. in Parai, (secundum i.xx); Ad Euslochium epist. cvui, 8. Il possédait même probablement un exemplaire des Ilexaples. Cl". Comm. in epist. ad TH., m, 9; De vir. ill., cap. liv.
(6) Vrœf. in quat. Evanij.
(7) t^ainl Jérôme séjourna dans cette ville depuis l'an 380 jus(pi"à l'an \-'o, cpotiue où il mourut.
(8) Les préfaces mises par saint Jérôme en tète de cha([ue livre, ou de chaque j^rou|)e de livres traduits, donnentordinairemcnt les noms de ceux à qui la version était destinée. Ainsi, les Prophètes, les livres de ^^a/zj/^:-/ et des liais furent envoyés :\ Paula et à sa lillc Euslochium ; le Psautier fut
LA NOUVELLE VULGATE DE S. JÉRÔME SSq
"^ntre's^Œis'' ^^^^^ ^^ ^^^^^ aimées — de 890 à 392 — il traduisit de l'hébreu 390-392. gj^ i^i^jj-^ Dingt-deux livres entiers, savoir tous les Prophè-
tes (i), les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, Job et les PsaurMs (2).
Vers le même temps, sinon déjà avant l'année 892 (3), il traduisit du clialdéen Tobie et Judith. La version de Tobie ne lui demanda qu'un jour (4).
393 à 398.^ 11. — En 393 et 394, il acheva la traduction des deux livres
d'Esdras et des deux livres des Paralipoynènes (5). — Celle des trois livres de Salomon , Proverbes, Ecclésiaste, Cantique, fut antérieure à Tannée 398 (6), et peut être placée vers 396 ou 397; elle fut faite en trois jours (7).
Livres traduits de 17 p * i • i? <) o ' ' ^ l? > l r \ 1*
398 à 405. 12. — riUrin, depuis 1 an 098 jusqu a 1 année 4o5, le soli-
taire de Bethléem traduisit les cinq livres de Moïse, puis Esther (8), Josué, les Juges et Rut h (9).
Livres non traduits par s. Jérôme.
13. — Donc, l'Ancien Testament tout entier se trouva traduit en latin, par saint Jérôme, dès les premières années du v*' siècle, — - à l'exception des parties deutérocanoniques de Daniel (m, 24-90; xiii, xiv) ei à' Esther (x, 4-xvi, 24), du livre de la Sagesse et du //^ des Machabées, écrits primitivement en grec, du livre de Baruch dont l'original n'existait plus, du P^' des Machabées et de V Ecclésiastique. Le saint Docteur conserva tous ces livres et fragments tels qu'on les lisait dans la Bible latine du second siècle.
dédié à Sophronius ; Tobie (et Juditli probablement), les Prouerbes,VEcclésiaste et le Cantique furent offerts à Chromatius et à Héliodore ; les Paralipomènes à Domnion et à Rogatien; le Penlater.qiiii'h Désidérius; Josué, JiigeSy Ruth, Esther à Pammachius et à Eustochium, etc.
(i) A l'exception de Baruch dont le texte original était perdu. Cf. Prolog, comm. in Jerem. ; Prolog, in Jerem. {sccnndnmheh.).
(2) Cf. Ad Pammachium epist. xlix, n. 4 ; De vir. illust., cap. cxxxiv. — Saint Jérôme écrivit en 393 ou 394 sa lettre à Pammachius, et son De viris illust., en 392.
(3) Des critiques pensent que la traduction de Tobie précéda celle de Daniel .CS. Vallarsi, Vita Hieronymi, dans Migne, Patrol. lai., t. xxu, col. 80; Zschokke, Hist. sac. Ant. Test. y p. 4iG, not. 2.
(4) Cf. Praef. in Ub. Tobiae.
(5) Les livres à' Esdras-Néhémie furent traduits très peu de temps avant que parût l'ouvrage de saint Jérôme : De optimo génère inlerpretandi ad Pammach , epist. lvii (cf. Praef. in Ezram] ; ceux des Paralipomènes le furent peu après (cf. Prmf. in Parai.). Or, le traité De optimo génère interp., doit être daté de l'an 394 ou 396. Cf. Vallarsi, dans Migne, Pat. lat., t. xxii, col. 568.
(6) Cf. Praef. in hos libb . Le saint Docteur fait allusion à une maladie récente dont il parle dans les lettres ^Ci^ Lucmium, n. 5 (Epist. lxxi) et Ad Evangelium, n. 10 {Epist. lxxui), écrites toutes deux en 398.
(7) Cf. Prœf. in libb. Salom.
(8) Il est probable que la version (V Esther fut publiée séparément une première fois avant la mort de Paula, arrivée en 4o4 (cf. Prspf. in Esther) ; elle le fut une seconde fois, — après la mort de Paula, — conjointement avec les traductions de Josué, des Juges et de Hutk (cf. Prœf. in Josué).
(9) Les Juifs ne faisaient des Juges et de RufJi qu'un seul livre. Voir plus haut p. 94.
Appréciation critique de la version de s. Jérôme.
14. — La version de saint Jérôme, sans être absolument irréprochable (i), mérite les plus g-rands éloges. Keil — un protestant — l'apprécie très justement en ces termes : a Profondément versé dans la lan^e hébraïque, Jérôme traduisit sur des manuscrits hébreux exacts, en recourant à la tradition exégétique des Juifs (2) et des traducteurs précédents; il évita, d'après les véritables règles, une exactitude littérale trop stricte et préjudiciable à la clarté, aussi bien qu'un éloignement arbitraire du texte de l'original; et ainsi, malgré la rapidité avec laquelle il travaillait souvent, malgré la crainte d'innover, qui lui faisait sacrifier parfois à des autorités anciennes ses opinions plus exactes, sa traduction est supérieure à toutes les versions de l'antiquité sous le rapport de la fidélité et de Texactitude » (3).
Dans quelle mesure la Vulgatc reste l'œuvre de s. Jérôme.
Résumé.
Livres traduits par le s. Docteur;
livres conserves de l'ancienne Bible.
15. — On comprendra sans peine, d'après tout ce qui précède, dans quelle mesure la Vulgatc, dite hiéronymienne, est l'œuvre de saint Jérôme.
Partageons, pour plus de clarté, les différents livres dont elle se compose en deux groupes, l'un renfermant tous les livres que saint Jérôme traduisit sur l'original ; l'autre contenant ceux qu'il conserva de l'ancienne Bible latine.
Au premier groupe appartiennent : i)les livres protocanoniques de l'Ancien Testament (4), hormis le Psautier {^)] — 2) les livres de Tobie et de Judith', total : 89 livres (6).
Dans le deuxième groupe rentrent : i) le Psautier (gallican) revisé d'après les Hexaples d'Origène (7) ; — 2) les livres deutérocanoniques. Sagesse, Ecclésiastique^ Baruch,P^'eiIl^ des Machabées, Q,i \(t% fragments deutérocanoniques (7^.9//?^r, X, 4-xvi, 24; Dan, m, 24-90; xiii, xiv) de l'Ancien Testament non révisés; — 3) tous les livres du Nouveau Testament revisés d'après le grec original; total : 33 livres.
(i) Voirplus bas, pp. 875 ss., ce que nous disons delà Vulgalc envisagée au double ])oinl de vue exégé/irjjie et litlcrnire.
(2) On sait que saint Jcrônic eut plusieurs maîtres juifs à son service, et il les paya parfois fort cher (cf. Pr;p/. in Job.). Il en cul un au désert de Chalcis (cf. Ad Ruslicwn, epist.V.xxv. n. i-?) ; plus tard il en eut un autre de Lydda (cf. l'rœf. in Job.)\ puis un autre encore appelé lîar-llanina [cL Ad Pammacli. el Océan., cpist. i.xxxtv, n.3); un (juatrièine enfin de Tibériade (cf. Prœfat. in Parai., sccundum i.xx).
(3) Einlcilunfj, ])p, i3G-i37.
(/|) Nous devons faire observer (pic, dans les livres des Uois et dans les Proverbes^ beaucouj) de versets n'ap|)arliennpnt pas à la traduclion de saint .Jérôme, mais à l'ancienne italicpic.
(5) Le psautier traduit p:ir saint .Térôiue (3" travail) ne fut p:>int inséré dans la Vulgatc. On trouve cette version des J\saumes dans les œuvres complètes du saint Docteur.
(0) Nous comptons les Tlircni comme un seul livre avec Jérémie.
il) -fpb, recense aussi d'après les Hexaples, ne fait pas partie de la Vu1;;ate. On l'a conservé avec ses obèlesetses astériscpics dans le (ome x'" des ccavrcs de saint .lérùme île lédilion Mignc. En ce même voimnc ou lr«)',ive eiicoi-e le l'santier romain et le Psautier (jallican, — ce dernier avec les si ^Mics critiques dont le saint Docleiir l'a enricbi.
ORDRh] DES LIVRES DANS LA VULGATE IIIÉRONYiMIENNE 3/,i
ord.o (les livres 16. — Oi*, l'ordrc (Ic CCS livrcs dans la Bible hiéroiivmiennp
dans la nil)lc hiero- , , . . , J "-'
"yx'ienno. Il ctait pojiit Ic nièmc que celui de notre Vnigate actuelle.
Saint Jérôme, ~ pour l'Ancien Testament, — copia à peu près exactement les Juifs, qui disposaient leurs livres sacrés en trois séries : la Lot, les Prophètes et les Ilagiographes, A ces trois séries saint Jérôme ajouta les livres deutérocanoniques (i).
Quant au Nouveau Testament, saint Jérôme plaça d'abord les Evangiles, ensuite les Épitres de saint Paul, puis les Actes, les Epîtres catholiques, et enfin VApocabjpse (2).
Telles sont les origines de la Vulg-ate latine. ^-^i^Mum^
(i) Cf. Prologiis galealiis. — Voir un ordre différent de celui du Prologus galealus dans lepître de saint Jérôme ad PauUnum, dans IMi^ne, Pat. lut,, t. xxii, col. 545-547). (2) Cf. Hieronymus, epist. ad Paul., n. 5. — Voir liicliard Simon, op. cit., pp. 121, ss.
LEÇON TROISIÈME
Histoire du texte manuscrit de la Vulgate depuis saint Jérôme
jusqu'au XIII^ siècle.
Troîs périodes à distinjii,uer dans l'histoire du texte manuscrit de la Vulp;ate. — Opposition que la Vulgate rencontra à l'origine. — Causes de cette opposition. — Accueil sympathique fait dans la suite à la version hiéronymienne. — Triomphe définitif de celte traduction. — L'Amiatinus,h Toletanus, le Cavensis. — Les altérations du texte de la Vulgate depuis le vu" siècle jusqu'au ix^. — Travaux d'Alcuin. — Deux manuscrits célèbres du ix^ siècle. — Nouvelles altérations du texte hiéronymien, et nouveaux essais de revision. — Les travaux d'Etienne Harding'.
Dilficullés fie l'histoii'c (te la Yiiigatc.
1. — L'histoire du texte manuscrit de la Vulgate est assez complexe.
Cette histoire, d'ailleurs, n'embrasse pas moins de onze siècles, — depuis Tan 420, époque où mourut saint Jérôme, jusqu'à l'an i45o, date de la première édition imprimée de la Bible hiéronymienne.
Trois périodes à 2. — Nous crovous dcvoir partager cette histoire en trois
distinguer.
périodes.
La première comprend le v*" siècle et le vi^ ; elle s'étend depuis les dernières années de saint Jérôme jusqu'à la mort de saint Grégoire le Grand (t 6o4). — Pendant cette période la Vulgate hiéronymienne est employée concurremment avec les anciens textes latins.
La seconde période va depuis le vn^ siècle jusqu'au xni'\ — Au cours de cette période, la Vulgate est universellement adoptée, et subit les premières corrections.
La troisième période se continue depuis le xiii<^ siècle jusqu'au xvc ; — c'est la période des Correctoires.
Etudions la première période.
Opposition faiie à 3. — J3q vivaut mèmc de son auteur, la Vukate hiéronv-
l.i Viilgalo dans . . .
i^'igine- micunc fut rejetée par beaucoup, et suscita maintes contro-
verses très acerbes. Saint Jérôme s'en plaint souvent, sans s'étonner, ni se décourager : canhio dénie me rodunt , écritil de ses détracteurs (i). Ce qui lui fut plus sensible, c'est que
(i) Pr;pf. in Parai. — Q,om^. Praf. in Job (secund. lxx); Pnvf. ittmfob (secund. hebr.); etc.
OPPOSITION LT ACCUEIL QUE LA VULCiATE UENCONTllA A LOllIClNE 3/|3
ses propres amis, — Rufia et saint Augustin entre autres, — ne lui épargnèrent point les invectives (r). Mais l'évéque d'Hippone finit par reconnaître la supériorité de « la traduction latine faite sur l'hébreu, œuvre du prêtre Jérôme, habile dans l'une et l'autre langue » (2).
Quatre causes
expliquent celte
opposition.
4. — Cette opposition que rencontra la Vulgate à l'origine ne doit point surprendre.
Quatre causes suffisent à l'expliquer, i) Le zèle, louable sans doute, mais excessif, du grand nombre, qui ne pouvaient se faire à l'idée, qu'un nouveau texte des Écritures fût lu dans les Églises, et supplantât l'ancien. Tel était justement le scandale que saint Aug-ustin redoutait : Ne perturbemus plèbes Christi^ quar^um aures et corda italam interpretationem (LXX) audire consueverunt (3). A quoi saint Jérôme répondait en avisé critique : Hoc giiod LXX transtulerunt^ pr opter vetiistatem in ecctesiis cantandum^.,.. et illud [quod transtuliinus) ab eruditis scieridum, propter notiïiam scrip- TURARUM. ■ — 2) La routine paresseuse, ou ig-norante, qui s'irrite de toute innovation (4). — 3) Les divergences innombrables des manuscrits grecs, dont beaucoup s'autorisaient pour contester l'exactitude de la traduction hiéronjmienne(5). — 4) La jalousie et les rancunes de plusieurs (6). A Rome particulièrement, saint Jérôme comptait des détracteurs acharnés (7).
5. — Par contre, la Vulgate trouva un sympathique accueil chez nombre de bons esprits du temps. Dès avant la mort de son auteur, on la connaissait et l'on s'en servait en Afrique (8), en Espagne (9), dans les Gaules (ro), et jusqu'en Orient, où Sophronius fit traduire en grec le Psautier et les Prophètes de l'édition hiéronymienne (n).
6 . -- Depuis la mort de saint Jérôme (420) jusqu'à la fin du v« siècle, la nouvelle Vulgate continua de se répandre en Occident. Les pontifes romains, saint Léon P' (44o-46i) et saint
(i) Cf. Saint Augustin, Ad II i eromj., epist. lxxxii, 35; epist. lxxi, 4 ; De civil. Dei, lib xviii 43 ; etc. ' '
(2) De doct. christ., lib. iv, cap. 7.
(3) Ad //ierony. epist. LXXXII, 35.
(4) Cf. Prœf. in Job (secund. lxx).
(5) Cf. Saint Jérôme, Pnef. in quafAior Evang .; saint Augustin, ep:sl. lxxi, n. 4.
(6) Cf. Prœf. in Is.; Prœf. inpsalter. (secund. lxx).
(7) Cf. Ad Asellam, epist. xlv. — Voir Vallarsi, Viia B. Hierony., cap. xvi.
(8) Avant l'an 4o3, comme l'atteste saint Augustin. Cf. Episl. lxxi,!!" 5.
(9) Avant l'année 398. Cf. ^axni i cvome, Ad Lucinium, lxxii, n. 5.
(10) Jean Cassien (f 432) paraît l'y avoir introduite dans les quinze ou vingt premières années du v« siècle .
(11) Cf. Saint Jérôme, De vir. illust., cap. cxxxiv.
Accueil
sympathique fait à
la Vulgale
dès la fin du iv« s.
au ve s.
Hilaire (461-468), remployèrent concurremment avec les anciens textes latins. A Lyon, saint Eiicher (-[ 4«^>o) lui empruntait ordinairement ses citations scripturaires (i) ; saint Vincent de Lérins (j- 45o), saint Prosper d'Aquitaine (j- 45o), Claudien Mamert (t 478), firent de même.
au vi« s
7. — Dans le siècle suivant — vi'' siècle, — les progrès de la Bible hiéronymienne continuent. Saint Avit (-[- 617) archevêque de Vienne, saint Césaire d'Arles (-[• ^42), saint Grégoire de Tours (f 598), la citent assez fréquemment (2). Les pontifes romains, Jean JII (560-578), Benoît P'' (574-578) et Pelage II (578-590) la préfèrent. En somme., la Vulgate ne prédominait encore nulle part d'une manière exclusive, mais on la connaissait presque partout en Occident.
Au commencement du vii^ siècle, saint Grégoire le Grand puisait ses textes tantôt dans l'ancienne Bible; et tantôt dans la nouvelle (3).
Passons à la deuxième période, — qui s'étend du vii^ siècle au XIII^ — de l'histoire du texte 7na7iusc7nt de la Vulgate.
Triomphe définitif de g. — Cette période vit Ic triomphe définitif du texte hié- ^ ''' ronymien (4). Déjà saint Isidore de Séville (7 636) attestait,
dan^ la première moitié du vii^ siècle que la traduction de saint Jérôme devenait d'un usage général (5). Ce n'est pas pourtant que la lutte fût finie à ce moment-là; mais il est à remarquer que plus l'on descend vers la fin du viii'' siècle, et vers le ixc, les vestiges des versions primitives se font plus rares. Chez certains écrivains, tels que Bède le Vénérable (6), elles disparaissent même presque complètement.
\.'Amiaiinus.
(vue S. ;)
9. — C'est au cours, de cette deuxième période, — dans les dernières années du vii<^ siècle, ou dans les premières du viii'^(7), — (jue l'on doit rapporter le codex Aîniatinus, excellent ma-
(1) Dans son Libellas de formulis spirifualis i?itelligentiœ.
{'.'.) Cf. S. liert;-cr, 0/;. fit., pp. 2-/4.
(.;) Des critiques rapportent à cette époque (V on Vi« siècle) le palimpseste de Bobbio, nn des plus anciens manuscrits /î-a(7»îcn/anc5 de la Vulgate que nous possédions. Cf. Vercellone, Varia; lectioiies Vidrjalœ lalinn; Biblior., t. II, p. kj.
dt„
première recension que le psaume de l'Iuvilatoire : Venite exsullemas. Voir plus haut : Leçon 1, hi
Bible préhiéronymienne, n. 2.
(•)) De officiis, 1, 12, n. 8. Cf. Elymoloç]., v!, 4, n. 5.
(6) Cr. Clornely, op. cit., p. l^f^(,).
(■]) Non en r»'»! , comme Tiscliendorf et beaucoup après lui l'ont admis. Cf. J.-B. de Hossi, la lilbliotheca dclla sede ap'tst ., ]). 39; Hort, The Aeademy, n" 778, 13 février 1887, et n» 788, n jjiin 1H8O.
LES MANUSCRITS PRINCIPAUX DH LA VULGATE AU Ville S. 345
nuscritdela Vulgate complète en oiiciale. C'est celui qui se rapproche le plus, au dire des crilicpies, du texte donné par saint Jérôme. Ce codex se trouve aujourd'hui à Florence (depuis lycSf)); il appartenait jadis à la bibliothèque de l'abbaye de Monte-Amiato, près de Sienne, en Italie. 11 fut écrit dans le Northumberland. sous la direction de Ceolfrid, abbé de Jarrow (de 690 à 716), et copié sur une des Bibles hiéronjmiennes, apportées de Rome en Angleterre par Benoît Biscop, le prédécesseur de Ccolfrid. L'abbé de Jarrow destinait cet exemplaire au Saint-Siège, à qui il dut être remis en 716, peu de temps après la mort de Geolfrid, et par l'entremise de ses moines (i).
Bien qu'il soit très soigné en général, le codex Amiatuius n'offre pas dans toutes ses parties une Vulgate absolument pure ; on y rencontre çà et là des traces de versions anciennes (2).
Le Toieianus. 10. — Au Ville sièclc cncorc sc rapporte le codex Toleta-
"" '■^' nus, qui présente un texte beaucoup plus mêlé que celui de
VAmiatiiius. Rédigé en caractères gothiques, il renferme les
deux Testaments, moins le livre de Bciruch (3).
Le Caven^is. Sur la frontière du vni^ et du ix*" siècles, d'après Gorssen, se
(viii» s.) . ,
place le codex Cavensis, propriété de l'abbaye de la Gava, près de Salerne. L'écriture est visigothe minuscule^ dans le texte, onciale dans les titres et les préfaces. Ge manuscrit contient les deux Testaments, mais le texte hiéronymien n'y est pas seid. Tantôt il est fortement mélangé d'éléments anciens, tantôt il est remarquablement pur (4).
La Bible biéiony- H- — ^ partir du ix« siècle et pendant le moyen âge, la mienne à partir du y^^ig-^te dc saiut Jérôme dcmcura la Bible courante des Églises latines (5); elle fut aux mains de tous les interprètes, des théologiens, des prédicateurs, des fidèles. Saint Anselme (fiioo), Rupert (y ii35), saint Bernard (f 1 1 53), Pierre Lombard (-]- 1160), s'en sont servis ordinairement dans leurs ouvrages. Il n'est pas nécessaire, pour expliquer ce fait, de supposer, avec Vercellone (6), Lamy (7) et plusieurs critiques,
(i) Voir la description de VAmiaiinits par Batiffol, dans le Dictionnaire de la Bible àe Vig-ouroux t. 1, 480-483.
(2) Cf. S. Berger, op. cit., p. 38.
(3) Cf. Berger, ibid.,, pp. 12-14.— Lo Toletanus cla.h autrefois à Tolède; il se Irouve présentement à Madrid.
(4) S. Berger, op. cil., p. i4.
(5) Cf. Raban Maur, De clericor. insUluUone, lib. II, cap. 54.
(6) Cf. Analecta juris pontificii, funuiic i858, col. 685.
(7) Etudes sur la Vulga'.e, p. 3.
Sa diffusion :
346 LEÇOiNS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
comment un clécrct clc concilc prescrivant l'usage de la nouvelle ver-
t expiquer. ^[q^ ^ £[\q s'imposa peu à peu par elle-même. D'ailleurs
l'exemple de l'Eglise de Rome, qui depuis saint Grégoire le
Grand la préférait à toutes les autres, contribua aussi pour
beaucoup à assurer son succès définitif (i).
les altérations de "^2. — Maintenant, l'on ne s'étonnera pas que le texte de al/ix'^s?*^' ^'^ '"* ^^ Bible hiéronymienne se soit altéré très vite, à mesure précisément que les exemplaires se multipliaient davantage. Déjà, avant la fin du viii® siècle, on se plaignait de tous côtés des divergences que présentaient les manuscrits sacrés (2).
Au ix'^ siècle, parurent les premières corrections de la Vulgate.
Aiciiin réforme la 13. — C'cst Alcuin (v 8oA) Gui commeuca, sur l'ordre de Lharlemagne.
Caractère de sa Lcs criliqucs ue s'accordcut pas pour définir la nature de
recension. , "^ "^ , . .
sa recension. D aucuns (3) prétendent qu'il revisa les samts livres en recourant aux textes originaux, mais il paraît bien (4) que le docte correcteur se contenta de rendre la Bible de saint Jérôme à sa pureté primitive, en coUationnant les manuscrits les plus anciens et les meilleurs (5). La recension fut donc principalement orthographique et grammaticale.
En outre, Alcuin introduisit des divisions et un système de
ponctuation, qui facilitaient beaucoup Tintelligence du texte (6).
DifFusion des Bibles Aussi ccttc rcvisiou sc multipHa-t-clle bientôt; de nombreux
d'Alciiin. . , '- iT-k'iin4i'
exemplaires se propagèrent sous le nom de a Bibles d Alcum », ou « Bibles de Gharhmagne ». — « Plusieurs des plus riches, assure S. Berger d'après Delisle (7), ont été évidemment écrits à Tours, ou tout auprès de cette ville, sous les yeux du successeur d'Alcuin ». Quelques-uns furent réservés pour l'usage des membres de la famille impériale, les autres furent envoyés à divers monastères (8).
(i) Cf. Zscliokke, op. cit., p. /jiq, iiolc 4,
(•s) Voir la idlr-e rcrile par ('.luirlcinagiic en 788 dans Migne , Pat. lat., t. 98, col. 897.
(.'<) Hody cuire autres, (".f. Deliiblior. textlhiis origin., p. 409. Ackermaim {Inlrod. inlib.SdC, p. 08) osl du inî-nnc avis.
(4) V'f. Valiarsi dans Migue, Pat. lat.,l. xxviu, préface.
(C») (^es ujauuscrits provenaient pour la plupart d'York, de la hibliothè([uc de rarchcvèquc Acldhert. Cf. S. Berger, De L'iiistnirc de ta Vut'j . en France, pp. 5-0. Voir aussi son Ilist. de la Vntg.,
(6) Cf. Hicli. Simon, op. cit., [). loi . — Nous devons ajouter que ces divisions varièrent con>iderablemeiit dans la suite, sehm les dittVrenIs manuscrits. Les sommaires en latin barbare (pii les accompai^naicnt. n'étaient nuèi'e lisibles ni guère lus.
(7) Cf. Mémoires de V.icadéniie des Inscriptions, t. xxxii, 1"" partie.
(8) (if. S. HeiL'-er. Lr te.rtc des lii files (te Tours, op. cit.. pp. 22;), ss.
le Vallicellinnus
le Paulinus,
1" cause de ces altérations.
LA lUBLE IIIÉRONYMlENNi: APRÈS ALGUIN 34;
Deux manuscrits 14. — Dcux manuscrits plus célèbres de cette époque
de la Vulgatc lUi , •, i \ . >. > ' i Tr //• //• t 1
,x. siècle: (ix'- Siècle) nous ont ete conserves, le Vallicelltanus et le
Paulinus (ou CaroUnus).
Le premier, — appelé Vallicellianus^ parce qu'il se trouve dans la bibliothèque de l'Oratoire à Rome, près de Sainte-Marie in VaUicella^ — est un superbe codex ^ écrit sur trois colonnes, d'une écriture fine et soignée. Le texte est assez bon, mais inégal; il présente, à côté de quelques leçons excellentes et de beaucoup de bonnes leçons, un assez grand nombre de variantes moins bonnes, ou même mauvaises.
Le second manuscrit, dit Paulinus, — parce qu'il appartient à la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Paul, sur la voie d'Ostie, — est, à cause de son ornementation, l'un des plus riches manuscrits que nous possédions. Le texte ne vaut pas celui du précédent; il paraît être un mélange de toute espèce de textes (i).
Après Aicuin la 15- — Commc OU Ic pcusc, la réforme alcuinienne n'arrêta
Bible hiéronymienne . . ., , . ,
s'altère encore. pas l'altération toujours progressive du texte hieronymien, — même en France, où il semble pourtant que cette restauration biblique eût dû être plus durable. Il arriva, en effet, que les disciples d' Aicuin voulurent avoir à leur tour des exemplaires de la Bible latine corrigés. Alors, ils confrontèrent de nouveau les manuscrits, couvrirent les marges de notes et de variantes, qui finirent par glisser dans le texte, et se confondre avec lui. — Une autre cause non moins grave d'altérations fut l'influence des manuscrits de Théodulphe d'Orléans (-[* 821), qui se propagèrent dans le même temps, surtout en France, et qui renfermaient des textes espagnols très mêlés (2). Aussi, les Bibles du ix^ siècle ofFrent-elles presque généralement un mélange regrettable des deux recensions de Théodulphe et d' Aicuin. En moins d'un siècle, le texte de la Vulgate redevint donc méconnaissable, et Ton put dire encore tôt exemplaria quot codices.
De nouvelles corrections s'imposaient.
Nouveaux essais 16. — Daus Ic xi^ sièclc, saiut Pierre Damien (| loyS) et
de revision au xies.; Laufraiic, arclicvêque de Cantorbéry (f 1089), y travaillèrent.
au j,„e s. Dans le xii^ siècle, de nombreux essais de revision furent
tentés par différents critiques et exégètes; c'est du moins ce
qu'assure Roger Bacon, dans sa lettre à Clément IV. Mais les
(1) Pour la description du ValHcellianus el du Paulinus voir S. Berger, Histoire de la Vulgate, pp. 197-208, 292-295.
(2) Cf. Berger, La Bible de Théodulphe, op. cit., pp. i/p, ss.
meilleures recensions qui parurent alors, sont celles d'Etienne Harding-, abbé de Citeaux, et du diacre Nicolas, bibliothécaire RcccriMon (ri;iicnne jg TÉcrlise romaine (i). Le premier surtout, vers iioo, déploya un zèle très actii pour deg-ag-er le texte nieronymien des interpolations qui le défiguraient, n'hésitant pas à consulter au besoin des rabbins juifs, et retranchant impitoyablement de l'exemplaire, qui devait servir de type aux Bibles de son ordre, ce qui ne se trouvait ni dans les meilleurs manuscrits, ni dans l'hébreu (2). La bibliothèque de Dijon conserve encore les quatre volumes des saints livres corrigés de sa main. Malheureusement, Etienne Harding n'avait pas toute la science nécessaire pour une complète réforme de la Vulgate.
Cette œuvre difficile de patience et d'érudition était réservée au xiii^ siècle.
(i) Voir Cardella, Memorie sloriche ciel cardinali di S. B . C, l. I, part. 2. p 59. (y) Cf. Mabillun, Traité des éludes monastiques, t. I, p. 81, éd. in-12. — Voir Vacandard, /listoire de saint Bernard.
LEÇON TROISIEME
Histoire du texte manuscrit de la Vulgate depuis le XlIIe siècle jusqu'au
XV^ — Les Correctoires.
Les Correctoires. — Les !;çrands et les petits Correctoires. — Les Correctoires des Dominicains ; leurs sources, leur critique, leurs auteurs. — Les Correctoires des F'ranciscaitis ; leurs sources, leur critique, leurs auteurs. — Appréciation à porter sur les Correctoires en général. — Ordonnancement delà Bible latine au xiii= siècle.
^t'J?^rectlb-es^^ ^' — ^^^ troisième période de l'histoire du texte manuscrit
de la Vulgate, — que nous étudions, — s'étend depuis le xnr siècle, jusqu'au xv®.
C'est la période dite des Correctoria Blbliae.
^'"^ correculii^Jl!^''' ^- — ^^^ désignc, SOUS Ic uom de Coi^rectoires, des recensions critiques du texte de la version de saint Jérôme, composées au xiii° siècle. Nombres de variantes y sont discutées et appréciées, les gloses des commentateurs reconnues et élaguées, les additions et interpolations arbitraires des copistes supprimées, ou (( cancellées », c'est-à-dire signalées par un trait à la défiance du lecteur.
Deux sortes de Correctoires. :
3. — On distingue les grands et les petits Correctoires. 1) les grands; Lcs graïicls Gorrcctoires renferment le texte complet de la
Vulgate, avec des signes qui marquent les leçons fautives, et de nombreuses notes marginales où sont critiquement jugées les variantes du texte, et où d'autres nouvelles sont proposées. 2) les pciiis. Les petits Correctoires sont des réductions des précédents,
dont ils conservent seulement les notes marginales.
Léuide des Cor- j^ — L'éclievcau dc CCS Covrectoria est assez difficile à
recloires est auii-
^''^- débrouiller (i). Nous n'avons, en effet, que peu de renseigne-
ments très certains sur l'origine de ces monuments de la critique médiévale. Le célèbre franciscain Roger Bacon (f 1294) en donne bien qui sont précis, mais beaucoup d'érudits en sus-
(i) Cf. Deoifle, Die Handschnftm des Bihel-Correctorleii dans Arjhir fur LUerat. u, Kirchengesch. des Mittelalters, t. IV, pp. 2G3-3ii, /J71-G0". On possède actuellement une trentaine de manuscrits des Correctoria.
35o LEÇONS D'INTRODUCTION GENERALE
pectent, non sans raison, rimpartialité (i). Quoi qu'il en soit, c'est au sein des ordres religieux, que ces Correctoires prirent naissance.
L'ordr.e de saint Dominique, le premier (2), entreprit ces travaux d'ensemble sur la critique verbale de la Vulgate.
Trois types de g — Lgg modcmcs ramènent les Correctorià des Domini-
Correcloires domini-
n'ca'»s. cains à trois types principaux, le type de 1286, le type de 1248,
le type de 1206.
Ces types ne sont pas absolument indépendants les uns des autres, car ils furent exécutés d'après les mêmes principes de critique, et sur un texte commun.
Texte qui servit aux g — Q^ tcxtc paraît avoîr été uu mauuscrit de la Vulc-ate, • suivie alors généralement dans l'Université de Paris, et appe-
lée pour ce motif «correclio parisiensis)),(( texte parisien »(3). Cette édition représentait la recension alcuinienne, mais très altérée par de nombreuses interpolations (4). On y trouvait maints fragments de l'ancienne version latine, également étrangers aux textes originaux et à l'œuvre de saint Jérôme (5). Telle était la Vulgate que les savants Dominicains se proposèrent de reviser, i-n quoi consista Or, Icur cHtiquc consista surtout à comparer le manuscrit leur critique. faiitif qu'ils avaicut sous les yeux, avec les textes originaux, hébreu et grec, dans le but de redresser les inexactitudes qu'il présentait, et de noter les phrases, les expressions et les mots superflus.
L'auteur du type de
7. — C'est à Hugues de Saint-Cher qu'on attribue le type du Correctormm de 12,36. L'érudit cardinal, auteur des concordances (verbales) de la Bible (6), connaissait très bien
(i) (^f. Verccllonc, Éludes sur la Vulgate, dans les Analccta, année i858, col. 687. — Sur Roger Bacon voir E, (lliarles, liof/er Bacon, ^a vie, ses ouvrages.
(2) Ackermann (o]).cit., p. 58), et d'autres après lui, prétendent que le Correctorium sorbonicum parut antérieurement au Correcloire d'Hugues de Saint-Cher; c'est une erreur. Cf. Vercellone. Ana- Iccta, i8r)8, col. G8fj. — Quelques critiques, — (^ornely par exemple (cf. op. cit., pp. /i55-453) — parlent d'un (Jorrectorium pnrisiense ou. senonense, qui aurait })récédé au moins d'une dizaine d'années les Correcloria des Dominicains. C'est faire trop d'iionneur, ce me semble, à l'incorrecte Bible latine en usaL;e à Paris, au commencement du xiiie siècle, que de l'appeler une « Correction »; cette Bible était plutôt, remanpie fort justement S. Bercer {De l'hisloire de la Vulgate en France, p. 10), une simple édition sans valeur critique à l'usage des écoles et du commerce.
(3) Celle Vulgate esl appelée aussi Bible de Sens. — Mais on croit que le texte de Sens était une copie retoui'liée du texte parisien.
(4) Cf. Hoger Bacon, Kpist. ad Cletn. IV, dans Hody, op. cit., pp. 420-/j22.
(il) a J'ai compte dans un exemplaire ordinaire de cette Bible, «pic je n'ai pourtant pas pu étudier ligne par ligne, à peu près exacteuienl la valeur de 100 versets étrangers aux originaux et à la version <lc saint Jérôme... Dans ce nombre, je ne fais pas entrer de nombreux milliers de mots isolés, ou de mauvaises lc(;t)ns, ni surtout le Bsaulier (gallican) de la Vulgate ». S. Berger, De l'/iistoire de la Vulgnle, p H).
(••) VA'. Diclionn. de la liibUw. II. S(,.')-8tj6.